Arohiv fur slavische Philologie, t. XXXII, p
2. Ils réclament tous les pays occupés par leurs troupes. La dépu-
pérée pour tranchera eux seuls leur propre sort. Mais, attaqués de trois côtés à la fois, ils succombent, épuisés par ces neuf années de lutte : Kara-Georges disparaît de la scène, et avec lui, pour un temps, le grand idéal national un moment caressé.
Mais, après ces années de vie libre, les Serbes ne peuvent se résigner à subir de nouveau l'oppression. Ils tentent de porter leur cause devant la grande cour des puissances alors réunie à Vienne. Au lieu d'une seule puissance pour garante, ils s'efforcent d'en avoir plusieurs, et c'est à toutes celles qui sont représentées qu'ils s'adressent. Mais là aussi c'est un échec, une fin de non-recevoir. On redoute l'influence russe. Créer une principauté slave, sœur de la Moldo-Valachie, ne serait-ce pas, en effet, favoriser les ambitions de la Russie, aggraver encore le traité de Kutchouk Kaïnardji, lui reconnaître une sorte de mandat étendu à tous les orthodoxes de la Péninsule?
Et encore une fois toute la Sumadija se lève, à l'appel de Milos Obrenovic (H-23 avril 1815). Deux mois plus tard, tout le pachalik est à nouveau délivré. Mais Milos, se sentant isolé en face des forces turques qui se concentrent, suit la même tactique que les insurgés durant les premières années de la lutte. Il déclare avant tout ne s'être soulevé que contre Suleïman Skopljak, pacha de Belgrade, il proteste de sa fidélité au Sultan et, pour le prouver, il veille à ce que l'insurrection ne déborde pas le pachalik. En 1820, il se vantera d'avoir dissuadé de se joindre à lui les nahijas du sud qui en avaient manifesté le désir. Au début, il avait même limité son agitation aux districts qui, dans le pachalik de Belgrade, formaient comme le cœur de la Sumadija. Il évite d'attaquer les villes du Sultan situées à l'intérieur du pachalik (Belgrade, Sabac, Smederevo), tout comme Cuprija, la tête de pont au passage de la Morava, sur la grand'route de Constanlinople. Semblant eux aussi reconnaître qu'il n'y a pas, en
tation venue en 1812 à Constantinople demandait « la réunion à la Servie des neuf districts dont ils se sont emparés depuis qu"ils se sonl mis en état de rébellion contre la Porte ».
effet, état de guerre ouverte, les chefs des armées dirigées contre Milos s'arrêtent à la limite du pachalik, Kursid pacha du côté de la Bosnie et Marasli Ali pacha du côté de la Roumélie.
Ce sont encore les grands événements où se joue le sort de l'Europe d'alors qui donnent son dénouement à cette nouvelle situation. Voyant leurs espérances déjouées par l'effondrement de Napoléon à Waterloo, les Turcs sentent de nouveau la menace d'une Russie au prestige grandi, libre de ses mouvements, rassurée du côté de l'Autriche devenue son alliée, comme du côté des puissances occidentales unanimes à réprouver les atrocités de Suleïman pacha. Pour en finir avec les affaires serbes avant que la Russie puisse agir, le Sultan veut montrer qu'il se conforme aux engagements contractés à Bucarest, et il délivre aux Serbes plusieurs fermans successifs (fin de 1815 et début de 1816). Mais, pas plus que dans le traité de Bucarest, il n'y est fait d'allusion à la délimitation. Pour la Porte, évidemment, cette question n'existe pas. Tout au plus peut-il s'agir pour elle d'accorder par nécessité quelques garanties à des raïas rebelles.
Depuis la fuite de Kara-Georges, le pachalik de Belgrade semble à nouveau résumer toute la Serbie, ou plus exactement il n'y a plus de Serbie, mais un simple pachalik parmi les autres. Dès leur retour, à la fin de 1813, les Turcs ont, en effet, restauré les vieilles divisions administratives, le pachalik avec ses douze nahijas et les anciennes limites. Milos, lors du second soulèvement, libère uniquement le pachalik et s'arrête scrupuleusement à ses limites. Lorsqu'il s'agit de négocier, il se borne à demander les conditions consenties à Itzko (septembre 1815) î ; de même la pétition serbe adressée à la Porte vers la même date (27 septembre/9 octobre 1815) ne contient pas un mot concernant les frontières; il y est uniquement question des douze nahijas constituant le pachalik de Belgrade.