‹ Les frontières du surnaturelChapitre 3 sur 4 · I.Ks ntO.VTIKttl > m s| Il X A Tl II IvL · texte numérisé non relu

I.Ks ntO.VTIKttl > m s| Il X A Tl II IvL

Dans (‘os coudilions, on se demande pourquoi les matérialistess’achar rient avec lant d’opiniàlrelé à considérer Loutes les apparitions comme des hallucinations. Ils perdent leur temps à défendre la thèse absurde du bloc. Le miracle, qu’ils nient à outrance et qu’ils ont la prétention de supprimer, dépasse leur petit jugement : il n’est pas en effet dans tel ou tel ordre de phénomènes, puisque tous sont susceptibles d’en fournir l’élément et la matière, il est dans l’intervention manifeste d’une cause surnaturelle. Que cette intervention se produise au dehors ou au dedans de nous, dans une apparition ou dans une hallucination, c’est affaire de faible importance. « Ce qui nous importe surtout, dit un bon juge, le P. de Bonniot, c’est de contrôler ces manifestations, d'en constater l'origine de savoir à quels signes on distingue l’apparition qui vient du ciel de celle qui vient de l’enfer... (i) )>

Ce même auteur ne s’est pas toujours montré aussi perspicace. Dans la question des hallucinations collectives , il a conclu au surnaturel comme le P. Debreyne : c’est encore et toujours la déplorable, mais si commode théorie du bloc. Nous avons le regret de nous séparer complètement sur ce point des deux savants religieux.

A les entendre, toute hallucination doit être isolée,individuelle. L'hallucination générale , collective non seulement n’aurait jamais été observée, mais serait impossible, contraire aux lois physiologiques. Nous avons eu l’occasion de protester contre une pareille prétention et de montrer, avec exemples à l’appui, que l’hallucination collective est possible et conforme à la physiologie (2). Le mécanisme de la sensation, et par suite de l’hallucination, ne diffère pas d’un individu à l’autre ; et chez tous, les opérations merveilleuses de l’imagination procèdent du même terrain cérébral. Des hommes, réunis devant un même spectacle, doivent sentir de la même façon et par suite peuvent et doivent éprouver des hallucinations semblables.

Le P. de Bonniot, d’ordinaire si prudent, a donc eu tort de déclarer impossibles a priorités hallucinations collectives.De pareilles exagérations sont regrettables, parce qu’elles vont contre la science, parce que, loin de suivre la foi, elles en faussent l’enseignement et servent ses pires ennemis. La théorie du bloc n’a qu'un avanlage, celui de masquer notre ignorance.

Une preuve frappante en a été donnée naguère à propos des hallucinations singulières de la vue que présentent les hypnotisés. En suggérant cerlaines couleurs aux somnambules, on obtient les elfets qui se produi-

(1) Le miracle et les sciences médicales , p. 126-127.

(2) Hallucinations collectives, Revue dumoyide invisible , sept. 98.

LES KltONTlKHES DU SUD N ATI- DEL

sent à Tétât vigil quand des couleurs réelles ont été soumises longtemps à Torgane visuel. Un théologien témoin de l’expérience a immédiatement tiré ces conclusions rigoureuses :

Des effets réels ne sauraient résulter d’une cause imaginaire, et la simple suggestion d’un carré rouge ne peut être la cause du vert-bleu que voient \es hypnotisés. Ce carré rouge n’a pas de cause naturelle, il provient d’un agent préternaturel, du diable en personne!

(«race à Dieu, tous les théologiens n’ont pas accepté cet étrange raisonnement,et Mgr Méric,le savant directeur du Monde Invisible,a très exactement remisla question au point.«Le sujet croit voir sur une feuille blanche un carré rouge qui n’existe pas, son imagination surexcitée rapporte extérieurement à cette feuille le carré imaginaire, voilà le fait sur lequel sa pensée s’égare ; mais c’est un fait particulier, en dehors duquel le sujet voit comme vous et moi. Or, si vous enlevez brusquement un carré rouge sous les yeux d’un homme sain à l’état de veille, il accusera aussitôt la sensation du vert ; le somnambule ne fait pas autre chose, et le rouge imaginaire étant réel pour lui , il lui est évident qu’il doit accuser la sensation du vert quand vous enlevez brusquement la feuille blanche et que vous la remplacez par une autre. » Mgr Méric a raison, et l'hallucination hypnotique , qui semble prodigieuse à son contradicteur, s’explique toute seule. On suggère à un individu endormi qu'il voit un carré rouge. L’imagination met aussitôt en mouvement les éléments de la rétine et produit l’image appropriée, le carré rouge. Cette image n’est que la reproduclion de celle que détermine l’impression d’un carré ronge extérieur. Si brusquement on substitue au carré rouge une feuille blanche, l’hypnotisé ne peut plus accuser qu’une impression vert-bleu, complémentaire, car il est aussi incapable que l’homme éveillé d’analyser complètement avec sa rétine fatiguée la nouvelle couleur offerte. Le carré rouge n’existe pas, c’est vrai ; mais, comme le dit Mgr Méric, le rouge imaginaire est absolument réel pour l’hypnotisé, qui en a l’image dans les yeux. La vision subjective de l’hypnotisé est analogue à la vue objec • tive de l'homme éveillé : elle s’opère également dans les memes conditions, par l'action de la meme rétine. Les lois de l’optique sont identiques de part et d’autre.

Comme on le voit, la science rend raison d’un phénomène qui paraissait inexplicable aux profanes, surnaturel même à plusieurs. Nouvelle preuve qu’il faut se tenir exactement au courant des conquêtes de la science, être très prudent dans les conclusions que suggèrent certains faits d’apparence étrange et ne pas faire prématurément appel aux causes supra-sensibles.

C’est pour n’avoir pas observe cette sage réserve que tant d’auteurs sont tombés dans une cruelle erreur en regardant l 'hypnotisme comme d'essence diabolique. Une petite expérience, une heure passée dans les hôpitaux ou auprès des hypnotiseurs, les aurait vite détrompés ; mais ils se sont fiés à leur seul jugement, ils se sont abandonnés à la fallacieuse théorie du bloc , et d’un seul coup ils ont condamné toutes les pratiques de l’hypnose comme contraires à la foi et assujetties à Satan. L’aberration est singulière et a reçu des faits une contradiction décisive ; mais nous n’y insisterons pas, car elle a perdu son empire et tend de plus en plus à disparaître. Des théologiens réputés, Mgr Méric, le R. P. Coconnier, l’abbé Guibert, dans de magistrales études, lui ont porté le coup mortel. Nous avons ici même traité la question pour les lecteurs de la Science catholique (1) et nous n’y reviendrons pas.

Pour établir le caractère infernal de l’hypnotisme, les partisans du surnaturel quand même n’ont pas craint d’y rattacher des pratiques toutes différentes, comme la télépathie, le spiritisme, l'occultisme et de les confondre avec elles. C’est embrouiller à plaisir la question pour y introduire le surnaturel. On sait en effet que,si la théorie du bloc est usée pour Vhypnotisme franc (le seul que nous admettions, et qui soit scientifique), elle règne toujours en souveraine dans le soiritiswe. Ici tout est diabolique aux yeux de presque tous les catholiques qui ont peu ou point étudié la pratique des médiums et s’en tiennent aux justes condamnations portées par Rome contre les abus du magnétisme. La tactique est habile, mais elle n’est pas loyale, digne d’esprits philosophiques, et surtout elle porte à faux.

Nous nous permettons ue croire que sur le terrain inexploré du spiritisme l’avenir réserve plus d’unp surprise et qu’il réformera bientôt avan tageusement l’opinion égarée. Il y a, surtout parmi nous, beaucoup d’ignorance sur les problèmes complexes et troublants du spiritisme, et c’est à sa faveur que la théorie du bloc triomphe. La science y mettra un terme.

Nous l’avons dit ici même dans une récente étude (2), « il est acquis que les moyens don( disposent les médiums sont purement humains dans

(1) Pour ou contre l’hypnotisme , janv.-fev. 98.

(2) Le Diable et les médiums , Téqui et Sueur-Charruey.

la généralité des cas. Ce qui fait tourner les tables, ce qui les fait parler, c'est le médium lui même plus ou moins conscient, avec la complicité involontaire des assistants. On ne saurait méconnaître pourtant que certains faits sont extraordinaires et déconcertants : c'est l'exception qui confirme la règle. Il est certain que les tables font par occasion des communicationsétranges qui stupéfient les assistantset dépassent de beaucoup la science de tous. Le diable ne saurait être étranger à de telles machinations : il est la cause de tout ce qui dépasse ici les forces de la nature.

« La médiumnité dépend donc d'un état cérébro neurique encore mal étudié, mais indubitable, qui n'a rien de surnaturel, — ou l'esprit du mal peut toutefois faire sa part. Dire que la pratique des tables tournantes est mauvaise en soi parce qu’elle nécessite l'ingérence des mauvais esprits, c’est dépasser les bornes de l’expérience et aller contre l'évidence ; mais il ne serait pas plus juste de croire que cette pratique est inolîensive et permise, car elle a comporté, en plus d’une rencontre, l’intervention de Satan, et elle la permet toujours. »

La théorie du bloc , on le voit, est entamée, c’est-à-dire ruinée sur toute la ligne : elle est condamnée à disparaître devant la science, comme la nuit devant le jour. Ses partisans tentent un dernier effort et nous opposent une prétention visible :

Expliquez-nous l’hypnose, disent ils, expliquez-nous le mécanisme des suggestions.

Expliquez-nous le spiritisme, le mouvement de la table tournante, la transmission à celte table de l’influx nerveux du médium et des assistants.

Et comme les savants consciencieux opposent l’insuffisance des données actuelleset avouent sans honte leur ignorance, nos contradicteurs s’écrient triomphalement :

Si vous n’expliquez pas ces phénomènes, c’est qu’ils dépassent votre science, c’est qu’ils sont préternaturels !

La conclusion n’est pas sérieuse. Raisonner ainsi, c’est poser à la science humaine des conditions impossibles à réaliser. Quelles notions resteraient debout s’il fallait expliquer tous les phénomènes naturels que nous constatons ? Explique t on le sommeil, le somnambulisme naturels? Explique-t-on la vie cérébrale, le jeu des neurones, le cours du fluide nerveux ? Nos lecteurs ont pu constater avec nous, au cours de nos études de psycho physiologie, que nous ne connaissons guère le fonctionnement de l’àme et du cerveau.

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La physiologie est pleine de mystères : et il faut en revenir à ce triste aveu de Pascal : « L’homme est à lui-même le plus prodigieux objet de la nature,car il ne peut concevoir ce que c’est que corps et encore moins ce que c’est qu’espHt,ét moins qu’aucune chose comment un corps peut être uni avec un esprit : c’est là le comble de ses difficultés, ci cependant c'est son propre être . » Est-il donc si dilficile de constater notre ignorance et de la proclamer tout haut ?

Les partisans du bloc surnaturel ne s’y résignent pas: plutôt que d’avouer leur ignorance, ils mettent le diable partout. C’est absolument renoncer à la science.

Malheureusement cette mauvaise thèse n’est pas spéciale aux queslions que nous venons dépasser en revue, à l’hypnotisme, au spiritisme. On la retrouve partout, à tous les coins de la roule, sur le terrain de la science ; et ce n’est pas une tache aisée de la déloger et de la ruiner à jamais dans nombre d’esprils contemporains. Mais cette tâche doit être remplie pour l’honneur de la science et de la foi.

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