Ibid
moi et le démembrer une nouvelle fois » l. Et Milos explique comment il s'est décidé : « Après ces dix-huit années passées à diplomatiser... c'est ainsi que nous avons dû en finir; autrement, par la manière douce, jamais avec le sultan nous n'y serions parvenus » 2.
Soucieux néanmoins de conserver à sa conduite le caractère de loyalisme dont il ne s'était pas départi jusque-là, Milos tient à présenter son acte comme la mise à exécution pure et simple des clauses des traités. Pour le démontrer, il use de la même tactique que Kara-George au début du soulèvement, et que lui-même lors de la seconde insurrection. « Je sais, dit-il dans sa proclamation au peuple soulevé, que vous ne vous êtes pas révoltés contre notre tsar (le sultan), lequel n'a qu'un désir, celui de ne voir arriver de mal à personne dans son empire ; mais vous vous êtes insurgés contre les bandits qui oppriment les malheureux, les rançonnent, les tourmentent, malgré la volonté de leur Maître. » Vigoureusement, Milos s'oppose à ce que le soulèvement déborde les limites réclamées. Des régions de Nis, de Leskovac, des délégués lui viennent : le peuple là-bas veut aussi prendre les armes et passer à la Serbie. Pour couper court à tout, Milos fait enfermer les délégués; on ne l'accusera donc pas de favoriser le mouvement. Il donne des ordres sévères pour que dans les limites atteintes l'on ne touche ni aux soldats de l'armée régulière turque, ni aux voyageurs, ni aux courriers. Il rassure les pachas voisins : le peuple n'a fait que se soulever contre ses oppresseurs; au reste, si on l'attaque, Milos saura bien le défendre. Sans perdre de temps Milos s'emploie également à tranquilliser la Russie; non seulement il donne des instructions à ce sujet aux députés serbes à Constantinople, mais il écrit aussitôt au général russe Kisseliev, administrateur des principautés roumaines, à l'ambassadeur de Russie à Vienne, ainsi que d'ailleurs à Metternich; il leur explique le caractère du mouvement,