‹ Les frontières de la science. 2e sérieChapitre 18 sur 46 · Honix, Démonomanie, liv. II, ch. vi · texte numérisé non relu

Honix, Démonomanie, liv. II, ch. vi

2. Traclalus de inslitutione confessorum, Anlonini archiepiscopi florenlini, etc. Manuscrit du xv« siècle, de la bibliothèque de Monteil.

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rion d’essence. Enfin, il a suffi, pour ramener, d’approcher de sa tète une branche de l’arbuste ; en agitant vivement la branche on détermine des coliiiues. L’action de l’essence de laurier-cerise est devenue trop intense et provoque d’emlilée la léthargie si on n’opére pas avec de grandes précautions. C’est un spectacle vraiment frappant que de voir le sujet, rendu semblable à un cadavre par la catalepsie, se précipiter tout à coup à terre, miauler, grilfer, puis subitement lever la tète, tourner les yeux vers le ciel et rester en extase et recommencer ensuite ses contorsions félines suivant (pie l’on passe rapidement sous son nez un flacon d’essence de valériane ou de laurier-cerise.

J’ai observé les mêmes elfets avec Yix et Andrée (1).

L’essence de laurier-cerise provoque simplement l’extase chez (tabriellc et des nausées c'ijz Rose; elle ne jiroduit rien chez les autres.

D’apres Plutarque (i), qui était grand-prètre d Aiiollon, ([uand la pythie de Deljihes voulait rendie des oracles, elle s’y ])réparait par la jeu le, par des ablutions dans l’eau de la fon-

l. Dans une s.'ancc avec M"‘ Andrée, séance à laquelle assislaient le P. Didoii et l'ingénieur Denayrouse, un des assistants (lit plaisamment en parlant du flacon de laurier-cerise, que C v’tait de la sainteté en bouteille.

:l.Pf/f!i orne.

ACTIONS PSYCHIQUES DES ÉxMANATIONS 105

taille Castalie et par des fumigations obtenues en faisant brûler du laurier et de la farine d orge ; puis elle pénétrait dans bantre sacré, revêtue de son costume de cérémonie, liuvait de l’eau de la source Cassotis, mettait une feuille de laurier à sa bouche et, tenant à la main une branche du même arbuste, elle montait sur le trépied. C’est là que, saisie par le Dieu et enivrée, dit on, par les vapeurs qui sortaient des fentes du roc ouvertes au dessous d’elle (1), elle tombait en extase et répondait aux questions (pi’on lui posait.

Le scholiaste d’Aristophane (2) accuse d’une manière plus nette encore le rôle prépondérant joué par le laurier dans la production de l’éréthisme nerveux de la prêtresse, en ajoutant ([u’elle secouait les lauriers qui se trouvaient près du trépied, et en énumérant les guirlandes et les couronnes de même nature prodiguées autour d’elle.

L’oracle de Thèbes était desservi par des jeunes garçons, Daphnéphores, qui portaient des branches de laurier dans les cérémonies sacrées.

On admettait, du reste, dans toute l’Aiiti- ([uité, qu’une branche de laurier placée, pendant le sommeil, près de la tête, procurait des

1. On peut lire, dans les Homélies de saint Jean Ghrysostome (ch. xxix), de quelle manière la pythie s’asseyait sur le trépied pour que la vapeur sacrée s'introduisît bien dans son corps. H.Pliitiis, 39, 213.

lÆS FRONTIÈRES DE LA SCIENCE

soiiî^es heureux (1). Certains devins portaient le nom de Daphnéphages, parce qu ils se procuraient des visions prophétiques en màcliant des t'euilles de laurier (2).

Virj^ile nous dit (3) qu’à Délos la voix prophétique d’Apollon fut précédée par le treinbleinent du laurier sacré. « Fils d’Ilus, sage interprète des Dieux, —ajoute t-il plus loin vous que ne trompent ni le trépied sacré ni les lauriers de Claros (4). »

En Syrie, dans le bourg de Daphné, existait un autre oracle célèbre du même dieu, avec une source appelée Castalie comme à Delphes.

Saint Eustache, évêque d’Antioche au iv® siècle, (jui nous a laissé un Traité sur la pyihonisse, rapporte (X, 12) qu’un souille sortait de l’eau en bouillonnant, secouait le laurier et jetait les assistants dans le délire. L’empereur Adrien, n’étant encore que simple particulier, vint consulter cet oracle en trempant dans l’eau une feuille de laurier qu’il retira couverte d’écriture (5).

Le nom même de laurier (Daphné) désignait parfois la divination chez les Grecs ; dans les poètes latins on trouve accolées à ce nom les épithètes de faticida, ventiiri prescia.

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