Dépèche du 8/20 juin
2. Jevrem Gruic, ministre par intérim des Affaires Étrangères, à Jovan Ristic, le 2/14 juin 1878.
5. Entretien de Ristic avec Andrâssy à Vienne, 26 mai/7 juin 1878 4. Dépêche de Ristic, 25 juin/5 juillet 1878.
GRAVIER. SKRMR. '•'
triche-Hongrie pour obtenir de ce côté son extension de territoire.
D'après le mémoire remis au Congrès de Berlin par Rislié. le 12/24 juin 1878, la frontière orientale de la Serbie devait être « portée au delà de Trn, Pirot, Belogradëik et Vidin ». Les revendications serbes s'étendaient ainsi à une bande de territoire qui s'allongeait à l'est de la frontière actuelle et dont la limite extrême, indéterminée d'ailleurs, partait du Danube, en aval de Vidin, pour se diriger presque en droite ligne vers le sud, en laissant Sofia et Kustendil en dehors, mais en comprenant Vidin, Kula, Belogradèik, Pirot, Dragoman et Trn. Le territoire ainsi réclamé coïncidait sensiblement avec la zone d'occupation militaire des Serbes.
Mais ces aspirations entraient en conflit avec celles de la Russie. Une lutte pied à pied allait s'engager pour le succès de ces revendications opposées. La Russie a, en effet, identifié ses intérêts avec ceux de la Grande-Bulgarie et elle a à cœur de sauvegarder, partout où elle le peut, le* limites qu'elle lui a données par le traité de San-Stéfano. Elle tend d'autre part à considérer les Serbes, ou comme inféodés à l'influence autrichienne, ou comme corrompus par les idées de l'Occident révolutionnaire. Les Bulgares, au contraire, représentent un sol vierge, très propre au développement de la culture slavo-russe, et leur position géographique les destine à être un précieux instrument pour la politique russe dans la mer Xoire et les Détroits. « Les slavophiles, écrit Ristic, pour la plupart, sont pour cette théorie qu'il n'y a pas de Vieille-Serbie, mais que tout est Bulgarie. » Les Serbes s'efforcent en vain de réagir contre le courant qui emporte l'opinion russe contre eux.
L'écart entre les prétentions serbes et les intentions russes était donc très grand. Non seulement la Russie était hostile à tout agrandissement de la Serbie au delà du Timok, dans la région de Vidin, mais, un moment, elle avait prétendu rattacher à la Bulgarie tout le large territoire correspondant au bassin de la Nisava, jusqu'à la Morava. La Conférence des
Grandes Puissances, réunie à Constantinople un an plus lui (décembre 1876 et janvier 1877 . n'avait-elle pas voulu attribuer le pachalik de Nis lui aussi à la Bulgarie? Admettre la thèse russe, c'eût été refuser à la Serbie toute extension du côté de l'est.
Lors des négociations qui avaient précédé la paix de San- Stefano, le délégué serbe, le colonel Katardzija, avait appris en eiï'et que le général Ignatieff était en pourparlers avec les Turcs pour obtenir la cession de Nis à la Bulgarie. Novi- Pazar devant être donné en compensation à la Serbie. Justement ému par une telle nouvelle, le gouvernement serbe multiplia les démarches et finit par apprendre, le li 18 lévrier, que Nis lui serait définitivement attribuée; mais le rayon accordé ne s'étendait tout d'abord que jusqu'à la base de la Suva-Planina, « sous les murs mêmes de la ville... à deux pas de Nis ». Finalement la frontière fut reportée à l'est du détilé de Sicevo, de manière à comprendre Bêla Palanka, mais en laissant à la Bulgarie la majeure partie delà cuvette où se trouve cette ville.
Bien que depuis la paix de San-Stefano l'écart primitif entre les revendications serbes et russes se fût déjà sensiblement réduit, il n'en restait pas moins en discussion, avec la région de Vidin et de Kula, tout le bassin supérieur de laNisava jusqu'à Dragoman, sans parler du Krajiste au sud.
Cette zone contestée, s'allongeant du nord au sud depuis le Danube jusque vers Kustendil et s'élargissant en son milieu, entre Nis et Sofia, est essentiellement montagneuse. Au nord et au centre, les parties extrêmes du Balkan (Midzpr '21 86 m., Suva Planina 1820 m.), celles du Rhodope au sud Besna Kabila 1950 m.), l'occupent presque toute ; seules, la plaine en bordure du Danube dans la région de Vidin et les petites cuvettes de la Nisava (Pirot et le Znepolje avec Trn) y sont susceptibles de culture. Forêts et pâturages des montagnes ne suffisent pas comme ressources aux habi tants qui, chaque année, régulièrement, émigrent pour la belle saison dans les plaines basses du nord; ils partent
comme maçons, potiers, briquetiers, ouvriers agricoles, en Serbie, en Bulgarie, en Hongrie et surtout en Roumanie.
C'est principalement du fait de cette population que le pays revêt une physionomie à part. C'est essentiellement le Sopluk ou pays des Sopes, montagnards généralement de haute taille, aux vêtements de laine blanche, de caractère simple et fruste. Leur pays s'étend depuis le Danube au nord, entre les vallées du Timok et de l'Isker, de la Morava du sud et de la Haute-Struma jusqu'à l'Ovce Polje au sud, dans la région de Vêles. On s'accorde à voir dans les Sopes le résidu de plusieurs couches de populations superposées au cours des siècles (Petchenègues, Koumans, Slaves, Valaques...), zone ethnique ayant ses caractères propres et aussi pays de transition entre Serbes et Bulgares, par le dialecte, le tempérament et l'humeur.
Jusqu'en 1878, les Sopes étaient dépourvus de tout ce qu'on peut appeler une conscience nationale. Ils se distinguaient entre eux par petits pays, par cantons, mais ne regardaient guère au delà. Ils avaient, paraît-il, le sentiment d'une certaine parenté avec les Serbes, qui leur semblaient plus proches d'eux que les Bulgares. La Serbie leur en imposait d'ailleurs, c'était la seule terre libre dans le voisinage et ils voyaient en elle un pays riche, béni. Ils chantaient en s'accompagnant sur la guzla ; pour la plupart, ils célébraient la « slava », la fêle du patron de famille; ils vivaient enfin en « zadrugas », ou grandes communautés de familles, toutes choses considérées par les Serbes comme caractéristiques de leur race.
Pourtant, le plus souvent, on ne rattachait pas ce pays à la Serbie. On ignorait les Sopes, on ne connaissait que des Serbes ou des Bulgares. Sont appelés Serbes alors les paysans chrétiens de langue slave qui, libres, vivent en Serbie; sont appelés Bulgares, par contre, ceux qui, à l'est et au sud, demeurent encore sous la domination turque1. Invariable-
J. L'Empire bulgare du x» siècle avait fait que longtemps le nom de Bulgarie s'était appliqué à tout le pays depuis les plaines hon-
ment, sur les caries ethnographiques qui commencent à paraître, toute cette région contestée figure comme bulgare. La constitution de l'exarchat (firman daté du 10 mars 1870, publié le 22 février 1872) renforce encore, dans les années qui précèdent le Congrès de Berlin, l'idée communément acquise sur le caractère bulgare de la région. Étendu aux diocèses de Pirot, de Nia, de Vranje, l'exarchat s'identifie avec la nation bulgare. Les limites de sa juridiction seront en grande partie celles de la Bulgarie de San-Stefano.
Dans son grand ouvrage sur la Bulgarie, l'historien tchèque C. Jirecek, ancien ministre de l'Instruction publique en Bulgarie, a constaté1 cependant que, si les gens instruits et le clergé étaient portés pour les Bulgares, la masse paysanne l'était surtout pour les Serbes, et ceci dans les pays de Caribrod, Trn, Breznik, c'est-à-dire ceux qui, situés le plus à l'est, devaient être appelés à demeurer bulgares. Il s'agissait alors pour le paysan beaucoup moins de nationalité que de mieux-être. A plusieurs reprises2 des soulèvements populaires avaient éclaté; la répression venant, on fuyait en Serbie. Les Serbes d'ailleurs, ainsi que le déclarait l'un d'eux dès 1871, ne faisaient pas de différence : « Notre but commun est la libération du peuple serbe et bulgare, et jamais nous n'entamerons une discussion pour savoir si la frontière entre Serbes et Bulgares sera la « Morava bulgare » ou la « Morava serbe ». Ce sera finalement au peuple affranchi d'en décider seul, s'il arrive qu'il ait besoin d'une frontière ■". »
Cependant, un peu plus tard, la rivalité apparait. La propagande a commencé son œuvre. Sans vouloir s'engager plus à fond dans une discussion qui se prolonge depuis
groises jusqu'à Constantinople. — Aujourd'hui encore, les Serbes de la première Serbie, celle de Kara-Georges, désignent comme « Bulgares » ceux que Miles filvenir de la région d'Alexinac pour les établir dans les villages de Sumadija.