PETITES FILLES
A Raphaël Shoomard.
I# — Nonnes.
Par l'entre -bâillement d'une porte, j'aperçois des fillettes en prières : elles tiennent de gros chapelets qu'elles baisent avec ferveur. De longues serviettes encadrent leurs fronts et retombent sur leurs épaules
menues.
Les yeux mi-clos semblent ne regarder que l'autre
monde.
Elles se lèvent et chantent : c'est un cantique.
Les gamins jouent « aux bonnes sœurs » dans un grand cabinet de toilette encombré de fioles comme le laboratoire d'un toxicologue et miroitant d'aciers comme la trousse d'un dentiste.
LES ÛÀÎTÉS DU <-HA i NOIB ''1 I
Les petites sont toujours en extase miaulante et processionnent & quatre — à la (lie Indienne, sans rien voir.
Mais, la peste soit des psychés énormes qui relent,
— qui recèlent toute la Lumière d'une pièce I
Le charme est rompu ; c'est de l'hypnotisme ! Toutes les nonnettes se campent devant la haute glace, inquiètes «lu refilet, mais espérantes :
— Je suis bien pâle ! 'lit Jeanne en courant au pot do fard.
— ... Rien qu'une ombre de crayon bleu sous les yeux!... murmure, Lucie, autorisée par l'exemple.
Madeleine pose une mouche — Oh! meurtrière!
— près de la fossette nacrée de son menton.
Mais Jessie, l'Américaine, — <l<\jà une petite femme I douze ans, corrige la nai nre et transforme le
deux exquises roses mates <le sa bouche en nue cerise aiïriolante, mûre, presque mure pour le baiser...
— « Que tu es belle! » s'écrie Jeanne; et I mignonnes béguines d'applaudir. — « Tu scias la Supérieure I *