ACTE V
DONA BEATRIZ,
Cerlainoment, je lui parlerai! et il m’écouterai Vous avez sur lui je ne sais quelle sombre puissance, mais moi je suis sa mère.
DONA FLORINDE
Oui, vous êtes sa mère!
Dona Florinde, qu’avez-vous dit à don Jorge? Oh ! maintenant, il faut que vous répondiez ! Tenez, dans ce moment vous n’êles pas de sang-froid, je vous ai entendue dans le caveau, vous aimeriez mourir. Dites-moi seulement comment vous avez entraîné don Jorge et je ne vous demanderai plus de le ramener, c’est moi qui lui parlerai ; mais alors il est nécessaire que je saclie ce qu’il a. Je le sais. 11 vous aime. Je crois bien, vous êtes si belle ! Vous voyez que je sais sa raison. Dites-la-moi. Que gagneriez-vous à m’empêcher de lui parler’? je parlerais au roi Non? pourquoi? pour ne pas dénoncer Jorge? le roi lui pardonnerait, c’est mon fils ! Le roi ne m’a jamais rien refusé. Je suis bien tranquille. Si je m’adresse à vous, c’est surtout pour vous, à qui le roi ne pardonnerait pas ; mais je n’ai pas peur pour Jorge. Ainsi, vous n’avez pas intérêt à m’empêcLer de lui parler; au contraire. Dona Florinde, soyez bonne. D’abord, qu’espérez-vous? vous venger? impossible. Puisque je suis dans le secret 1 11 est évident que je vais avertir le roi. Vous ne supposez pas que je vais rester ici pendant que cela s’accomplirait. Je ne suis pas insensée. Le roi prendra des précautions, les portes seront gardées, aucun danger pour lui. C’est un mot à dire. Je le dirai. Vous u’en doutez pas. 11 aurait fallu que je ne fusse pas présente quand Jorge a promis ; du moment que j’y étais, l’horrible chose est manquée. Vous pouvez y renoncer. Vraiment. Je vous assure que je vais avertir le roi. Quand je ne l’avertirais pas, est-ce que ses arbalétriers ne le gardent pas jour et nuit ? Jorge ne pourrait même pas tirer son épée. Que vonlez-vous dore? que Jorge soit pris, livré à la colère du roi, condamné? Quel mal vous a-t-il fait? Ce n’est pas lui qui a perdu don Manuel, il l'arrachait à l’al-
FUNÉRAILLES DE l’hONNEUR
cade, vous l’avez vu, il mourait pour lui. 11 fait tout ce que vous lui dites. 11 vous aime, n’esl-ce pas? Est-ce un motif pour que vous le fassiez condamner? Car c’est pour Jorge que j’ai peur. Pour lui seul. Don Pèdre ne court aucun péril. S’il y avait une chance qu’on pût approcher don Pèdre, rien qu’une, je vous comprendrais, je vous laisserais faire. Je conçois votre ressentiment. J’entre dans vos chagrins. Pauvre dona Florinde ! Ce que je souffre pour mon fils, vous l’avez souffert pour votre mari. Eh bien ! est-ce que cela ne vous touche pas que nous ayons eu les mômes angoisses ? Une souffrance commune, n’est-ce pas une sorte de parenté ? Est-ce que cela ne nous fait pas un peu sœurs? Nous ne sommes pas du môme sang, mais nous sommes des mômes larmes !
DONA FLORINDE
Pas encore.
DONA BEATRIZ.
Quoi que vous ayez fait, c’était pour sauver votre mari, je vous en approuve, je vous en loue. Mais maintenant l’infant est mort, vous ne le ressusciterez pas, faites que je puisse parler à mon fils. Quel bien cela fait-il aux morts qu’on les venge ? Us ont plutôt envie de pardonner pour que Dieu leur pardonne. Oui, don Manuel pardonne à don Pèdre. L’infimt vous demande la grâce du roi. Tant qu’il a vécu, vous avez bien fait, mais à présent c’est fini... (a ce mot, dona Florinde, qui a tout écouté avec l’immobilité d’une statue, relève la tète et regarde dona Beatriz fixement.)
DO.NA FLORINDE, éclatant.
Ah ! c’est fini? Oui, llnfanl est mort, celui qui était toute ma viè est mort, il ne reviendra pas, c’est fini. Voilà ce que vous me dites pour m’apaiser, malheureuse ! L’infant est mort, tu ne le ressusciteras pas, nous l’avons bien tué, donne-nous la main, les morts pardonnent, les morts demandent la grâce de leur meurtrier. M’apaiser ? mais regardez-moi donc ! Est-ce ([ue vous ne voyez pas mes yeux creux, mon front livide, ma figure de morte? Hier, je n’étais que. la femme de l’infaul, aujourd’hui je suis son spectre! Don