‹ Les frontières historiques de la SerbieChapitre 22 sur 26 · Skerlic J., Svelozar Markûvié. Belgrade, 1910, p · texte numérisé non relu

Skerlic J., Svelozar Markûvié. Belgrade, 1910, p

ir>4 LES FRONTIÈRES HISTORIQUES DE LA SERBIE.

quarante années et plus, il suffira de citer, prise dans la masse des documents, cette adresse au gouvernement serbe des représentants de la Vieille-Serbie : « Maintenant que l'armée russe a passé le Danube et le Balkan, les Bulgares se sont mis à dire tout haut dans les journaux qu'il n'existe pas de Vieille-Serbie, qu'il n'y en a jamais eu, mais que tout ce qui est serbe, c'est la Principauté de Serbie, la Bosnie et l'Herzégovine; quant au reste de la Turquie d'Europe, ce sont divers pays bulgares. Aussi, disent-ils à notre peuple, quiconque veut être affranchi doit se dire bulgare ; sinon il restera sous le joug turc. C'est avec de tels principes que les Bulgares sont arrivés à vouloir s'emparer de la Vieille-Serbie, ce dont, pensons-nous, vous êtes déjà convaincus. Pour que leurs fausses prédictions ne se réalisent pas, nous jugeons nécessaire d'organiser dès maintenant quelques bandes composées uniquement de Vieux-Serbiens. Que, sous le nom de soulèvement serbe en Vieille-Serbie, ils se retrouvent soudain, en secret, dans les pays de l'est de la Vieille-Serbie et qu'ils en occupent les plus hauts sommets. Ainsi se répandrait en Europe le bruit que là vivent des Serbes et non pas des Bulgares. Si ce n'est pas possible, si les circonstances actuelles ne le permettent pas, que nous alors, en tant que mandataires de la Vieille-Serbie, nous allions nous présenter devant le tsar de Bussie pour prouver que le peuple de Vieille- Serbie, ce ne sont pas des Bulgares, mais de purs Serbes qui veulent être réunis à leurs frères serbes '. »

Commencée le 7, 19 juin (dans une sous-commission austrorusse), la discussion de la frontière serbo-bulgare n'avait encore abouti à aucun résultat précis quinze jours après. Un essai de transaction avait bien été tenté; mais Ristic avait déclaré qu'il se souciait fort peu de la possession de Pirot seule; ce qu'il voulait, c'étaient les frontières naturelles, le Saint-Ilija au sud, et à l'est la limite du pachalik de Nie

1. Sava, moine de Decani, Aksentie Arsic, Todor P. Stankovic de Nié, Despot S. Batsovic et Kosta A. Sumarkovié. délégués de la Vieille- Sertne, à Jovan Ristié, ministre des Affaires étrangères. 10/22 juillet

jusqu'à Dragoman, c'est-à-dire la ligne de partage des eaux marquant le rebord oriental du bassin de la Morava. « Ce n'est pas seulement Pirot que nous demandons, mais ce sont nos limites naturelles, et celles-ci se trouvent au delà de Pirot1. »

A l'appui de sa thèse, la Serbie invoque donc moins des raisons ethnographiques que des nécessités géographiques, stratégiques et économiques. Du côté de Pirot, Caribrod et Trn, elle réclame la frontière qui, coïncidant avec la limite des deux versants, lui assure le bassin de la Nisava en entier. Vers Vidin, elle réclame, au delà du Timok, une bande de terrain « absolument indispensable pour la protection de la frontière serbe de ce côté «.C'est seulement après les raisons stratégiques qu'elle fait valoir « qu'un seul coup d'œil jeté sur la carte suffira pour permettre de reconnaître que ce territoire, habité surtout par une population serbe et arrosé par le Danube, la limite naturelle de la Serbie, est absolument indispensable à la Principauté tant par suite de sa configuration topographique qu'en raison de la nécessité d'assurer nos coudées franches sur le Timok en matière commerciale » 2.

L'argument de nationalité étant opposé par les Russes à celui des limites naturelles et stratégiques, Ristic accepte de porter la discussion sur ce terrain. Pour trancher la question, il ne propose rien moins qu'une consultation des habitants eux-mêmes3. L'idée n'eut d'ailleurs- aucune suite.

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