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Milos aux députés serbes à Constantinople, 6/18 mail

2. Milos à deux des députés serbes à Constantinople, 12/24 mai 1833.

justifie l'occupation des territoires et ajoute que les chemins de Serbie restent libres.

Boutenief maugrée quelque peu, mais il est bien obligé d'accepter. La Porte, comme l'avait deviné Milos, devait, elle aussi, s'incliner devant le fait accompli. Immédiatement avertie par les pachas voisins de la principauté, elle préféra accorder, sans plus tarder, tout ce qui était en litige; elle sauvait ainsi les apparences, puisqu'elle semblait donner de son plein gré ce qu'en fait on lui prenait. Dans la conférence du 13/25 mai 1835, elle déclara au représentant de la Russie qu'elle abandonnait aux Serbes tous les territoires indiqués sur la carte de Kotzebue; elle ne demandait en échange qu'une satisfaction de pure forme, la remise officielle des frontières, puis le maintien des Turcs dans les villes de garnison et un délai de six ans pour le départ des autres Turcs.

Dès le 29 mai (10 juin), Milos annonçait officiellement aux habitants des six districts qu'ils él aient désormais réunis à la Serbie. Au mois de novembre de la même année, après une nouvelle tentative de retour à un compromis territorial1, la Turquie se décidait enfin à proclamer, par hatlichérif du sultan, la remise à la Serbie des territoires détachés*. Dans cet acte, si les frontières ne figuraient pas en détail, les territoires étaient du moins clairement désignés, ainsi que le mode suivant lequel la démarcation devait avoir lieu.

Le tracé de la nouvelle frontière s'effectua dès lors sans difficulté ; il commença presque aussitôt, 1 7/29 décembre 1 855. En dépit de l'hiver, tout s'effectua rapidement5 et sans encombre, depuis le Timok jusqu'au voisinage de la Drina. Là seulement les difficultés surgirent, dues à l'attitude

1. Les Turcs firent, en effet, un dernier effort pour conserver Gurgusovac, Svrljig et Alexinac, en raison de l'importance qu'offraient ces points pour leurs communications entre Nis et Vidin.

2. En même temps que la question des districts, le hattichérif réglait la capitalisation du tribut annuel, fixé à 2 300 000 piastres, le départ des Turcs des campagnes et la vente de leurs biensfonds.

3. L'espace entre Danube et Morava fut délimité en moins de quinze jours.

hostile des musulmans de Soko. Menacés de mort, les commissaires furent contraints à un long détour, sans pouvoir mener à bien leur tâche de ce côté. Il faudra, l'été venu, une véritable expédition pour déloger les « Turcs » des villages voisins de la forteresse. Ceux des bourgades du bas s'étaient décidés à partir d'eux-mêmes. Seules deux localités, Mali Zvornik et Sakar, restèrent entre les mains des Turcs, sur la Drina, en face de Zvornik.

Pour les points de détail, où la carte et la description de la frontière laissaient place à diverses interprétations du tracé, Milos avait eu soin de prévenir ses commissaires1.

Cependant, même la démarcation achevée, il était à prévoir que, vers le sud et le sud-ouest en particulier, les difficultés ne manqueraient pas de surgir. Albanais et Bosniaques musulmans, au voisinage immédiat desquels la frontière passait maintenant, devaient se juger lésés par ce nouveau tracé. Les pressentiments de Milos, qui le poussaient à demander une frontière avant tout stratégique, se confirmèrent très vite. Cette même année 1854, les Albanais pénétraient dans le pays de Zupa; au sud-ouest, dès le mois de février, les musulmans de Priboj, Visegrad, Rudo, attaquaient et détruisaient de nuit deux villages frontière.

Montagnes et rivières seront insuffisantes pour assurer de ce côté l'inviolabilité de la frontière contre ces populations turbulentes de montagnards avides de butin, de musulmans descendants de renégats et remplis de haine contre les chrétiens. Il faudra toute une ligne de fortins, de « Karoula », dont les tours blanches, hier encore, jalonnaient la frontière de mille en trois mille mètres. A un ou deux endroits seule-

1. Ce fut le cas en particulier pour la région de Novi-Pazar, si importante pour la Serbie au point de vue stratégique et national, Milos tenait à s'assurer le pays de Jelec, « de façon que, écrit-il, plusieurs villages ne viennent pas s'enfoncer dans mon État en bec de canard (« comme un nez », entre Ibar et Raska », et il avait indiqué à ses commissaires la conduite à suivre en cas de difficultés. Cependant malgré ses efforts, Milos n'obtint pas gain de cause; la frontière fut telle que l'indiquait la carte de Kotzebue : elle descendit l'Ibar, puis remonta la Raska jusqu'au village de Milatkovic pour gagner ensuite la montagne du Paresija.

ment (Raska, Javor pour la frontière du sud, Mokra Gora, Bajina Basta, Ljubovia pour celle du sud-ouest), il sera possible de traverser cette ligne, de passer d'un pays à l'autre. Il se constitue là une frontière rigoureusement fermée ; au lieu de perdre peu à peu son caractère isolant, elle ne fera que l'exagérer encore : car la crainte, chez les Serbes, d'incursions du dehors, se doublera de la méfiance, chez les Turcs, à l'égard d'une Serbie plus forte et de plus en plus consciente de son rôle émancipateur et national.

Les circonstances extérieures, la bienveillance, d'ailleurs intermittente, de la Russie et, beaucoup plus que tout le reste, la ténacité de Milos et son sens de l'opportunité avaient permis à la Serbie de vaincre la mauvaise volonté turque et de réaliser une première extension de territoire, sans compromettre la nature de ses relations avec la Porte.

Après dix-huit années d'attente, après treize années d'efforts, Milos était enfin parvenu au résultat désiré. La réunion des six districts n'était sans doute qu'un des points du programme serbe de cette époque, mais le premier. En parlant d'elle, Milos, qui cependant venait de se voir conférer l'hérédité, n'hésitait pas à dire tout le premier : « C'est l'affaire la plus importante que j'aie entreprise jusqu'ici. »

Le territoire du pays se trouvait en effet, accru de moitié1. Les nouveaux pays comprenaient, il est vrai, des régions montagneuses, incultes, très pauvres, dans le sud-ouest en particulier; mais elles étaient largement compensées par des bassins ou des plaines telles que la Zupa, les environs de Krusevac, d'Alexinac, le bassin du Timok et surtout la riche province de Krajina.

Enfin, il y avait le gain en hommes; d'un demi-million à peine, la population de la principauté passait à près de 700000 habitants. Et c'était là tout profit pour la race, un pas de fait dans l'œuvre de rassemblement. A l'exception des

1. 37 740 km2 au lieu de24440 (Cvijic J.-Glasnik srpskoggeografskog drustva, 1914, p. 4).

quelques groupements valaques du nord-est, élément qui d'ailleurs existait en nombre dans la première Serbie, il n'y avait pas d'allogènes. De plus, le coin de territoire réuni au sud-ouest représentait pour la race une des régions où l'âme, la langue et la tradition élaient le plus vraiment serbes et le plus capables de rayonnement.

Enfin, les communications de la Serbie étaient assurées, par la Krajina, avec la Valachie et, par elle, avec la Russie, et Milos, maître de la douane de Belgrade, tenait maintenant entre ses mains la grande voie qui mène vers l'Autriche, tandis qu'avec ses nouvelles provinces du Svrlig et du Timok, il commandait la route stratégique de Nis à Vidin.

Les vieux cadres du pachalik étaient définitivement brisés; le jeune Etat s'était arrondi dans toutes les directions, sauf vers le nord. Il avait trouvé à s'ajuster, à l'est et à l'ouest, à des limites qui depuis lors sont demeurées fixes : la Drina et l'Uvac le séparaient d'une Bosnie batailleuse, anarchique, courbée sous une loi musulmane plus oppressive que chez les vrais Turcs; à l'est, le Timok et la Stara Planina marquaient la limite entre des populations orthodoxes, slaves ou slavisées, dont la diversification ne faisait encore que s'ébaucher, mais dont les regards, de par la disposition même des lieux, se portaient dans des directions très différentes; de ce côté, c'était ce que Milos appelait lui-même le « Bugarluk » ou pays bulgare.

Mais ce qui dépasse en portée encore tous ces résultats, c'est que le mot de Serbie répond désormais à une réalité territoriale, et non plus à une entité historique ou géographique. De même, elle cesse de se confondre avec le pachalik de Belgrade. Elle réapparaît telle qu'elle était en 1812, telle que l'avaient faite les insurgés; elle représente quelque chose d'essentiellement vivant, un organisme national jeune, actif, agressif, ayant derrière lui un grand passé et conscient de la grande œuvre de rassemblement qu'il devra mener à bonne fin.

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