LES RAISINS
Un homme cheminait péniblement.
La route était montueuse, au travers de landes et d'espaces incultes. Le soleil appesantissait ses rayons de plomb sur les épaules du voyageur.
Et il y avait longtemps que celui-ci cheminait ainsi sur la route inexorablement montueuse au travers des landes et des espaces incultes.
Et une soif cruelle le torturait.
Enfin, il arriva à un lieu ombragé.
Une treille se dressa devant lui.
D'énormes grappes de raisins pendaient des pampres surcharges. C'étaient des raisins magnifiques, recelant sous l'or de la peau mûre, tendue à crever, le suc d'exquise fraîcheur.
0 les superbes fruits ! 0 la merveilleuse vendange pour des lèvres altérées! Car les énormes grappes pendaient des pampres surchargés en masses épaisses, à la portée des mains et de la bouche, comme des outres gonflées, prêtes à laisser jaillir à flots la liqueur limpide.
Et le voyageur, que la soif cruelle torturait, eut soudain la rage de se ruer vers cette treille.
Mais à peine eut-il arraché un de ces raisins magnifiques, recelant sous l'or de la peau, tendue à crever, le suc d'exquise fraîcheur, qu'il le rejeta avec un amer dépit.
— Ah ! s'écria-t-il, ils ne sont pas assez verts.
Et il s'enfuit.
Léon Gandillot.