SE SOUVIENNENT ET CHANTENT
A notre Maeterlinck,
Sur les tables des restaurants à prix modiques, Nous sommes les tristes cure-dents mélancoliques.
Toujours le voisinage banal
De la carafe (peut-être bien pas en cristal ,
Et du pot, du petit pot disgracieux, où s'attarde
Bornibus (sa moutarde?)
Rêves enchanteurs
Des destins meilleurs...
Oh ! devenir, comme nos sœurs,
Les plumes fécondes d'un grand auteur!...
Mais ce songe n'est que mensonge :
Le dîneur affamé nous ronge,
Eternellement taillés et retaillés — comme des ongles.
Puis parfois le bourgeois en joie S'offre le régal royal d'une oie ; Et nous reconnaissons, dans le repaire de ses molaires, La chair, dont il fit sa chère, qui nous est chère
Alors il nous souvient
Des jours anciens,
Et du soir d'automne où quelque servante accorte
Pluma notre pauvre mère devant une porte.
« En fermant les yeux je revois
« L'enclos plein de lumière,
« La haie en fleurs, le petit bois,
« La ferme et la fermière... »
(Comme dit si ingénieusement Hégésippe Moreau).
Sur les tables des restaurants à prix modiques, Nous sommes les tristes cure-dents mélancoliques.
Franc-Nohain.