NARCOTISME CONVULSIF
Nous avons observé aussi, assez fréquemment, dans la première période de l’ivresse narcotique, des convulsions cloniques tout à fait semblables à celles qui caractérisent l’ivresse convulsive, décrite par Percy (1), et dont MM. Lallemand et Périn (2) ont relaté quelques observations dans leur ouvrage sur l’alcool.
Dans l’ivresse convulsive, les convulsions ne se montrent ordinairement que quelques heures après l’ingestion des liquides, sans que les sujets aient présenté des signes bien marqués d’ivresse. Cette forme d’alcoolisme est probablement due à la présence de certaines huiles essentielles ; on ne l’a, en effet, presque jamais vue survenir qu’après l’ingestion de vin nouveau ou altéré par l’addition d’alcool et surtout d’eau-de-vie de grains ou de genièvre. Nous-même nous avons eu l’occasion de l’observer en Chine, chez plusieurs de nos soldats qui avaient bu de l’eau-de-vie chinoise, de sorgho ou de millet.
(1) Dictionnaire des. sciences médicales, p. 249.
(2) Du rôle de Valcool et des anesthésiques dans Vorganisme ; recherches expérimentales par Ludger Lallemand et Maurice Perrin, p. 167.
Le narcotisme convulsif se montre, au contraire, au milieu des phénomènes d’excitation les plus vifs, dans la période congestive de l’ivresse narcotique ; c’est trèsprobablement une des formes qu’affecte la congestion cérébrale, sur certaines constitutions.
L’observation suivante, recueillie à Tien-Tsin, donnera une idee exacte de cette forme de narcotisme aigu, à laquelle nous avons cru devoir donner le nom de narcotisme convulsif.
Fan-Tseu est un homme de trente ans, d’une constitution moyenne, d’un tempérament lymphatico-nerveux, adonné, depuis six ans, à l’opium ; il présente déjà un amaigrissement notable. Jamais il n’a été atteint de maladie convulsive. Le 10 décembre de l’année 1860 il alla passer la journée dans une boutique de notre voisinage, où nous avions l’habitude d’observer les fumeurs.
Il fuma environ 10 grammes d’extrait coup sur coup.
Au moment où nous le vîmes il était dans une excitation excessive : la face rouge, vultueuse, les yeux biillants, la pupille contractée , il parlait à haute voix, mais sans suite ; son pouls était fort, précipité à 105. Tout à coup, au moment où il se dirigeait, en chancelant, vers une table placée au milieu de la salle, pour y prendre une tasse de thé, il tomba sur le carreau, en proie à des convulsions des extrémités supérieures et inférieures. Ces mouvements convulsifs sont intermittents ; le malade pousse des cris inarticulés, seulement nous n’observons ni écume à la bouche, ni convulsion du pouce dans la paume de la main. Immédiatement nous saisissons une cruche d’eau froide et nous lui faisons des affusions sur la tête ; ces affusions paraissent le calmer. Au bout de deux heures, il revient à lui et ne présente plus que les symptômes d’une fatigue extrême.
Pendant tonte la durée de notre séjour à Ïien-Tsm, il n’eut plus d’attaques convulsives.
Les douches d’eau froide ont été recommandées par Percy pour l’ivresse, et m’ont très bien réussi dans le
narcotisme convulsif. 5
Dans deux autres cas, j’ai employé, avec succès, la saignée qui a, presque instantanément, fait cesser les convulsions ; ce qui est une preuve de plus en faveur de l’opinion qui nous a fait rattacher ces convulsions a une congestion active du cerveau.