Anonyme). Histoire de Sainte Thérèse Taprès les Bollan
Le guide spirituel du monastère, saint Jean de la Croix, venait joindre quelquelois ses ardeurs à celles de Tliérèse. Un jour, iète de la Très Sainte-Trinité, ils s'entretenaient ensemble, au parloir, de ce grand mystère vers lequel ils étaient portés par les mêmes attraits, Thérèse, à genoux d un côté de la grille, semblait plutôt en oraison qu’en conversation. Le P, Jean de la Croix, assis de l’autre côté, parlait avec le feu que seul l’amour divin communiquait à son langage doux et calme d’ordinaire. Au milieu de leurs discours, le ciel s’ouvre au-dessus de leurs têtes, et leurs deux aines, unies dans une sublime contemplation, s’élancent vers le Bien suprême qu’il leur est donné d’entrevoir. A ce moment, la sœur portière, Béatrix de Jésus, chargée de transmettre un message à sa jNIère Prieure, frappe à la porte du parloir. Personne ne répond. Elle frappe encore, enlin elle pousse la porle. Le Saint et la Sainte sont l’un et l’autre élevés au-dessus du sol dans la situation qu’ils occupaient auparavant : Jean de la Croix assis sur sa chaise qu’il a inutilement saisie de ses deux mains pour se retenir à terre et qu’il a au contraire emportée avec lui; Thérèse toujours à genoux et soutenue en l’air. A cette vue, sœur Béatrix, hors d’elle-même, appelle les religieuses qu’elle peut trouver hors
distes les divers historiens^ et ses diverses œuvres complètes. Paris. Retaux Bray,1886, édition, tome second, p. 37.
(lu parloir, et une partie de la coniinunauté devient ainsi témoin du double prodige. On ne put en garder enlièreinent le secret avec la sainte Mère : « Que voulez-vous, mes filles, « répondit-elle dans sa gracieuse humilité, on « ne peut parler de Dieu avec le Père ,Iean.
« Non, seulement il tombe aussitôt en extase, « mais il fait y entrer les autres. »
La sainte a décrit elle-même les sensations qu’elle éprouvait au moment de ses lévitations, dans son autobiographie dont ÎMgr iNléric a pulilié (1) de nombreux extraits (jue nous lui empruntons.
« L’âme, dans ces ravissements, semble quitter les organes qu’elle anime. On sent d’une manière très sensible que la chaleur naturelle va s’allaiblissant et que le corps se refroidit peu à peu, mais avec une suavité et un plaisir inexjn'imables. Dans l’oraison d’union, nous trouvant encore comme dans notre pays, nous pouvons presque toujours résister à l’attrait divin, quoique avec ]>eine et un violent elfort ; mais il n’en est pas de même dans les ravissements ; on ne peut prescfue jamais y résister. Prévenant toute pensée et toute préparation intérieure, il fond souvent sur vous avec une impétuosité si soudaine et si forte cpie vous voyez, vous sentez cette nuée du ciel ou cet aigle divin vous saisir et vous enlever.
1. Le vol aérien des corps. Revue du Monde invisible^ n° di4 15 avril 1899.
commencements. L’àme doit montrer ici beaucoup plus de résolution et de courage que dans les états précédents ; il faut en ellét ipi’elle accepte à l’avance tout ce qui peut arriver, ([u’elle s’abandonne sans réserve entre les mains de Dieu et se laisse conduire par lui où il lui plaît, car on est enlevé, quelque peine qu’on en ressente.
« J’en éprouvais une Si vive, par crainte d’être trompée ([ue, très souvent en particulier, mais surtout ipiand j’étais en public, j’ai essayé de toutes mes forces de résister. Parfois je pouvais opposer quelque résistance ; mais, comme c’était en quebpie sorte lutter contre un fort géant, je demeurais brisée et accablée de lassitude. D’autres fois tons mes ellbrts étaient vains ; mon âme était enlevée, ma tète suivait presque toujours ce mouvement sans cpie je pusse la retenir ; et quelquefois meme tout mon corps était enlevé, de telle sorte qu'il ne louchait plus à terre.
« J’ai été rarement ravie de cette manière.
Gela m’est arrivé un jour où j’étais au chœur avec toutes les religieuses et prête à communier. Ma peine en fut extrême dans la pensée qu’une chose si extraordinaire ne pouvait manquer de causer bientôt une grande sensation. Comme ce fait est tout récent et s’est passé depuis que j’exerce la charge de prieure, j’usai de mon pouvoir pour défendre aux religieuses d’en parler.
« En plus d’une circonstance, j’ai fait ce que
monastère. Pendant le sermon auquel assistaient plusieurs dames de qualité, je vis que la même chose allait m'arriver ; je me jetai soudain à terre, mes sœurs accoururent pour me retenir, et le ravissement ne put échapper aux regards. Je suppliai instamment Notre-Seigneur de vouloir bien ne plus me favoriser de ces grâces qui se trahissent par des signes extérieurs ; j’étais déjà fatiguée de la circonspection à laquelle elles me condamnaient, et, malgré mes elforts, je regardai comme impossible de les tenir cacliées...
« Lorsque je voulais résister, je sentais sous mes pieds des forces étonnantes qui ni enteraient ; je ne saurais à quoi les comparer. Nul autre de tous les mouvements qui se pa«ssent dans l'esprit n'a rien (jui approche d’une telle impétuosité. C'était un combat terrible, j'en demeurais brisée. Quand Dieu veut, toute résistance est vaine ; il n'y a pas de pouvoir contre son pouvoir. Quand Dieu veut, nous ne pouvons pas plus retenir notre corps que notre àme. Malgré nous, nous voyons que nous avons un maître et que de telles faveurs sont un don de sa main, et nullement le fruit de nos elforts ; ce qui imprime dans l'àme une humilité profonde.
« Au commencement, je l’avoue, j'étais saisie d'une extrême frayeur. Et qui ne le serait en voyant ainsi son corps s'élever de terre ? Car, quoique l’àme l’entraîne après elle, avec un indicible plaisir quand il ne résiste point, le sentiment ne se perd pas ; pour moi, du moins,
voir que j’étais élevée de terre. A la vue de cette majesté que déploie ainsi la puissance, on denieui-e glacé d’ellVoi, les cheveux sc dressent sur la tète et on se sent pénétré d’une très vive crainte d’oll'enser un Dieu si grand. Mais cette crainte est mêlée d’un très ardent amour, et cet amour redouble en voyant jusiiu’à quel excès Dieu porte le sien à l’égard d’un ver de terre (pii n’est que pourriture. Car, non content d’élever l’àme Jusfju’à lui, il veut élever aussi ce coqis mortel, ce vil limon souillé par tant d’otfenses...
« ,1e reviens aux ravissements et à leurs eirorts ordinaires. Souvent mon corps en devenait si léger qu’il n’avait plus de pesanteur ; quelquefois c’était à un tel point que je ne sentais [ilus mes pieds toucher la terre. Tant que le corps est dans le ravissement, il reste comme mort et souvent dans une impuissance absolue d’agir.
Il conserve l’attitude où il a été surpris ; ainsi il reste sur pied ou assis, les mains ouvertes ou fermées, en un mot, dans l’état où le ravissement l’a trouvé...
Ciordano Bruno dit, à propos de la puissance de concentration de l’àme et en parlant de saint Thomas d’Aquin: « Quand il s’élevait avec toute la force de son àme et toute sa piété à la contemplation spirituelle de ce qu’il croyait être le ciel, tout son être sentant et agissant se concentrait à un tel degré dans cette pensée
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unique que son corps se détachait du sol et s'éle^ vait en Vair, »
Voici maintenant quelques cas qui ont été décrits et affirmés juridiquement.
Le premier en date se trouve à la Bibliothèque nationale.
C"est le « Procès-verbal fait, pour délivrer i n? fille possédée par le malin esprit à Louviers en 1591, par Louis Morel, écuyer, sieur de La Tour, conseiller du roi, prévôt général en la maréchaussée de France et en la })rovince de Normandie, assisté de Robert Behotte, licencié ès lois, avocat et lieutenant général de M. le vicomte de Rouen, à la résidence de Louviers. »
La tille dont il est ici question était une pauvre servante, Françoise Fontaine, ni sainte ni sorcière, mais aflligée de manifestations si extraordinaires qu’elle avait demandé tous les secours, y compris ceux de la religion, pour en être délivrée et qu’on avait fini par la garder dans la prison de Louviers pour éviter les accidents.
Ces manifestations, parmi lesquelles se trouvaient des coups frappés dans les murs, des transports d’objets mobiliers et des enlèvements de son propre corps, si brutaux qu’elle et les assistants en étaient souvent grièvement blessés, sont longuement exposées dans le procès-verbal avec les attestations des témoins. Je me bornerai à reproduire ici le récit de celles qui eurent lieu lorsqu’on eut recours à l’exorcisme,
n loco Lrjfttühr COfHHû pifitfdiCt'ihliunJoret
ocuiclhsiino Domjno Noslro '
Sÿusdetn- Semp/uct Ordinis F^gJr'cs offerutU dicant-
Fig, 18 .
en y mettant Torthographe et la ponctuation modernes pour rendre un peu plus claire la rédaction assez confuse du prévôt de Normandie.
« Suivant ce que nous avons arreté le jour (rider avec ledit curé Pellet, nous sommes partis de notre logis et venu trouver icelui curé Pellet, viron sur les six à sept heures du matin, avec lefjuel nous sommes transportés aux prisons de cette dite ville de Louviers, ayant amené av ec lui un clerc qui portait Teau bénite, et nous avons commandé auxdits Vymont, Dupuys, Hellot, Dubusc, te Prévost et autres, nos archers, nous accompagner ; ce (judls ont fait, lilt sommes entrés en icelle prison et avons trouvé ladite Françoise qui était en une petite chambre haute, couchée toute vêtue sur une couchette avec cinq ou six prisonniers qui la gardaient, laquelle avait le visage tout en sang, comme d'égratignures, à laquelle nous avons demandé qui lui avait fait cette égratignure.
« Par ladite Françoise fait réponse que c’était l’esprit qui la tourmentait (jui lui avait fait lesdites égratignures, samedi au soir dernier en notre présence comme nous l’interrogions, l’ayant ledit esprit lors jetée par terre à cause de ce qu’elle nous avait confessé, comme nous avions pu wir.
« A laquelle Françoise nous avons usé de plusieurs remontrances pour la réconcilier en la crainte et amour de Dieu, lui remontrant
(jii^en reconnaissant Dieu, lui criant merci, confessant ses fautes, lui en demandant pardon et renonçant au diable, elle pouvait sortir des tourments où le malin esprit bavait conduite, par le moyen d’une confession générale de ses péchés qu’il fallait (ju’elle fît audit curé Pellet, et se mettre en bon état, pour ouïr la messe et recevoir le saint Corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ; ce qu^elle a promivS de faire.
« Ce fait, ledit curé Pellet lui avait baillé de l’eau bénite, et icelle ouïe de confession; après laquelle nous avons icelle Françoise prise, menée et conduite avec nosdits archers, étant enserrée par les mains, à l’église Notre-Dame de cette dite ville de Louviers, où entrant ledit curé Pellet, qui marchait devant vêtu de «on surplis et de son étole, lui avait jeté de Peau bénite ; et nous, après lui, ayant notre bâton de prévôt en la main. Pavons conduite en la chapelle de la Trinité où Pon avait fait accommoder Pautel pour dire la messe, et devant lequel autel nous avions fait mettre des bancs, sur l’un des(|uels elle s’est appuyée, s’étant mise à genoux et commencé à prier Dieu, étant toujours auprès d’elle ledit curé Pellet vêtu de sondit surplis ayant son étole au cou. Et nous sommes mis au coin de Pautel où Pon commence à dire la messe, pour voir quelle contenance tiendrait ladite Françoise sans qu’elle nous aperçut.
« Va lors et à l’instant, ]M® Jean Buisson,
prêtre chapelain de ladite église,qui était revêtu de ses ornements sacerdotaux pour dire et célébrer la messe, ayant fait allumer un grand cierge qu’il avait fait mettre sur le bord de Tautel, près de nous, et après a commencé à célébrer une basse messe où s’étaient trouvés présents plus de 1.000 1.200 personnes, tant catholiques que huguenots de la nouvelle prétendue religion, soldats et autres gens de qualité. Et entre autres personnes de qualité, étaient le sieur abbé de Mortemer, le sieur Ratte, abbé et conseiller au parlement de Toulouse, le sieur de Rubempré, le sieur baron de Neufbourg, le sieur baron des Noyers, le sieur Séguier, grand maître des eaux et forêts de France, M® Jacques Duval, médecin à Evreux, ]\F Jonas Marie, receveur des tailles en Félectioii de Montivilliers, INF Nicolas Coquet, prêtre dudit Louviers, Pierre Behotte, Jacques Surgis, (iuillaume Inger Taîné, Robert Langlois, bourgeois et marchands dudit Louviers.
« Laquelle Françoise s’était mise en prière et en état d’ouïr sagement la messe, sinon que lorsque ledit Buisson prêtre a commencé à dire l’Evangile, ladite Françoise avait commencé à sommeiller, la tête lui étant tombée sur ledit banc devant lequel elle était à genoux, comme si elle eût été pâmée et évanouie; de quoi nous avons averti ledit curéPellet qui nous regardait et avait Pœil sur nous, comme nous Pen avions prié, afin de l’avertir si nous apercevions que ladite Françoise fît quelque chose ; lequel curé
Pcllet Pavait exorcisée et à elle jeté de l’eau bénite, laquelle s’était aussitôt revenue, s’étant levée et fait le signe de la croix et ouï et entendu ledit Evangile attentivement. Après ledit Evangile dit, elle avait été à l’olfrande où elle avait été conduite par ledit curé Pellet. Lors de l’élévation du saint Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, elle avait icelui regardé fort attentivement, faisant toujours mine de le prier et adorer, sans avoir été aucunement tourmentée. Après laquelle élévation, ledit curé lui avait présenté la paix qu’elle avait baisée.
« Et sur ce que ledit Buisson prêtre a voulu parachever de dire la messe, le livre et missel étant changés de lieu et remis sur le bout de l’autel où il avait commencé ladite messe, étant à l’action de grâce d’icelle, ledit curé Pellet avait commandé audit Buisson prêtre de ne parachever sa dite messe qu’il n’eùt administré le Saint-Sacrement et l’Eucharistie à ladite Françoise ; lequel Buisson s’étant arrêté, icelui curé Pellet, vêtu toujours de son surplis et ayant l’étole au cou, s’étant approché d’icelle Françoise, laquelle il avait ouïe derechef de confession, et ayant icelle exorcisée, et conjuré ledit malin esprit auquel ladite Françoise a déclaré puliliquement qu’elle renonçait, ledit curé Pellet a pris la Sainte P]ucharistie pour la lui bailler et faire recevoir. S’étant approché d’elle après avoir fait dire à ladite Françoise tout hautement son Misereatiir et Confileor, il s’était apparu comme une ombre noire hors de
l’église, qui avait cassé un losange des vitres de ladite chapelle et pris le cierge qui était sur l’autel, qu’il avait éteint... et icelle Françoise étant à deux genoux avait été enlevée fort épouvantablement, sans avoir pu recevoir le Saint-Sacrement, ouvrant la liouclie, ayant les yeux tournés en la tète, avec un geste tant effroyable, qu'il avait été besoin^ à laide de 5 à 6 personnes, la retirer par ses accoutrements comme elle était enlevée en lair ; laquelle ils avaient jetée à terre, ayant été contraints de se jeter sur elle à cause que cela la voulait enlever, sans toutefois voir ni apercevoir aucune chose ; où s’était aussitôt présenté ledit curé Pellet, qui avait icelle exorcisée et à elle jeté de l’eau bénite, même conjuré ledit malin esprit ; laquelle était revenue à soi, étonnée et débile. Ce que voyant, ledit curé avait derechef fait abjurer à ladite Françoise ledit malin esprit, et à elle Jait plusieurs remontrances pour le salut de son àme ; à quoi ladite Françoise avait prêté l’oreille.
« Cela fait, ledit curé avait derechef présenté la Sainte Hostie à ladite Françoise, pour laquelle recevoir s’étant mise à deux genoux, ledit curé lui présentant, icelle Françoise a derechef été enlevée de terre plus haut que 1 autel, comme si on l’eût prise par les cheveux, d’une si étrange façon que cela avait grandement étonné les assistants qui n’eussent jamais cru voir une chose si épouvantable ; s’étant tous jetés à deux genoux contre terre et commencé
à prier Dieu et implorer sa grâce pour la délivrance de ladite Françoise ; ayant été de besoin pour icelle reprendre, que plusieurs hommes se soient jetés à ses accoutrements et icelle abattue à terre, s’étant jetés sur elle pour s’opposer à l’effet de l’ennemi qui le voulait enlever, ayant ladite Françoise la bouche torse et ouverte, les yeux (jui lui sortaient de la tète, les bras et les jambes tournés sens dessus dessous.
« Ce que voyant, ledit curé Pellet s’était approché auprès d’elle, lui ayant jeté de l’eau bénite, icelle exorcisée et conjuré ledit malin esprit. Ayant ladite Françoise la lace contremont, et ayant demeuré quelque temps en cet état, ledit curé Pellet ayant lait allumer un autre cierge, ladite Françoise était revenue à soi et repris ses esprits. Et après que ladite Françoise a derechef crié merci à Dieu et renoncé audit malin esprit, étant à deux genoux s’approchant ledit curé Pellet auprès d’elle pour lui présenter la Sainte Eucharistie alin de icelle recevoir, pour la troisième fois elle avait été comme devant empêchée de ce faire, ayant été enlevée pour la troisième fois par-dessus une grande forme ou banc (pii était devant 1 autel où l’on célélirait la messe, et emportée en l'air du côté oà la vitre avait été cassée^ la tête en bas, les pieds en haut sans que ses accou^ trements fussent renversés {i)yixn travers desquels,
J. Il arrive fréquemment que la force qui soulève 1 être
devant, avec derrière, il sortait une grande quantité d’eau fumée puante ; ayant été plus tourmentée que devant^ avec une telle manière et fureur, que c’était chose horrible à voir et incroyable à ceux qui ne l’ont vue. Laquelle Françoise fut quelque temps ainsi transportée en Vair sans que Von la pût reprendre ; mais enfin sept à huit hommes s’étaient jetés à elle, qui avaient icelle reprise et mise contre terre, étant tourmentée de telle façon que c'était chose horrible et pitoyable à voir, tellement que ceux qui étaient là présents en grand nombre tant catholiques que de la nouvelle religion réformée, avaient picLué, s’élant mis à genoux et commencé à prier Dieu pour le salut de l’àme de ladite Françoise.
« Pendant lesijuelles prières ledit curé Pellet s’était approché de ladite Françoise où, tout de nouveau, il avait icelle exorcisée et conjuré ledit malin esprit, et lui ayant jeté de l’eau bénite, était revenue et repris ses esprits ayant déclaré tout hautement ladite Françoise qu’elle renonçait au diable, criait merci à Dieu et lui demandait pardon de ses fautes.
humain s’applique également aux objets qui l’entourent. On en a déjà vu des exemples avec Sainte Thérèse (p, 143) et dans les expériences de l'Agnélas où la chaise d'Eusapia fut soulevée avec elle. En voici un autre cité par Gœrres {Einleitiing zii Siizo's Lehen)^ à propos de Saint Suzo qui s’éleva un jour dans l’air, à ciel ouvert, pendant une tourmente de neige ; la neige se rassembla et resta suspendue au-dessus de sa tète en formant une espèce de toit.
« Disant ladite Françoise de soi-inème que la première fois que ledit curé Pellet lui avait présenté la Sainte Eucharistie, elle avait vu ledit malin esprit qui était entré par un trou qu'il avait fait en une vitre de ladite chapelle, étant à main droite, qu'elle nous a montré, et avait éteint le cierge qui était allumé sur l'autel ou l'on célébrait la messe et icelle Françoise pris par les cheveux pour l'enlever et emporter par le trou de ladite vitre, de peur qu'elle ne reçût le saint Corps de Notre-Seigneur Jésus- Christ. »
Le rapport ajoute que le curé Pellet s’étant souvenu que, toutes les fois que Françoise avait été enlevée, cela avait été par les cheveux, il les lui lit raser. A la suite de cette opération et de l'exorcisme qu'on vient de lire, la pauvre fille fut complètement guérie.
J'ai cité ce long texte in extenso pour que le lecteur pût bien se faire une idée du soin avec lequel les faits avaient été observés. Il ne jieut y avoir de doute sur ceci que Françoise a été, pendant la messe, soulevée trois fois dans les airs, de telle manière qu'on ne saurait confondre ces lévitations avec des contorsions et des sauts.
Dans les dilférentes circonstances relatées, riiomme de science ne peut retenir que quelques particularités : telle est l'adhésion au corps des jupons qui ne se renversaient pas quand Françoise avait la tète en bas, ce qui prouve que la force inconnue qui soustrayait son corps aux
lois de la pesanteur s'appliquait également à ses vêtements, phénomène qu'on a observé d'autres Ibis. Tel est également le fait que l'ablation de la chevelure a fait cesser, ou plutôt a contribué à faire cesser les manifestations, faits qu'on peut rapprocher de cette observation que la force psychique se dégage souvent par les cheveux, comme l'électricité. Tel est encore l'état de prostration de Françoise après les lévitations, circonstances qu'on observe toujours après les dépenses considérables de force psychique. Je pourrais également ajouter la sensation de vent froid, dont il n'est pas parlé dans le récit reproduit plus haut, mais qui est souvent indiquée dans les autres parties du procès-verbal, au moment de l'apparition du phénomène, ainsi que beaucoup d'expérimentateurs Font constaté dans des manifestations analogues (1).
1. Ce serait dépasser manifestement les droits de la science positive et même du simple bon sens que d’affirmer que les faits, tels qu’ils ont été décrits dans le procès-verbal, sont suffisamment expliqués par les troubles nerveux et les hallucinations qu’on a étudiés dans les hôpitaux.
C’est cependant ce que n’a pas hésité à faire récemment un médecin dans la longue préface dont il a fait précéder la reproduction de l’histoire de Françoise Fontaine. Après avoir cité sainte Thérèse et quelques autres femmes célèbres il dit :
« Françoise Fontaine est un cas particulier de la névrose ; chez toutes ces femmes, il y a trouble intellectuel, altérations cérébrales et psychiques ; si les manifestations diffèrent, le principe est un et identique. Ce sont des malades qui subissent l’influence de leurs sensations et de leurs sentiments, de leurs désirs et de leurs idées.
« Le travail de reconstitution n'est pas difficile, et l’analyse
Le fameux recueil des Causes célèbres contient, dans son tome A I, imprimé en 1738, deux documents cités à propos du procès de Louis (laufridy, — ce prêtre de Marseille qui avait été brûléjcomme sorcier en 1711, par arrêt du Parlement de Provence, — et relatifs à des faits contemporains du narrateur.
L'un se rajiporte à une demoiselle Thévenet, de Corbeil, qu’on supposait possédée, et au sujet de qui l’archevêque de Paris lit faire une information.
Voici les principaux faits qu’on dit avoir constatés ;
morale n’est pas moins claire que les constatations morbides ; à côté de l'accident pathologique, de l'aflection névropathique se place un alYolemeiit interne du sens de l'intuition, une perturbation des sens externes, un accroissement démesuré de l’imagination et de son activité créatrice : pendant le sommeil de l'être pensant, l’ame .sensitive s'exalte et produit des visions, des hallucinations morales et physiques, c’est-à-dire de fausses images, constituant une véritable aliénation mentale qui convertit une sensation pathologique en réalités objectives. C'est une hallucination quelle a elle-même provoquée... (p. xix et xxU
« Je me crois en droit de conclure :
« 1® Il n'y a point de possédées;
« 2® Il n’y a que des malades, et l’hystéro-épilepsie suffit à expliquer tout ce qu’il y a de vrai dans les phénomènes démoniaques ;
« S'* Françoise Fontaine est hystéro-épileptique, et son aventure ne présente absolument rien de surnaturel (p. lxxxvii). »
La désinvolture de ces affirmations en précence des faits dont le lecteur a pris connaissance plus haut, serait simplement comique si elle ne dénotait une hostilité aveugle et néfaste contre tout ce qui sort de l’enseignement matérialiste officiel.
« 1° Celte demoiselle s'est élevée à 7 ou 8 pieds dans un jardin^ et juscpi'au plancher dans sa chambre ;
« 2" Elle a enlevé son frère et sa garde jusqu’à 3 pieds sans aucun point d’appui ;
« 3" Ses jupes se sont repliées par-dessus sa tète, quoiqu’elle s’élevât debout en l’air ;
« 4" Elle s’est élevée dans le lit avec sa couverture, jusqu’à 3 et 4 pieds, de la même façon qu’elle s’était couchée, c’est-à-dire le corps étendu horizontalement. »
L’autre document est un rapport médical relatif à huit personnes de la paroisse de Langres, diocèse de Bayeux, également prétendues possédées. Voici ce rapport :
« Nous soussignés, Nicolas Andry, conseiller, lecteur et professeur royal, docteur, régent et ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris, censeur royal des livres, etc., avons examiné avec tout le soin possible le mémoire qu’on nous a présenté ; en conséquence de quoi, certifions avoir trouvé dans ledit mémoire quatre cas singuliers (pii nous paraissaient passer les forces de la nature et ne pouvoir être attribués à aucune force physique, savoir :
« 1“ Que les personnes y mentionnées...
« 2’ Que souvent elles pèsent, dans le temps de leur syncope, au moins le double de ce qu’elles pèsent dans leur état, naturel, de sorte (jue deux hommes ont eu quelquefois de la peine à porter un enfant de dix ans. Bien plus, (|ue ipiatre hommes n’ont jamais pu, plusieurs
Ibis et en ditrérents temps, enlever une autre de terre où elle était étendue, quelque elTort ((u'ils fissent pendant un temps considérable ; et dès qu\in prêtre y fut arrivé et qu’il eut commandé au démon de lui rendre la connaissance et la liberté de se relever elle-même, elle recouvra Tune et l’autre. De plus, que deux hommes la portant un autre jour, dans ce même état, deux autres hommes s’étant joints à eux pour les aider à la porter, son corps devint tout à coup si pesant qu’ils eurent toute la peine à fj^a^ner sa maison, quoique proche, déclarant ([u’ils auraient eu moins de peine à porter chacun un sac de blé.
« 4° Qu’il y en a une qui, voulant se jeter un jour par la fenêtre d’un escalier d’un second étage, demeura suspendue debout en l’air, sans aucun appui sous les pieds, et sans tenir à rien, pendant tout le temps qu’il fallut j)our monter à cet étage et la retirer. Qu’elle s’est mise une autre fois un talon sur le bord extérieur du linteau de la fenêtre d’une chambre, l’autre ])ied en l’air, et tout le corps penché sans se tenir à rien. Qu’elle s’est assise sur le bord intérieur d’un puits, tout le corps en dedans, sans aucun appui sous les pieds, et pendant tout cela toujours en syncope.
« Lesquelles choses énoncées dans ces quatre articles, certifions comme ci-dessus passer les forces de la nature et ne pouvoir être attribuées à aucune force physique ; le tout sans
prétendre rien aux autres articles qui peuvent être du ressort de la physique et de la médecine.
An DRY.
^YINSLO^V.
Fait à Paris, le 4 mars 1734.
« Après avoir lu et examiné le mémoire cidessus, après avoir appris de plus rinulilité des remèdes employés par les médecins, nous croyons que lajihysique ne peut expliquer quelques-uns des laits énoncés, tels, par exemple, que d’être suspendu en Tair sans tenir à rien, etc., et que la nature toute seule, en santé ou en maladie, ne les peut produire.
«I^ntbi de quoi, adhérant aux quatre articles extraits par nos confrères, MM. Andry et Winslow, sans rien décider sur les autres articles, nous avons signé à Paris, ce 7 mars 1735.
« Chomel, conseiller^ médecin du roi, associé vétéran de VAcadémie royale des sciences et docteur régent de la Faculté de médecine de Paris,
« Chomel fils, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, »
Les lévitations ont eu souvent une telle durée qu’elles ont pu se fixer nettement dans la mémoire des artistes et être reproduites par la peinture et la gravure.
Le Musée du Louvre possède un tableau de Murillo, catalogué sous le 5o0 bis et appelé le Miracle de San Diego (fig. 14).
La figure 15 est la réduction d'une gravure faite d'après un tableau de Nie. La Piccola ; il
Fig. 23. — Effkfie del Ven. Servo de Dio Fra Ilmnile di Bisignano Minori riformati délia Prov* Calahria citra.
Morte li 26 novembre i63I,
représente saint Martin de Porres, qui était mulâtre et de l'ordre des Frères Prêcheurs, se
précipitant à travers les airs vers un crucifix placé sur Tautel (1).
Dans la figure 10, on voit saint Pierre \cVAlcantara s^élever également vers un crucifix (2). Dans la figure 17, c’est le même prodige avec sainte Jacinthe.
Les figures 18,10,20 et 21 se rapportent à saint Joseph de Cupertino, l’homme qui posséda au plus haut degré cette singulière propriété. La figure 18 le montre volant vers l’hostie au moment de la bénédiction, la figure 10, arrivant à travers les airs jusqu’au pape Urbain Yll pour lui baiser les pieds ; la figure 20, volant dans une église par dessus la tète des assistants pour se porter vers une statue de la Vierge. Enfin dans la figure 21, il s’élève en consacrant l’hostie (0). On m’a signalé de plus un tableau du cavalier Mazzanti, gravé en 1780 par Gaspard Froy et représentant Joseph de Cupertino, partant de son monastère dans les airs, en présence de deux moines (4).
1. Saint Martin de Porres présentait souvent aussi le phénomène de la bilocation. IIibet, Mystique^ II, 188.