‹ Les frontières de la science. 2e sérieChapitre 35 sur 46 · Paris, Poussielgue, 1883. 3 vol. gr. in · texte numérisé non relu

Paris, Poussielgue, 1883. 3 vol. gr. in

la loi de la pesanteur... Suspension, aseension, vol extatique... Agilité surnaturelle en dehors de Textase. Courses aériennes de sainte Christine Tadinirable... Energie de cette attraction ascensionnelle... Marche sur les eaux... Explication de ce phénomène) ;

Enlîn, dans la Physique de la Magie que vient de publier récemment en Allemagne le baron Karl de Prel, le chapitre VIT du volume, chapitre qui a pour titre : Gravitation et lévitation et où le savant auteur essaie d'établir un(‘ théorie physique du phénomène basée sur la polarisation de la pesanteur.

J'espère être agréable à mes lecteurs en donnant ici un long extrait de ce chapitre dont je dois la traduction au D’’ Hahn, bibliothécaire de la Faculté de médecine de Paris.

Le langage humain n'est pas le résultat du raisonnement scientifique ; il a pris naissance avant toute science. C’est ce qui fait que les termes par lesquels on désigne les phénomènes naturels ne sont pas conformes à la doctrine scientifique mais à Tidée que s’en faisait rhomme préhistorique. Celui-ci ramenait toujours les choses de la nature à sa propre mesure et là où, par exemple, il voyait du mouvement, il supposait la vie. Encore aujourd’hui mouvement et vie restent associés dans le langage ; ainsi lorsque le vent agite les feuilles d’un arbre on dit qu’elles se meuvent. Le naturaliste devrait, rigoureusement, protester contre de semblables expressions, qui désignent le phénomène tel que nous le voyons mais non tel que nous le comprenons. La science

est donc constamment oblig’ée de parler la lang-ue d e l’ig-norance, celle des conceptions préhistoriques de l’univers ; et ce qui prouve quelles profondes racines celles-ci ont conservées en nous c’est le plaisir que nous fait éprouver la poésie. Le poète lyrique qui donne la vie à la nature inanimée flatte ces conceptions primitives qui sommeillent au fond de notre être, transmises à nous par hérédité.

Notre langage renferme encore un hon nombre de ces éléments paléontologiques, et bien des traces de cette interprétation subjective des phénomènes naturels se retrouvent non seulement pour notre sens interne mais pour tous nos sens. Il en résulte une grande confusion dans les discussions scientifiques.

Lorsque nous ramassons une pierre, il nous semble qu’une sorte d’activité émane de cette pierre, qu elle tait comme un effort pour se rapprocher du sol en pesant sur notre main, c’est ce sentiment que nous exprimons en disant : « La pierre est lourde. » Nous pensons désigner ainsi la nature de la pierre. Ce sentiment s’est à un tel point généralisé que chacun de nous se croit autorisé à dire : « Tous les corps sont pesants. » Voilà encore une expression contre laquelle le naturaliste devrait protester ; car, pris en lui-même, un corps n’est pas lourd ; il ne semble le devenir que lorsqu’il se trouve dans le voisinage d’un autre corps qui l’attire. Notre langage moderne transforme le fait d’attraction passive en une propriété de la pierre ; il place dans la pierre meme la cause de la pesanteur qui réside en dehors d’elle. Etant donné que la terre attire la pierre tenue dans la main (nous faisons abstraction de Tattraction réciproque de la pierre sur la terre, pour plus de simplicité), la pierre parait être lourde, mais ce n’est là qu’une apparence; si nous pouvions supprimer la terre, il serait facile de

le constater ; alors seulement la véritable nature de la pierre apparaîtrait et, celle-ci se montrerait sans poids. Si nous replacions la terre à proximité de la pierre, son état naturel se trouverait modifié; c’est ce que nous appelons pesanteur. Bref le mot pesanteur indique un rapport entre deux corps et non la nature de fun d’eux ; c’est la constatation d’une action exercée sur la pierre, mais non l’énoncé d’une cause résidant en elle. Ce n’est pas dans la pierre qu’il faut chercher la cause de la pesanteur mais hors d’elle et, si cette cause vient à être supprimée, la pierre cesse d’être pesante. C’est en se servant de ce même langage de l’ignorance que les astronomes disent que la terre pèse des milliards de kilogrammes ; mais, si nous pouvions supprimer le soleil (et toutes les étoiles fixes), le poids de la terre serait nul. Si nous faisons disparaîti-e le corps attractif, l’autre n’est naturellement plus attiré, car c’est uniquement dans l’attraction que consiste la pesanteur. En un mot, la gravitation ne caractérise d’aucune façon l’état effectif et invariable des corps.

Mais, dira-t-on, ces considérations sont assez stériles puisqu’en raison de l’impossibilité où nous sommes de nous soustraire à l’attraction de la terre, des corps sans pesanteur ne peuvent s’offrir à notre examen. Cette réflexion n’est pas juste. Certainement nous né pouvons supprimer la terre; mais peut-être sa force d’attraction pourrait-elle être annulée par la mise en jeu de forces capables de transformer, sous des conditions données, la gravitation ou lévitation. Nous connaissons une force de ce genre opposée à la gravitation: c'est le magnétisme minéral. De plus de nombreuses observations faites dans le domaine de l’occultisme se rapportent précisément à la lévitation, phénomène qui doit son nom à ce que l’on y voit la pesanteur naturelle

des corps diminuée ou abolie. Des milliers de témoins assurent avoir vu des tables rester suspendues en l’air, rien qu’en appliquant les mains sur elles, ou même en les tenant au-dessus d’elles à une certaine distance. Voilà cinquante ans que les spirites affirment le fait ; leurs adversaires, au lieu d’examiner la chose, répondent simplement : « La lévitation est impossible parce qu’elle est contraire à la loi de gravitation. » C’est la répétition continuelle^de la scène caractérisée par une ancienne réponse d’oracle : « 11 entra un sage et avec lui un fou : le sage examina avant de juger; le fou jugea avant d’examiner. »

L’exemple de l’aimant suffit déjà à prouver que, dans certaines circonstances, la lévitation est possible ; reste à savoir si elle peut se présenter encore dans d'autres conditions.Du moment qu’une exception à la loi de gravitation est constatée, d’autres sont, sans doute, possibles. 11 peut exister dans la nature d’autres forces capables de l’emporter sur la force d’attraction de la terre. Unepremière raison de ne pas opposer àcette hypothèse une fin de non recevoir, c’est que nous ne savons même pas en quoi consiste la gravitation. Nous en constatons les effets, mais son mode d’action physique nous échappe. Tous les physiciens savent que le processus de l’attraction est encore une énigme. La science aurait donc des raisons majeures pour examiner le phénomène de la lévitation; il est évident en effet que la connaissance des conditions sous lesquelles la gravitation se trouve annulée ne peut qu’éclairer le phénomène meme de la gravitation. Il est non moins évident d’après tout ce qui précède, que la lévitation ne peut être comprise qu’à la lumière de nos notions sur la gravitation ; c’est donc par l’étude de celle-ci que nous devons commencer.

Newton, le premier, a donné la démonstration rigou-

reuse de la gravitation déjà soupçonnée dans l’antiquité. Voici l’énoncé de la loi qu’il a établie: «Tous les corps s’attirent en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance. » Ce fut la première loi terrestre à laquelle on attribua une valeur universelle ; elle est vraie pour la pierre lancée par un gamin aussi bien que pour la comète qui arrive des profondeurs de l’espace. Tel est le fondement sur lequel a pu s’établir la science moderne de l’astro-physique ; science qui part de ce principe que toutes les lois terrestres, loi de la chaleur, de la lumière, de l’électricité, etc,,ont une valeur universelle. Newton savait bien qu’il n’avait découvert que la loi de la gravitation, mais non sa cause. Il a, lui—même, avoué ne pas connaître la nature de la gravitation. Il dit: « Je n’ai pu encore réussir à déduire des phénomènes observés la raison de cette gravitation ; je ne forge pas des hypothèses [hypothèses non fingo)> Dans une lettre à Bentley, il dit : « La gravitation doit être occasionnée par quelqu’impulsion qui agit d’une façon continue et d’accord avec certaines lois, je laisse à mes lecteurs le soin de juger s’il s’agit d’une impulsion matérielle ou immatérielle. »

Le problème à résoudre ne se range donc pas sous la rubrique Gravitation^ mais sous la rubrique Graptïation et Lévitation, Voici ce que dit Newton dans sa lettre à Bentley : « Il est inconcevable que la matière brute, inanimée puisse agir sur la matière, à distance, sans un intermédiaire matériel.» Pour expliquer cette action à distance, nous pouvons, d’après les règles de la logique, énoncer sous deux formes différentes la proposition de Newton et dire : ou bien « Il est concevable

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