D'après le rapport de Kotzebue (mai
les habitants pour savoir si réellement ils étaient sous le régime serbe en 1812 et s'ils participaient aux assemblées nationales durant le premier soulèvement.
Lebib effendi, lui, se bornera à demander à la population de quel pachalik elle relève et depuis quand. Il ne se soucie nullement de l'état de choses en 1812; il ne voit rien au delà de la restitution de six districts, pour lui synonymes de kazas1.
Sur le passage de la commission, des assemblées sont réunies. Tout se passe généralement de façon uniforme. Les pachas voisins, prévenus, ont à l'avance menacé, terrorisé les pauvres raïas qui répondent oui aux questions du commissaire turc et qui, le plus souvent, gardent le silence lorsqu'à son tour le commissaire russe les interroge; il lui faut même user de ruse pour obtenir les réponses qu'il désire.
A partir de Krusevac, vers l'ouest, il n'y a plus à vrai dire
de consultation populaire. La tempête, en effet, gronde du
côté de 1' « Arnautluk » et de la Bosnie alors en pleine
révolte contre la Porte. En deux jours on gagne Karanovac
(Kraljevo), et là on s'arrête en attendant un sauf-conduit du
vizir de Travnik. Comme rien ne vient, on rentre à Belgrade.
Seul le capitaine Sochalski s'est détaché, avec le knèze serbe
Vasilje Popovic, dans la direction de Novi-Pazar et du Stari-
Vlah, pour continuer l'enquête et poursuivre le levé de la
1. Voici d'ailleurs quelles étaient les instructions envoyées par la Porte aux pachas voisins de la Serbie : « Vous donc qui êtes le vézir sus-mentionné, au cas où les dits commissaires viendraient sur les terres de Bosnie pour y voir certaines parties qu'il faudrait examiner avec soin, vous verrez à vous assurer si effectivement les districts qu'ils vont déterminer ayant été ab antiquo sous l'administration de la nation serbienne auront été distraits depuis et incorporés dans le gouvernement de la Bosnie, ou si ces districts ont depuis un temps immémorial toujours fait partie du gouvernement de la Bosnie. Vous puiserez à l'égard de ces districts tous les renseignements qui les concernent, interrogerez là- dessus, de concert avec les commissaires respectifs, les habitants des lieux que ces commissaires vont déterminer, vous aurez soin que ces habitants ne cachent point ce qu'ils en savent à cet égard, mais qu'ils déclarent la vérité toute pure » (ferman du sultan au pacha de Bosnie, janvier 1831). Le même ferman était envoyé aux pachas de Vidin et d'Aladza Hissar (Krusevac).
carie. Là aussi il constate que tout ce qu'ont dit les Serbes est conforme à la vérité : toute la région a pris part au soulèvement et a connu le régime serbe de 1806 à 1815. Toute- Ibis le pays entre le montlvica, la Drina, le Lim et une partie de l'Uvac, bien qu'objet des réclamations serbes, s'est toujours trouvé en dehors des postes-frontière1.
Quant aux pays de Jadar et de Radzevina : « ne pouvant aller voir le district de Zvornik ou de la Drina. habité par un grand nombre de musulmans bosniaques, le commissaire russe s'est efforcé de réunir pour cette partie les renseignements les plus exacts et les plus sûrs » ; et ici encore les prétentions serbes sont reconnues légitimes.
Dès son retour à Belgrade, le capitaine Kotzebue se mit à la confection de la carte, appelée à servir de base précise pour les négociations. Cette carte se bornait à indiquer, par différentes nuances, les limites de la Serbie d'alors, celles de la Serbie de 1812, et celles aussi des circonscriptions administratives serbes et turques dans les régions en litige. Elle portait, d'ailleurs incomplètement, les noms des villages qui y sont situés. Elle désignait également, par le détail, tous les emplacements des postes serbes en 1812. La ligne unissant ces points coïncidait, sauf sur deux2, avec la limite que fixait Milos dans la note remise à Ribeaupierre le 2/14 juillet 1850.
Bien que la carte de Kotzebue fût loin d'être de tous points