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PARALLÈLE ENTRE LES EFFETS DE L’ALCOOL ET CEUX DE L’OPIUM

Les effets pathologiques de l’opium sur l’organisme ressemblent presque identiquement, comme on le voit par notre description, à ceux de l’alcool.

Comme l’alcool, l’opium produit deux états pathologiques, l’un transitoire, l’autre permanent, que nous

avons appelés par analogie narcotisme aigu et narcotisme chronique. Comme h alcoolisme aigu, le narcotisme aigu se traduit par une excitation cérébrale vive, qui est suivie au bout d’un temps plus ou moins long de collapsus et quelquefois même de mort, quand les quantités de substances absorbées ont été assez fortes.

L’ivresse narcotique, comme l’ivresse alcoolique, s’accompagne d’une stimulation physique et intellectuelle ; toutes les passions individuelles sont mises en jeu et excitées à un haut degré ; puis, après cette ébullition, il y a réaction, qui consiste en un affaissement général suivi d’un sommeil profond ; seulement le sommeil narcotique arrive généralement plus vite que le sommeil produit par l’alcool, et s’accompagne de rêves et d’images qui manquent d’ordinaire à ce dernier.

Le narcotisme chronique, comme l’alcoolisme chronique, débute par les troubles des fonctions digestives. Dans les deux états, les premiers phénomènes morbides sont l’embarras gastrique ou la gastro-entérite, avec toutes leurs conséquences ; l’inappétence, l'émaciation et les cachexies séreuses.

Puis, peu à peu, l’appareil cérébro-spinal se prend ; la marche devient pénible, claudicante ; l’intelligence faiblit, la mémoire diminue, les plus bizarres hallucinations se déclarent avec un tremblement des extrémités ; il y a production d’un delirium-tremens narcotique qui ressemble complètement au délire alcoolique, sauf qu’il est moins passager ; puis les symptômes cérébraux s’aggravent de plus en plus, et la maladie se termine par l’aliénation mentale, la paralysie générale progressive ou le ramollissement cérébral.

Mais toute l’analogie entre les deux substances ne se borne pas là. L’opium, comme l’alcool, n’exerce pas

seulement son influence délétère sur la santé des individus, mais il agit encore sur leurs qualités morales : il détruit les sentiments affectifs, engendre l’égoïsme, pousse aux actes les plus révoltants de brutalité, amène souvent le suicide et quelquefois l’assassinat.

11 a de plus, comme l’alcool, le triste privilège de transmettre aux enfants l’héritage d’infirmités physiques et morales dont il a frappé les pères ; il est une cause puissante de la scrofule, du rachitisme, de l’idiotie, des prédispositions à l’aliénation mentale, qui se trouvent si fréquemment chez les descendants des fumeurs, comme nous le verrons au chapitre des dégénérescences produites par l’opium. On le .voit par ce parallèle, les deux substances stimulent également la masse cérébro-spinale, en la congestionnant. Toutes les deux passent dans le sang et vicient la nutrition générale ; toutes les deux anéantissent les facultés cérébrales par des alternatives d’excitation et de collapsus,et prédisposent aux affections mentales, en plaçant journellement ceux qui en font usage dans les conditions d’une folie momentanée. La seule différence qui existe entre elles tient au double caractère de l’opium.

L’opium est excitant et narcotique : comme excitant, il agit tout à fait à la manière de l’alcool ; comme narcotique, il a une influence plus directe sur le système nerveux central, qui se traduit par des phénomènes un peu différents dans les manifestations cérébrales.

Ai nsi que nous l’avons fait observer, le sommeil narcotique arrive plus rapidement et a une durée plus grande que le sommeil alcoolique ; il est, de plus, accompagné d’images et de rêves qui n’existent presque jamais dans ce dernier.

Dans la période de narcotisme chronique, il est

certains symptômes morbides qui different ; ainsi, le delinum-tremens narcotique est ordinairement chronique, tandis que le délire alcoolique est essentiellement passager ; les affections nerveuses telles que l’aliénation mentale, l’idiotie, la paralysie progressive, sont moins lentes à survenir et plus fréquentes que dans l’alcoolisme. Voilà les seuls caractères qui différencient, à notre avis, les effets pathologiques de l’alcool et de l’opium.

Il nous reste, à ce propos, à examiner une dernière question sur cette matière.

Certains économistes anglais ont prétendu que l’opium était plus utile que nuisible à la race chinoise, à cause de son effet stimulant, et qu’à ce titre il n’y avait pas plus de motif de le proscrire que les alcooliques.

Les économistes ont tort ; car les alcooliques, pris en petite quantité, sont utiles en produisant une stimulation qui facilite la digestion, favorise l’assimilation et entretient l’équilibre de toutes les fonctions.

Rien de pareil dans le rôle de l’opium. Prise en petite quantité, cette substance n’est plus un stimulant, elle n a que des propriétés narcotiques ; elle diminue 1 appétit, entrave la digestion, ralentit la circulation et frappe momentanément d’impuissance les fonctions cérébrales.

Ce n’est qu’à une dose élevée qu’il acquiert des propriétés stimulantes ; alors son impression sur le système nerveux central devient beaucoup plus active et amène les effets délétères que nous avons constatés.

Rien ne justifie donc son emploi, excepté, bien entendu, dans le domaine thérapeutique ; tout pousse, au contraire, à le proscrire, tandis que les alcooliques peuvent jouer un rôle utile quand on en use avec modération.

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