LE3 GALANTERIES
Parcourant avec complaisance Ces champs engraissés d'abondance Et peuplés de blanches brebis, Vers les cabanes il s'avance.
A son aspect inattendu, Grande frayeur. Ave^-vous vu Des moineaux la troupe légère Descendre et s'emparer d'une aire Où le blé vient d'être battu ?
Au moment où leur bec avide Travaille au pillage commun, Arrive un fermier importun ; Plus de moineaux, la place est vide.
Voilà l'image de la peur Que dut faire au peuple pasteur Du géant l'approche subite.
Hommes et femmes tout d'abord, Jetant un cri, prennent la fuite ; Les enfants qui couraient moins vite, Tendant les bras, criaient plus fort.
A quelque distance on s'arrête ; Puis on tourne à demi la tète Vers le géant qui tout là-bas Demeurait planté sur ses jambes, Surpris et riant aux éclats
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De voir comme ces nains ingambes
Précipitaient leurs petits pas.
< Quel homme ! — Dis plutôt quel diable !
— Comme nous pourtant il est £ût ; Un nez, une bouche... — En effet, A rhomme en tout il est semblable.
— Voyez-vous cette large main Qui par des signes nous rappelle ?
Approchons. — Sous un air humain, S*il cachait une âme cruelle ?
— Il nous eût assaillis soudain.
Mais il reste là comme un terme.
Que peut-il entreprendre enfin,
Seul contre cent ? Avançons, ferme ! >
Tout se passa tranquillement.
Un géant a l'humeur paisible Et des petits communément La faiblesse est plus irascible.
De tous côtés on Tentourait, Sa haute taille on admirait.
Ses longues mains on mesurait.
Et ses bras et ses mains encore.
De loin les femmes regardaient.
Que pensaient-elles ? Je l'ignore ; Mais tout bas elles chuchotaient.
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XO LES GALANTERIES
La nuit arriva ; le sauvage Soupa d'un mouton bien dodu, Et se coucha sur le feuillage Qu*on avait exprès étendu.
Voilà les femmes réunies ; Ecoutons leur vif entretien, c Savez-vous, mes bonnes amies, Que ce géant est bien ? — Très-bien.
— A Texcès je suis curieuse ; Oui, je voudrais... — Et nous aussi ; Mais l'entreprise est périlleuse.
^ — Pourquoi s'effaroucher ainsi ?
Un pressentiment me rassure.
Venons au fait ; quelqu'une ici Peut-elle tenter l'aventure ? »
Point de réponse. Avec raison Les unes gardaient le silence ; D'autres craignaient ; d'autres, dit-on.
Ne se taisaient que par décence. La plus brave se lève enfin.
Et part en disant : A demain.
A la voix du chien qui le presse.
Et qui talonne sa paresse.
Qu'un mouton franchisse un fossé, Par l'exemple aussitôt poussé
DE LA BIBLB. I X
Tout le troupeau se précipite ; C'est à qui sautera plus vite.
L'étranger était chaque soir Visité par quelque sauteuse.
Longtemps sa complaisance heureuse Remplit et passa leur espoir :
Mais le plus complaisant des hommes.
Et des géans s'arrête enfin ; Tel est notre commun destin, Chétive espèce que nous sommes !
€ N'avez-vous point de compagnons ?
Lui demandèrent les traîneuses.
— Mes pareils, robustes et bons, Forment des peuplades nombreuses.
— Et des amis, en avez-vous ?
— J'en ai quelques uns. — Parmi nous.
Croyez-vous qu'ils voulussent vivre ?
— J'en suis sûr. — Eh bien, retournez ; Et s'ils consentent à vous suivre,
Bien vite avec eux revenez. »
Il part : après un mois d'absence, Il revient avec cent amis.
Jeunes, discrets, et bien munis De ce qu'on nomme complaisance. Aux géantes ils n'avaient pas
X2 LES OALANTSIUES
Confié ces galans mystères ; Mais ces femmes aventurières De loin suivirent tous leurs pas.
Voilà, répétaient les bergères, Du superflu. C*est du nouveau.
Dirent les bergers moins sévères.
Les géantes firent Técho.
La Genèse est œuvre divine, Mais obscure : des gens profonds De ces antiques Patagons Dans le ciel cherchent Torigine.
La Bible dit : < Les fils de Dieu, Des hommes voyant que les filles Etaient faciles et gentilles, Les pourchassaient, et ce doux jeu Des géans créa les familles. »
Mais ces fils de Dieu, qui sont-ils ?
Messieurs les docteurs, peu m'importe ; Sans examen, je m'en rapporte, A vos commentaires subtils.
Ainsi quand une pastourelle Veillait seule sur les troupeaux, Un ange descendait près d'elle, Et l'amusait par ses propos ; Je dis propos, par indulgence
Pour la primitive innocence.
Lorsque d'un torrent le fracas Arrête une femme craintive, Un ange la prend dans ses bras.
Et la couche sur l'autre rive.
Désire-t-elle un fruit nouveau ?
Un ange officieux et leste Du pommier courbe le rameau : Aux femmes la pomme est funeste.
Le galant et beau Gabriel, Feignant toujours quelque message, Allait de village en village Parler d'amour au nom du ciel.
Voyez sa complaisance extrême :
Il annonce avec un souris A l'épouse, à la vierge, un fils Qu'obligeamment il fait lui-même.
Satan apprend dans les enfers.
Des anges les exploits divers.
Soudain de son trône il se lève :
« Sur les filles de la belle Eve, Dit^il, nous ayons seuls des droits.
Sans ma pomme que «auraient-elles ?
Passons-leur des goûts infidèles ; Mais au moins partageons leur choix. »
14 LBS GALANTERIES
Ils viennent : ces rivaux étranges Quelquefois supplantaient les angesi Toi donc, qui veux fixer Tamour, Sois ange et démon tour à tour.
Les démons ne préludent guères ; Ils sont brusques et téméraires ; Point de soupirs, point de langueur.
De soins, ni d'intrigue suivie ; Ils vont au feit, et, pleins d'ardeur, Le fait toujours les justifie.
Au rendez-vous si quelque amant Faisait attendre sa maîtresse.
Un diable arrivait lestement, Et saisissait l'heureux moment Offert en vain à la paresse.
Un mari, comme il n'en est pas, Ose-t-il sous la clef jalouse Enfermer la timide épouse Dont il néglige les appas :
Satan punira cet outrage.
Porté sur les vents et l'orage, n vient au milieu des éclairs ; Du sein des nuages ouverts. Avec la foudre étincelante Il tombe, brise les verrous,
Rassure l'épouse tremblante, Et répète : Avis aux jaloux.
Voici bien pis : dans une fête, Quand le sacrifice s'apprête, Et lorsqu'un encens solennel Parfume le champêtre autel, Les démons paraissent en armes.
Et poussent le cri des combats.
Un sexe fuit ; malgré ses larmes, Du plus faible on retient les pas.
Sa faiblesse fait sa puissance :
Une autre fête alors commence.
Fête d'amour et de plaisir.
Qui jamais ne devrait finir.
Dans rômbre de la nuit les diables Se réunissaient quelquefois; Et sans remords leurs mains coupables D'un village embrasaient les toits.
Ces brigands du milieu des flammes, Sauvaient les filles et les femmes, Et les consolaient jusqu'au jour.
Quel étrange et terrible amour I
Ainsi que des démons femelles, ^ Il est des anges féminins.
Et par dépit ces immortelles