RÉFLEXIONS
Ce delirium-tremens est survenu chez un homme, à imagination exaltée, chez lequel la stimulation narcotique avait toujours été très-vive, et qui, d’après le dire de son entourage, s’était toujours loué des rêveries agréables dont il avait joui dans la période d’excitation simple.
Il était resté dix ans sans éprouver de troubles sérieux, sauf une gastro-entérite chronique, qui l’avait réduit, longtemps déjà avant les manifestations cérébrales, à un état de maigreur très-marqué.
Quant à la cause, qui produit les images dégoûtantes ou horribles, qui constituent les hallucinations dans le delirium-tremeus narcotique, il ne faut pas la chercher dans une action spécifique de l’opium, mais plutôt dans le défaut de nutrition du cerveau, résultat forcé du narcotisme chronique, et surtout dans cette grande loi du système nerveux qu’on pourrait appeler la loi des
effets contraires, qui veut, qu’après l’excitation survienne le collapsus, après le plaisir exclusif, le dégoût.
Par suite de cette loi et peut-être aussi de l’anémie cérébrale, les images, de voluptueuses et d’agréables qu’elles étaient d’abord, deviennént dégoûtantes ou horribles, de sorte qu’on peut dire que plus le fumeur éprouve le plaisir de l’hallucination agréable, dans la deuxième période, celle de l’excitation simple, plus il est exposé au delirium-tremens narcotique dans la troisième.
C’est ce que prouvent les chiffres que nous avons donnés plus haut : sur quatre-vingt-douze cas de delirium narcotique observés, quarante-trois sont survenus chez des fumeurs exaltés, qui tous, comme celui dont nous avons relaté l’observation, avaient joui, à un haut degré, des impressions agréables ou voluptueuses de la période d’excitation ; trente-six, chez les fumeurs qui avaient passé très-rapidement à des doses excessives d’opium, précisément dans le but d’augmenter ces impressions, ou d’en prolonger la durée.