‹ Les frontières de la science. 2e sérieChapitre 32 sur 46 · M.Maxwell a donné un résumé de cette séance à la page · texte numérisé non relu

M.Maxwell a donné un résumé de cette séance à la page

« Lumière vert clair donnée par une lampe électrique placée dans une lanterne photographique. On distingue les moindres détails de rappartemenL sauf le dessous de la table à cause de Toinbre portée par le tableau.

« Eusapia est en corsage clair, celui qu’elle avait pendant le dîner.

« J’ai acheté dans la journée un pèse-lettre que j’apporte, b]... nous fait rester deux ou trois minutes les mains sur la table, puis approche ses mains du pèse-lettre, en faisant placer la main droite du D'' D... sous la main gauchedu médium.

« Le D'* D... accuse une sensation de souffle froid qui s’arrête au bout d’un instant, puis recommence.

« Les mains d’Eusapia sont à environ 15 centimètres du pèse-lettre, de chaque côté et dans le prolongement d’un diamètre du plateau.

« Eusapia fait deux ou trois fois un mouvement de haut en bas avec ses mains, face palmaire au-dessous. Or, la deuxième fois, le pèselettre est poussé à fond de course, ce qui exige une force de'plus de 170 grammes.

« Eusapia prend la main gauche de M. de

du livre qu’il vient de publier dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, sous le titre : Les Phénomènes psychiques, Recherches, observations, méthodes, par J. Maxwell, docteur en médecine, Avpcat général près la Cour d’appel de Bordeaux.— Préface de Charles Richet, membre de l’Académie de médecine, Professeur à la Faculté de médecine de Paris.

Pontaud la place sous sa main droite et tenle Texpérience avec lui. Elle demande s'il sent le souffle froid ; M. de Pontaud répond ({ue non. Après cpielques instants, M. de Pontaud sent un souffle froid à rannulaire et au petit doigt (les deux doigts de sa main la plus rapprochée du corps du médium). Le plateau s'abaisse et l’aiguille s'arrête à la division 20.

« Eusapia reprend la main droite du D" D...

Elle ne place plus ses mains dans le prolongement des diamètres du plateau, mais dans deux directions faisant un angle d’environ 120’, dont le sommet serait au centre du plateau.

« Le 1)1* D... a toujours sa main droite dans la main gauche d'Eusapia. Les extrémités des mains de celle-ci sont à environ 10 centimètres du bord du plateau et à environ 15* centimètres l'une de l'autre. Le plateau s'abaisse à 90 grammes et revient lentement à 0.

« Dans les deux expériences précédentes, il était revenu brusquement à 0.

« Eusapia essaye de faire lever le plateau.

Ses mains sont dans le prolongement d’un diamètre du plateau ; la face palmaire est, cette fois, en haut. Le plateau se relève. Dans cette position la course du plateau est faible; il est bloqué au bout d’un demi-centimètre.

M. Pr... place son porlelcuille en maroquin noir,pesant 70 grammes, sur leplateau. Eusapia recommence l'expérience dans les mômes conditions de position des mains et de distance comptées à partir du bord du portefeuille. Après

deux ou trois mouvements de ses mains de bas en haut, le plateau est relevé à bloc.

« Avant qu"on enlève le pèse-lettre, Elusai)ia fait remarquer que ces expériences sont celles qui lui plaisent le plus. Elle n’est pas endormie et se rend compte de tout ce qui se passe. Elle dit éprouver une sensation de froid dans le dos, le loiv^ de Fépine dorsale, puis dans le bras, et un fourmillement dans le bout des doigts au moment où le plateau s^abaisse. »

A ilontfort-rAmaury, ce phénomène s’est présenté sous une forme différente et assez originale. C’était également à la lin d'une séance.

« On passe, dit M, de Fontenay (1), dans la salle à manger, on s’asseoit autour de la grande table. On prend du thé et des gâteaux. 11 y a devant Eusapia un plateau chargé de tasses avec leurs soucoupes et leurs petites cuillers, un sucrier, une théière et divers menus objets, parmi lesquels une cuiller à entremets pesant 40 grammes : celle-ci est posée à même le plateau appuyée sur le rebord qu’elle dépasse de 0 ou 7 centimètres. Eusapia, qui attend sa tasse de bouillon, montre la cuiller à ses voisins, et, comme pour s’amuser, la fait sauter en passant les deux mains de bas en haut à quelques

1. A propos d’Eusapia Paladino^ Paris. Société des éditions scientifiques, 1898.

centimètres à gauche et à droite de l’objet.

Aussitôt on nous appelle, j\I. Flammarion et moi, et Eusapia recommenee. Nous sommes sous la pleine lumière d’une lampe et de plusieurs bougies. Tout le monde regarde. Eusapia renouvelle deux ou trois ibis le geste de soulever quelque eliose entre ses deux mains, qui passent chaque fois à 3 ou 4 centimètres au minimum de l’extrémité de la cuiller. Le premier mouvement n’amène aucun résultat ; au deuxième ou au troisième, la cuiller sursaute et retombe dans la même position. Nous prions le médium de recommeneer une fois encore.

Elle répète le même geste deux ou trois fois, mais sans succès, et frotte ses mains contre sa jupe comme pour les essuyer et les débarrasser de quelque impureté qui s’opposerait au passage de je ne sais quelle force. Puis elle renouvelle sa tentative. Les deux premières passes ne produisent rien ; la troisième amène un léger mouvement de la cuiller ; à la quatrième elle saute en l’air complètement et se renverse bout pour bout sur le plateau. On applaudit, et Eusapia se met à rire et à plaisanter ; elle est, je le répète, complètement éveillée (p. MO). »

Le livre de M. de Fontenay contient une excellente photographie de lévitation de table et de nombreux détails sur d’autres mouvements à distance, qui ont eu lieu en pleine lumière.

A Montfort-l’Amaury, comme dans les autres groupes où elle a opéré, les spectateurs mettent

généralement lin à la séance au bout de deux ou trois heures parce que le médium est complètement épuisé; les spectateurs rompent la chaîne, et on augmente progressivement la lumière, Eusapia sort alors peu à peu de l’état de trance, reprend l’usage de ses sens, se lève, marche, cause et finit par paraître se trouver dans son état normal. Cependant elle est toujours fortement chargée de force psychique, et c’est à ce moment qu’elle produit en pleine lumière des phénomènes qu’elle répète souvent plusieurs fois de suite au gré des observateurs. Elle vous dit par exemple de placer votre main sur une table, sur le dossier d’une chaise ; puis elle place la sienne par-dessus, également à plat et la lève ; alors votre main et le meuble qui est au-dessous suivent le mouvement et le meuble reste ainsi suspendu à votre propre main pendant 40 à 50 secondes, jusqu’à ce qu’il tombe brusquement, pendant qu’Eusapia pousse un soupir de soulagement, comme si elle venait de cesser un violent effort.

Cette expérience est du plus haut intérêt parce que l’impossibilité d’un truc est de toute évidence; j’en ai été témoin plusieurs fois. Elle a été obtenue à Palerme avec Eusapia en juillet et août 1902.

Dans le compte rendu de ces séances on peut cependant lire : « A deux reprises, alors que nous n’étions pas en séance et qu’Eusapia se trouvait en pleine lumière tout près d’une table

OÙ se trouvaient plusieurs bibelots, elle s’est servie d’un fil qu’elle avait entre ses mains pour déplacer ces objets et nous a permis de croire qu’elle se livrait à une fraude consciente. »

Gomme les expérimentateurs rendent ailleurs pleine et entière justice aux facultés extraordinaires d’Eusapia, nous sommes portés à conclure qu’ils avaient réellement vu un lil, mais qu’ils avaient eu le tort de ne point s’assurer de la nature de ce fil. Ils auraient alors pu constater que ce fil était purement lluidique, ainsi que cela a été démontré au cours des séances tenues en mars et avril 1903, avec le même médium, chez le chevalier Peretti,àGênes. Voici comment l’un des témoins, M. Bozzano, narre le fait (1).

« La séance était à peine finie ; la pièce était éclairée par une lampe électrique à la lumière rouge ; le médium encore un peu épuisé était assis auprès de la table. Tout à coup il parut se réveiller de l’espèce d’engourdissement dans lequel il se trouvait ; il se frotta les , mains ; après quoi, en les éloignant l’une de l’autre et les portant en avant, il les approcha d’un petit verre posé sur la table; alors en faisant avec les mains des mouvements, tantôt en avant, tantôt en arrière, il parvenait à imprimer au petit verre en question des mouvements analogues

1, Revue d études psychiques^ mars 19 03.

de traction et de répulsion à distance... Peudant que se déroulait ce phénomène, tous les expérimentateurs lurent à même d’apercevoir très clairement, à Timproviste, quelque chose comme un gros lîl de couleur blanchâtre, lequel partant d’une manière indétinie des phalangettes des doigts d’une main d’Eusapia allait se joindre d’une façon tout aussi peu délinie aux phalangettes des doigts de l’autre main.

« Aucun doute : le médium trichait ; chacun des expérimentateurs ne put s’empêcher de songer en ce moment à l’épisode de Païenne. Voilà que le médium lui-même se prend à s’écrier avec un ton de joyeuse surprise; Tiens ! Regardez le fil ! Regardez le fil !

« A cette exclamation spontanée du médium,, le chevalier Perretti imagina de tenter une épreuve aussi simple que décisive. Il allongea le bras et commença à presser légèrement et ensuite à tirer vers lui, lentement, ce lil qui s’arqua, résista un instant, puis se brisa et disparut tout à coup ; une brusque secousse nerveuse ht tressaillir le corps du médium. Inutile de décrire l’étonnement général ; un tel fait suffisait à résoudre d’un coup foute incertitude. Il ne s’agissait point d’un fil ordinaire mais d’un hlament lïuidique. »

M. Bozzano s’en est du reste assuré encore plus complètement au moyen d’une vingtaine d’observations faites ensuite au courant des séances de Gênes et où le phénomène s’est reproduit, quoiqu’un peu atténué, grâce au dis-

positif suivant : Quand le médium avait donné une bonne séance et qu'on supposait qu'il était dans de bonnes conditions pour extérioriser son fluide, on n'avait qu'à étendre, en pleine lumière, sur son giron, un drap noir et à disposer la table ou un meuble quelconque de telle façon que son ombre tombât sur le drap en question; puis on plaçait les mains du médium dans l'étendue de l'ombre, les deux pointes vis à-vis de l'autre, à une distance de 10 centimètres environ, les dos des mains soulevés et les doigts légèrement ouverts. Quelques instants après on pouvait observer distinctement quelques filaments fluidiques fort minces, d'une couleur blanchâtre qui, en partant de chacune des phalangettes d'une main d'Eusapia, allaient se rattacher à chacune des phalangettes correspondantes des doigts de l'autre main (1), Grâce à ce filament fluidique, on peut donc expliquer certains mouvements qui paraissent se produire en contradiction avec les lois de lapesan teur.

Sainte Thérèse a eu de nombreuses lévitations ; voici comment les rapporte un de ses historiens (2),

1. M. Maxwell a démontre, dans le chapitre IV de ses Phénomènes psychiques, la réalité objective de ces effluves digitaux qui se produisent plus ou moins chez tout le monde, mais qui sont en général trop faibles pour être aperçus par d’autres que par les sensitifs.

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