‹ Les galants de la couronneChapitre 13 sur 19 · I.ES GALANTS · texte numérisé non relu

I.ES GALANTS

lien (l’aliaisscr In marcliepieii, il lendit la main ; la reine rccnnniil là la galanterie de son amie M'"' de Clievrcuse; mais celte main lui pressa si doucement le pied, qu elle baissa les yeux sur l’officieux serviteur, ot qu’elle reconnut Buckingham, Si bien préparde qu’elle fût à tous les déguisements que le duc pouvait prendre, son étonnement fut néanmoins si grand, qu’elle poussa un cri et qu’une vive rougeur lui monta au visage ; ses officiers s’approchèrent aussitôt pour savoir la cause de cette émotion, mais la reine était déjà au fond de son carrosse avec M'"'* de Laiinoy et de Vernet. Le roi revint dans le sien avec le cardinal.

Malheureusement, quelques jours après, Richelieu éventa toutes ces ruses. Il apprit en outre, — et toute la cour le sut bientôt, — qu’il existait à l’hôtel de l’ambassade d’Angleterre une sorte de , chapelle toute tapissée de soie de Perse et éclairée nuit et jour par un grand nombre de bougies, chapelle où le portrait de la reine était placé sous un dais de velours bleu, surmonté de plumes blanches et rouges. Buckingham n’en approchait qu’avec le recueillement d'un prêtre devant le Christ. De plus, un autre portrait d'Anne d’Autriche, miniature entourée de diamants, ne quittait pas sa poitrine sur laquelle il était fixé par une chaîne d’or. Son zèle fanatique pour celte miniature semblait indiquer qu’il la tenait de la reine même, « et M. le cardinal, doublement jaloux, parce qu’il était doublement déçu, comme galant et comme politique, passa de bien mauvaises nuits à ce propos. >

Aussi sema-t-il toute sa police autour des deux amoureux et de leur confidente ; le roi, de son côté, officiellement averti, enveloppa sa jeune femme d’une triple barrière de gardiens, de surveillants et d’espions. Loin de décourager le duc, toutes ces précautions l’excit'' -eiit, au contraire, davantage, et il se décida à braver le minol.uire jusque dans son Louvre pour obtenir enfin une entrevue d’une heure seul à seul. avec Anne d’Autriche. Celle-ci, consultée à ce sujet par .M'"® de Chevreuse, répondit qu'elle n’aiderait en rien, mais qu’elle laisserait faire. C’était tout ce qu’on lui demandait.

Il y avait, tn ce lemps-là, une tradition fort populaire à Paris, laquelle affirmait qu’un fantôme revenait dans le vieux palais des rois. Ce fantôme était du sexe féminin, et les gens de service l’avaient baptisé la J)G7ne blanche. La connétable proposa h Georges Villiers de jouer le rôle de la Dame blanche. Jugez si le jeune homme accepta avec enthousiasme I

Laissons parler les Archives de la police

• On discuta quelque temps pour savoir si l’entrevue aurait lieu le soir ou dans la journée. Le duc insista pour qu’elle eût lieu le soir. M"”' de Chevreuse prétendit que c’était trop risquer, parce que, parfois, le soir, le roi descendait chez la reine. On en référa à Anne d'Autriche, qui se rangea de l’avis de milord, le jour enlevant à ce dernier tous les bénéfices de son déguisement. Elle ajouta qu’on pouvait se fier à son valet de chambre Bertin ; que ce serviteur resterait en sentinelle et à portée de voir si Louis XIII sortait de ses appartements, et que, le cas échéant, on tiendrait une porte de dégagement ouverte pour faire sauver le duc. • Rendez-vous fut pris pour dix heures. A nouf, Buckingham se rendit chez la connétable. Celle-ci mettait la dernière main à une robe blanche d’une coupe bizarre, parsemée de larmes noires et ornée de deux têtes de mort, posées l’une sur la poitrine, et l'autre entre les deux épaules ; un bonnet étrange, blanc et noir comme la robe, une vaste cape et un sombrero complétaient le costume.

— Hé quoi ! madame, s’écria le duc à cette vue, avez-vous pu penser que je consentirais à m’alTublcr d'un pareil accoutrement ? En vérité, j’aimerais mieux renoncer à voir la reina, que de devoir ce bonheur à un si grotesque équipagel

— Milord, répondit M‘»o de Chevreuse, votre coquetterie se révoltera plus tard ; ma maîtresse nous attend...

— Mais, continua Buckingham de plus en plus dépité, je serai horriblement ridicule ainsi. Or, vous vous connaissez trop bien aux choses d’amour, chère duchesse, pour ne pas savoir que, chez 1a femme, il n'est point de passion qui tienne devant le ridicule.

— Duc, ce que je sais en ce moment, t’esl que la reine a eu

LES CALANTS

grand’peine à accorder ce rendez-vous, c’est qu’elle se repentira peut-être demain de sa faiblesse, c’est qu’eiifin elle ne pardonnera jamais, — et je ferais comme elle, — à un homme qui se dit si ardemment épris, d’avoir rencontré une occasion de l’entretenir, et de n’avoir pas saisi cette occasion.

— Mais, encore une fois, en me voyant ainsi, la reine trouvera dans ses yeux des armes contre son cœur...

— Qu’importe, si ces armes doivent tomber à votre voix et devant un esprit que double la passion ? Allons, duc, habillez-vous. Là, vrai, jo me fais une fêle de voirmilord de Huckingliam, le représentant du roi Charles l’ambassadeur d’Angleterre, l’homme sur lequel repose l’avenir des deux plus puissants royaumes de l’Europe, enjuponné et travesti en Dame Manche !...

— J’obéis, ducliesse, mais j enrage.

— Enragez, monseigneur, mais hâtez-vous. Cette importante discussion nous a déjà pris un quart d’heure, et nous avons encore bien des clioses à faire.

Ce disant, la duchesse tirait d’un meuble des ciseaux d’or, un rouleau d’une sorte de taffetas rose et une boîte de bois de senteur remplie de cire molle et blanche.

— Qu’est-ce que cela ? demanda Buckingham.

— C’est une nouvelle invention de Norblin, le physicien de la couronne ; ce taffetas rose et cette cire vont me servir à vous déguiser le visage, comme le costume que vous allez prendre la peine d’endosser vous déguisera le reste du corps.

— Mais ne pourrais-je mettre un loup ?

— Point ; le loup pourrait tomber et chacun vous reconnaîtrait, monseigneur, tandis qu’avec ma pellicule, c’est tout au plus si vous vous reconnaîtrez vous-même.

— Tête-Dieu ! duchesse, Sa Majesté Louis Xlll vous a donc payée pour favoriser ses intérêts aujourd’hui ?

— C’est cela, jurez comme un païen et clites-moi des injures ! Allons, encore un quart d’heure écoulé! Nous n’atons plus que trente minutes.

— Je me livre, duchesse, je me livre. Exiermincz-moi à votre fantaisie...

Et, avec force soupirs, Buckingham se remit aux mains de la connétable et la laissa superposer la pellicule à tous les méplats de son visage, dont elle changea entièrement la configuration. Cette première opération terminée, il ôta son manteau, mais garda le reste de son costumey par-dessus lequel il passa la longue robe blanche dont nous avons donné la description, puis il enferma ses longs cheveux dans le bonnet fantastique, recouvrit d'un loup son visage déjà recouvert de la pelticule, se coiffa du sombrero, s’enveloppa du manteau, et, moitié riant, moitié maugréant, offrit son bras à la ducliesse. Un carrosse attendait à la porte. Au guichet du Louvre, le valet de chambre Bertin était en sentinelle; les mousquetaires de service, en apercevant Georges Villiers, demandèrent quel était cet homme. — C’est, répondit M'"' de Chevreuse, un astrologue italien que Sa Majesté m’a chargée de lui amener. — Le carrosse passa.

Une fois le guichet traversé, on ne rencontra plus personne jusque chez la reine. « Celle-ci avait eu la précaution d'éloigner M*"® de Flottes, sa dame d’honneur, et était dans une anxiété qu’on peut comprendre. A la porte, le valet Bertin abandonna le duc et la connétable, et alla se mettre en observation sur l’escalier du roi. M'"' de Chevreuse avait une clef de l’appartement ; elle n’eut donc pas besoin de frapper ; elle ouvrit, introduisit Buckingham et entra après lui ; seulement elle laissa la clef à la porte, afin que Bertin pût les prévenir en cas d’alarme. >

Ce que Buckingham avait redouté arriva : — à l’aspect de son étrange attirail, Anne d’Autriche, quelle que fût sa frayeur, emplit la cliambre d’éclats de rire. Alors Georges « voyant qu’il n’avait pas d’autre parti à prendre que d’entrer dans cette humeur joyeuse, commença à faire les honneurs de sa personne avec tant de gaieté, de goût, et, par-dessus cela, tant d’amour, » que li jeune femme sentit toute son hilarité s’en aller à la dérive et s’abandonna peu à peu à l’enivrement de ce langage spirituel et passionné. Le duc

[rofila de ce cliangcmeiit avec son lialiilelé ordinaire; « il rappci.i à Anne d’Autriche que le but de celle entrevue était de lui remettre une lettre confideuliclle dont l’avait chargé sa belle-sœur, et la supplia, — cette lettre ne devant être connue de personne, — d’éloigner jusqu’à sa confidente. La reine, ijui désirait du fond du rœur Ip Iple à-tête autant qve Buckinijham, ouvrit la porte de son oratoire et y entra, laissant la porte ouverte, mais en faisant signe à Buckinvham de la suivre. A peine le duc fut-il dans l’oratoire, que M""® de Chevreuse referma doucement la porte derrière eux. »

Dix minutes à peu près s’écoulèrent.

Tout à coup, Berlin îccoiirut, tout épouvanté, en criant : — Leroi!

M“'® de Chevreuse se précipita vers la porte de l’oratoire et l’ouvrit en répétant ; — Le roi! le roi !

Buckingham, dépouillé de sa robe, le visage encadré dans sa blonde et soyeuse chevelure, la moustache au vent, vêtu seulement de son costume si riche et si chevaleresque, était aux pieds de la reine. A peine s’élait-il trouvé en lêle-à-lôle avec elle, qu'il avait jeté loin de lui son déguisement, abandonné son bonnet ridicule, enlevé son masque, ôté la pellicide, et s’était, au risque de ce qui pouvait en arriver, montré tel qu’il était, c’est-à-dire comme un des plus beaux et des plus élégants cavaliers qui fussent au monde. (Archives de la police.)

Cependant il n’y avait pas de temps à perdre : M“* de Clievreuse ouvrit un petit couloir qui conduisait de l’oratoire au corridor commun et y poussa le duc ; elle le suivit avec Berlin, portant toute la défroque; Anne d’Autriche referma la porte et alla, à domipAmée, tomber sur un fauteuil.

Buckingham et Berlin voulaient sortir du Louyrs à l'instant même. La connétable, qui ne perdait jamais la tête, les arrêta et força le duc de revêtir de nouveau son travestissement ; celle précaution prise, elle le lAcha. Mais le galant ambassadeur n’était pas au bout de ses peines. Arrivé à l’extrémité du corridor, il y rencontra des gens du petit service; il voulut alors retourner en arrière, mais son manteau tomba. Heureusement ce qu’avait prévu madame de

Clievrcuse sc rralii'a aiissilôl ; en voyant celle robe funèbre semée (le larmes et de lêlcs de mort, les gens du petit service poussèrent de grands cris et s’enfuirent en criant qu’ils avaient vu la femme blanche. Buckingham comprit qu'il fallait profiter de leur frayeur et jouer le tout pour le tout : il s’élança à leur poursuite, et, tandis qu'ils fuyaient par des dégagemenfs connus d'eux, et que Berlin, ramassant le manteau et le chapeau, les emportait précipitamment dans sa chambre, il atteignit l’escalier, gagna la porte, et se trouva dans la rue.

Heureusement le valet de chambre Berlin s’était trompé : 1e roi avait bien quitté son appartement, mais ce n’était point pour descendre chez la reine ; ayant, le lendemain, une grande chasse au vol, il avait voulu, pour ne pas perdre de temps, aller coucher au lieu du rendez-vous. En conséquence, il avait passé devant la porte de la reine, mais ne s’était pas même arrêté pour prendre congé d’elle, devant revenir le jour suivant au Louvre.

A son retour, il apprit que la fameuse Dame blanche avait été vue par les gens de service. Louis Xlll était superstitieux et croyait aux apparitions, el h celle-ci surtout qui était traditionnelle ; il fit venir les gens qui avaient vu le fantéme, leur demanda les détails les plus circonstanciés sur ses allures et son costume et comme leur récit se trouvait en harmonie avec celui qu’il avait entendu faire étant enfant, il n’émit aucun doute sur la réalité de l’apparition.

Mais le cardinal était moins crédule que le roi, et, par l’enlremise de Bois-Robert, ayant séduitPatrick O’Beilly, valet de chambre du duc, il en obtint tous les renseignements que nous venons de rapporter. (Archives de la police.)

Sur ces entrefaites, le mariage de madame Henriette se fit. M. de Chevreuse fut désigné pour tenir la place de Charles pr, dont il était parent par Marie Stuart, et, le 1 1 mai tf)2:>, la bénédiction nuptiale fut donnée à la princesse et à son époux provisoire par le cardinal de la Bochcfqiicauld,surun théâtre construit devant le portail de Notre-Dame.

Cliarles T' avait liâle de voie sa femme ; aussi, presque aussitôt, la cour se mit-elle en roule pour conduire la jeune reine jusqu’à la ville d’Amiens. Ce fut dans cette ville qu’arriva la fameuse aventure du jardin, aventure qu’à (|uelques détails près, on trouve consignée de la même façon dans Liporte, dans M"*' de àlottevillc et dans ïallemant des Uéaux.

Les Iroii reines, Marie de Médicis, Anne d’Autriche et madame Henriette, n’ayant point trouvé dans la ville un logis assez considérable pour les recevoir toutes trois, avaient pris des hôtels séparés, Celui d’Anne d’Autriche était situé près de la Somme, avec de grands jardins qui descendaient jusqu’à la rivière ; il était donc en général, à cause de son étendue et de sa situation, le rendezvous des deux autres princesses, et par conséquent, du reste de la cour. Un soir donc, la reine, qui aiuiuil furl ù se / romener tard, avait prolongé sa promenade. Buckingham lui donnait la main et milord Rich accompagnait M“' de Chevreuse. Après un grand nombre de tours, d'allées et de venues, la reine, qui s’élait assise, et autour d’elle toutes les dames de sa maison, se leva, reprit la main du duc et s’éloigna. Elle n’avait invité personne à la suivre, et personne ne la suivit ; mais comme il faisait nuit close, la reine et son cavalier disparurent bientôt derrière une charmille. Au reste, cette disparition, ainsi qu’on le pense Lien, n’était pas demeurée inaperçue: on échangeait déjà quelques sourires malins et quelques coups d’eeil expressifs, quand tout à coup on entendit un cri étouffé et l'on reconnut la voix de la reine. Aussitôt Putauge, son premier écuyer, sauta par-dessus la charmille l’épée à la main, et vil Anne d'.Vulriche qui se débattait aux bras de Buckingham. A la vue de Putauge, qui accour\it en le menaçant, le duc, forcé d’a' handonner la reine, dégaina à son tour. Mais la reine se jeta au devant de Putange, criant en môme temps à Buckingham qu'il eût à se retirer à l’instant même pour ne pas la compromettre. Buckingham obéit ; il était temps : toute la cour accourait; lorsqu’on arriva, le duc avait disparu. — Ce n’est rien, dit la reine aux personnes de sa suite ; le duc de Buckingham s’élait éloigné en me

DE LA COERONNE 179

laissant seule, et j’ai eu si grand’peiir de me trouver ainsi perdue dans r.obsciiritd, que j'ai poussé ce cri qui vous a fait accourir.

On fit semblant de croire à cette version, mais il est iimlile de dire que la vérité transpira. Laporte raconte, en toutes lettres, que le duc s'êm<.uiciita jusqu’à vouloir caresser la reine, et Talleraaiit des Réaux, très-malveillant au reste pour la cour, va plus loin encore.

Le lendemain de cette aventure, M'“' de Conti disait « que de la ceinture en bas, Anne d’Autriche pouvait peut-être répondre au roi de sa vertu, mais qu’il n’en était assurément pas de même de la ceinture en haut. »

M”' de Motteville va continuer à nous renseigner sur les événements qui signalèrent ce lendemain.

Ce jour-là, madame Henriette devant partir, la reine mère voulut reconduire sa fille pendant quelques lieues encore. Le carrosse était composé de Marie de Médicis, d’Anne d’Aulriche, de madame Henriette et do la princesse de Conti. La reine mère et madame Henriette étaient dans le fond, Anne d’Autriche et la princesse de Conti sur le devant.

Arrivées au lieu de la séjaration, les voitures s’arrêtèrent. Milord de Buckingham vint ouvrir la portière et olfrit la maiu à madame Henriette pour lu conduire dans le carrosse qui lui était desfiné et où l’attendait M”*' de Chevrcusc, qui devait l’accompagner en Angleterre. Mais à peine le duc l’eut-il déposée à sa place, qu’il revint vivement, rouvrit la portière une seconde fois, et,,malgré la présence de Marie de Médicis et de la princesse de Conti, prit le bas de la robe de la reine et le baisa à plusieurs reprises ; puis, sur l’observation d’Anne d’Autriche que cette étrange Inarque de son amour la pouvait compromettre, le duc se releva et s’enveloppa un in.stant dans les rideaux de la voilure. Alors on s’aperçut qu’il pleurait, car si l’on ne pouvait voir srs larmes, on entendait ses sanglots. La reine n’eut pas le courage de se contenir plus longtemps, et pour cacher les pleurs qui s’échappaient de scs paupières, elle porta son mouchoir à ses yeux. Enfin,

comme s'il eût pris une résolution suudaiiic, comme si par un violent effort, il se fût vaincu lui-même, Buckingham, sans aucun autre adieu et sans observer l’étiquette, s’arracha de la voilure de la reine, s'élança dans celle de madame Henriette, et donna l’ordre de partir.

A Boulogne, Buckingliam trouva la mer si mauvaise, qu'il lui fut impossible de s'embarquer. Il accueillit ce contre-temps avec une explosion de joie dont on sc ressentit à Amiens. La reine lui envoya Laporte, et une active correspondance fut échangée. Pour les besoins de cette correspondance, le gouverneur d’Amiens avait ordre de tenir ouvertes toute la nuit les portes de la ville.

Poursuivons — avec M'“' de Wolteville, à qui nous rendons gr:\ce du fond de l'âme et du bout de la plume : la bonne dame nous a siugulièrement mâché la besogne.

Au retour de son troisième voyage, Laporte informa la reine que le même soir elle reverrait Buckingham. Le duc avait annoncé qu'une dépêche, qu’il avait reçue de Charles PL nécessitait une dernière conférence avec la reine mère, et qu'en conséquence, il allait partir dans trois heures pour Amiens. Le retard de trois heures était nécessaire pour donner le temps à Laporte de prévenir la reine. Le duc la faisait supplier, en outre, au nom de son amour, de s’arranger de façon qu’il la trouvât seule.

Cette demande mit Anne d’Autriche en grand émoi. Cependant il est probable que le duc eût obtenu l'entrevue qu’il désirait ; car la reine, sous prétexte que son médecin devait la saigner, avait déjà invité tout le monde à se retirer, lorsque Nogent-Bcaulru entra et dit tout haut que le duc de Buckingham et milord llich venaient d’arriver chez la reine mère pour affaire de conséquence.

Cette nouvelle annoncée publiquement renversait tous les projets d’Anne d’Autriche; il était difficile maintenant quelle demeurât seule sans donner des soupçons sur le motif qui lui faisait désirer la solitude. Elle appela donc soiimédecin, et sc fit réellement saigner, espérant que cette opération éloignerait toul le monde; mais, quelques instances quelle pût faire et quelque désir qu'elle exprimât

Dkjilized fc'.

(le SC reposer, elle ne put éloigner la comtesse de Lannoy, que la reine avait quelques motifs de croire vendue au cardinal-duc. Elle attendit donc dans une inquiétude croissante ce qui allait arriver.

A dix heures, on annonça le duc de Buckingham.

La comtesse de Lannoy ouvrait déjà la bouche pour dire que la reine n’était pas visible; mais Anne, craignant sans doute, quelque éclat de la part du duc, donna l’ordre de faire entrer.

A peine cette permission fut-elle transmise à celui qui la sollicitait, que le duc se précipita dans la chambre.

La reine était au lit et M™” de Lannoy debout à son chevet.

Le duc demeura atterré en voyant que la reine n’était pas seule, comme il s'y attendait ; son visage était si bouleversé, qu’Aiine d'Autriche eut pitié de lui et lui dit en espagnol quelques mots de consolation, lui expliquant qu'elle n’avait pas pu demeurer seule et que sa dame d'honneur était restée dans sa chambre presque malgré elle.

Alors le duc tomba à genoux devant le lit, baisant les draps avec (jes transports si violents, que de Lannoy lui fit observer que ce n’était pas la coutume en France de se conduire ainsi à l’égard des têtes couronnées.

— Eh! madame, répondit alors le jeune homme avec impatience, je ne suis pas Français, et les coutumes de la France ne peuvent m’engager; je suis le duc Georges Villicrs de Buckingham, ambassadeur du roi d’Angleterre, et par conséquent représentant moi-méme une tête couronnée. En cette qualité, continua-t-il, il n’y a ici qu'une personne qui ait le droit de me donner des ordres, et cette personne, c’est la reine.

Alors, se retournant vers Anne d’Autriche ;

— Oui, madame, reprit-il, ces ordres, je les attends à vos genoux, et j’y obéirai, je le jure, à moins qu’ils ne me commandent de ne plus vous aimer.

La reine embarrassée ne répondait rien, et essayait 'iniiiileinent

d'armer sjii regard d'une culère qu'elle n'uvait pas daus le cœur. Ce silence indigna la vieille dame qui s'écria :

— Jésus Dieu! madame! n' a-t-il pas osé dire à Votre Majesté qu'il l'aimait !

— Oh! oui! oui! s'écria Buckingham, oui, madame, je vous aime, ou pluldt je vous adore à la manière dont les hommes adorent Dieu ; oui, je vous aime, et je répéterai l'aveu de cet amour à la face du monde entier, parce que je ne sais pas de puissance humaine ni divine qui puisse m'empèchcr de vous aimer. Et maintenant, poursuivit-il, en se relevant, je vous ai dit ce que j'avais à vous dire, et je n'ajouterai plus qu'une chose, c'est que mon seul but désormais sera de vous revoir, que j'emploierai tous les moyens pour cela, et que j'arriverai à ce but, malgré le cardinal, malgré le roi, malgré vous-méme, dussé-je, pour réussir, bouleverser l'Europe!

Et à ces mots, saisissant la main de la reine et la couvrant de baisers malgré les efforts qu'elle faisait pour la retirer, le duc s’élança hors de l'appartement.

A peine fut-il dehors, qu'.Anne d’Autriche, rompant la digue à sa douleur, laissa retomber sa tête sur son oreiller qu’elle noya de larmes. La comtesse de Lannoy ayant paru fort scandalisée de celte ex{)ansion :

— Hé ! madame, s’écria la jeune femme, laissez-moi, laisscz-moi seule! Je ne veux ici d’autre compagnon que mon chagrin.

Une heure après, doua Estefana se rendit à l'hôtellerie où le duc était descendu ; on remarqua que la fidèle camériste portait sous sa mante un petit coffret au chiffre delà reine, et qu’en sortant de chez l’ambassadeur, elle n’avait pins ce coffret. ,

-Trois jours après, Buckingham prit la mer.

Le surlendemain de son embarquement, le }'ùro Séguirent, confesseur du roi, étant entré de grand matin chez la reine, doua Estefana murmura :

— Tcalino tan demagnanadvisitur cslasenora, nonesbuena

seynal, ni par bien. Si ce moine vient visiter Sa Majesté de si

Lonue heure, c’est qu'il n'u pus de bonnes nouvelles ù lui apprendre.

En effet, le roi et le cardinal, qui, pendant que tout cela se passait, se trouvaient à Fontainebleau, avaient été avisas de cæs incidents par une lettre de M"'' de Lannoy : du Vernet, dame

d’atours d'Anne d’Autriche, était congédiée; Putange, son écuyer, chassé ; Laporte, son porte-manteau, exilé. En outre, le comte de Rochefort, âme damnée de Son Éminence, ayant assuré à Richelieu que le coilret envoyé à Buckingham par la reine ne pouvait contenir autre cliose que les ferrets de diamants donnés par son mari à cette priniesse, la première phrase dont Louis XIU salua sa jeune femme, à son retour au Louvre, fut celle-ci :

■ — Madame, messieurs les cchevins de Paris nous offrent dans huit jours bal à l’hôtel de ville. J’entends que vous assistiez à ce bal, parée des ferrets de diamants dont je vous ai fait cadeau; vous ne l’oublierez pas, j’y compte.

Le coup était terrible.

Richelieu tenait déjà deux de ces ferrets ; il les avait payés cinquante mille livres.

C’était lady Clarick, ancienne maîtresse du duc, qui les lui avait envoyés. Avertie par Rochefort, lady Clarick s’élait fait inviter à une fête, à Londres, où Buckingham devait danser et lui avait coupé ces deux ferrets dans la foule.

Le jour du bal arriva.

A minuit, Louis XIII fit son entrée dans la salle. Il était accompagné de S. A. R. Monsieur, du comte de Soissons, du duc de Longueville, du duc d’Elbeuf, du comte d’Harcourt, du comte delà Roche Guyon, de M. de Liancouit, deM. de Baradas, du comte de Cramait et du chevalier de Souvray. Sa Majesté resta quelque temps à recevoir les compliments de Messieurs de la Ville et à répondre aux saluts des dames. Le cardinal alors s’approcha et lui remit une boitc^ Le roi l'ouvrit et y trouva les deux ferrets.

— Que signifie cela? demanda-t-il à Richelieu.

Rien, répondit le ministre ; seulementi si la reine vient au bal

LKS GAI.\NT3

avec ses Icrrcls, ce dont je doute, complez-les, sire, et si vous u’eii trouvez que dix, interrogez Sa Majesté; il faudra bien qu’elle vous dise en quel endroit elle a jierdu ou quel larron lui a dérobé les deux ferrels que voici.

En ce moment, Anne d’Autriche parut, et un cri d’admiration s’échappa de toutes les bouches. La bella creatura était vêtue à l'espagnole, d’un habit de satin vert en broderies d'or et d’argent; elle portait des manches pendantes, renouées sur tes bras avec de gros rubis qui lui servaient de boutons ; elle avait une fraise fermée et était coiffée d’un petit bonnet de velours, de même couleur que son habit, surmonté d'une plume de héron ; par-dessus toute cette toilette retombaient gracieusement de son épaule ses aiguillettes ornées de leurs ferrets de diamants. Le roi, à cette vue, tressaillit de joie et le cardinal de colère.

Les violons ayant sonné, Louis XIII s’avança vers M“' la présidente avec laquelle il devait danser, et S. A. Monsieur vers Anne d'Autriche. Le ballet dura une heure; il avait seize entrées. A peine fut il fini, que le roi se dirigea vivement vers la reine.

— Je vous remercie, madame, lui dit-il, de la déférence que vous avez témoignée pour mes désirs ; mais je crois qu’il vous manque deux ferrets et je vous les rapporte.

— Comment, sire, s'écria la jeune femme en jouant la surprise, vous m’en donnez encore deux autres? mais alors cela m’en fera donc quatorze !

Louis Xlll compta : les douze ferrets se trouvaient sur Sa Majesté.

'Voici le mol de l’énigme.

Buckingham n'était pas resté longtemps sans s’apercevoir de la soustraction qui lui avait été faite, et, se doutant bien que celle soustraction avait un but hostile à son amour, il avait aussitôt mandé son secrétaire et son joaillier. Le secrétaire avait, sans perdre une minute, rédigé et fait promulguer une ordonnance qui enjoignait, sous peine de mort, à tout capitaine de navire, à tout patron de barque, de n’avoir pas à lever l’ancre avant trois jours; puis, tandis que le conseil, la cour et le peuple, se demandaient avec étonnement.

l'E LA COURONNE

presque avec terreur, la cause de ccMc niesuro, le joaillier avait confectionné deux ferrets exactement semblables à ceux qui manquaient, et, la nuit suivante, un léger bâtiment avait emporté ces bijoux vers la France... Anne d’Autriche les avait donc reçus douze heures avant que son mari lui intimât l'ordre de s’en parer.

Richelieu était de nouveau dupé. Il lui fallait tout le sang do l'homme, toutes les larmes de la femme pour éteindre le courroux qu’alluma dans son cœur cette mystification, ha conspiration do Chalais lui permit de les faire couler à loisir.

Chalais était maître de la garde-robe. Son naturel léger, inconséquent et railleur lui avait fait de nombreux ennemis, parmi lesquels le roi n’était pas le moindre. En habillant Sa Majesté, il contrefaisait ses grimaces et scs tics habituels, ce que le timide et vindicatif Louis XIII avait plus d'une fois remarqué dans la* glace devant laquelle il se tenait. Chalais, d’ailleurs, ne s'arrêtait pas lâ ; il se moquait tout haut du chaste fils d'Henri IV, de ses tendances quasi clausirales et de sa faiblesse physique. Toutes ces plaisanteries avaient déjà jeté beaucoup de froid entre Louis et son maître de g.irde-robe, lorsqu’un matin, Louvigny, cadet de la maison de Crammont, vint prier le jeune homme de lui servir de second contre le comte de Candale, fils aîné du comte d’Épernon, avec lequel il s'était pris de querelle à propos de 1 1 duchesse de Rohan que tous deux aimaient. Chalais refusa net, Louvigny jouissant dans ces sortes d'affaires d’une détestable réputation. « Ce méchant garçon, dit Bassompierre, fut si fort piqué de ce refus qu’il s’en alla du même pas révéler au cardinal ce qu’il savait et ce qu’il ne savait point. » Or ce que Louvigny savait, c’est que Chalais avait écrit au nom

[.ES OALANTS

de fiaston, duc d’Anjou et frère du roi, — de Monsieur, si l'on veut, — à M. de la Valelle, au comte de Soissons et au marquis de Laisques |)oiir les engager, avec l'Espagne, dans une ligue contre Son Éminence ; et ce qu’il ne savait pas et qu’il affirma cependant, c’est que Clialais s’ôtait proposé de tuer le roi, et que Monsieur et ses amis avaient promis de se tenir à la porte de Sa Majesté pendant le coup, afin d’appuyer l’assassin, s’il avait liesoin de leur concours. La reine, ajoutait-il, avait eu connaissance du complot.

Richelieu communiqua à Louis Xlll la révélation de Louvigny. l.e roi s’exclama aussitét qu’il fallait faire arrêter sou maître de la garde-robe, son frère et sa femme ! .Mais le ministre s'y opposa : il voulait avoir entre les mains les lettres que Clialais adresserait au roi d'Espagne et les réponses de celui-ci. — Une ruse diabolique de Rochefort lui livra d'abord les lettres ; les réponses arrivèrent à Nantes, où la cour voyageait. — Le jour qu’il les reçut, Clialais .;ul une entrevue avec la reine et avec Monsieur. Dans la nuit, comme il sortait de chez M“‘' de Cbevreuse, un peloton de mousquetaires l'enleva et le conduisit en prison. Au matin, la nouvelle de cette arrestation éclata comme un coup de foudre.

Le jeune homme était accusé d’avoir, de concert avec Caston et Anne d’Autridie, voulu assassiner le roi. C’était, disent les uns, avec une chemise empoisonnée ; c’était, disent les autres, en le frappant d'un coup de poignard. Le caractère de la reine la plaçait au-dessus de ces odieuses incriminations : femme» elle avait aimé ; épouse, elle avait pu tromper ; mais, dans l’un ni dans l’autre cas, sa pensée n’était jamais allée jusqu’au crime. Richelieu le savait ; mais Richelieu avait terriblement de choses sur le cœur ; ce maître tout-puissant du roi et du royaume était le valet de sa jalousie ; cet amant illustre et dévoué de la France n’était pour Anne d’Autriche qu’un Barlolo stupide et ténébreux.

Clialais niait tout. Là n’était pas l’essentiel : Son Eminence avait composé elle-même le tribunal, et le tribunal condamnerait ; l’essentiel était de convaincre le roi de la culpabilité de la reine et de

Monsieur, conviction qui pouvait pousser l’une à l’exil et l’autre à l’échafaud. Or, le roi doutait ;le roi, inquiet, maussade, tourmenté, maladif, tournant à tous les vents, vacillant à tous les soutîlcs, tiré à toutes les passions, halintté par tous les sentiments, cédant à tous les courants, emporté par le flux vers la justice, jeté par le reflux vers la démence, traînant le long de la ville ses amertumes, ses indécisions et son ennui ; le roi, disons-nous, prenait vingt fois par jour la plume pour signer une demande de divorce ou un arrêt de mort, et ne confiait le plus souvent au papier qu’un règlement de vénérie ou une fanfare nouvelle notée pour ses cors. Le roi dormait mal surtout ! Ses nuits so peuplaient de cauchemars et de fantôme.». Quand le cardinal était là, tout allait bien : sa robe rouge effrayait le remords; mais lorsque cette marée couleur de sang s’était retirée, laissant le pauvre prince à découvert en face de sa conscience, il éclatait en rages folles, en rébellions insensées contre ce prêtre qui ne lui laissait qu’une royauté de chenil et de garenne, et il se prenait à songer que Gaston était son frère, après tout, et que cette belle jeune femme était venue à lui les bras ouverts, dont il s’était bêtement détourné, exigeant qu’elle se glaçât à son contact, au lieu de se réchauffer au sien... — Son favori Barradas, son secrêlairo Tronson, son valet de chambre Sauvelerrc l’encourageaient dans ces idées de revirement. Il est vrai qu’Anne d’Autriche semblait atterrée et que le duc d'Anjou s’épuisait en colères inutiles; mais M””’ do Chevreuse se remuait pour eux deux, et l’opinion publique, qu’on ne sollicite jamais vainement en Franco en faveur dos persécutés, commençait à gronder autour du ministre. — Celui-ci comprit qu’il lui fallait à tout prix reconquérir le roi et l'opinion : — un soir, il s'habilla en cavalier et descendit dans le cachot de Chalais; une demi heure après, il forçait la porte de Louis Xlll, ci, sans prononcer une parole, tendait au prince un papier. Ce papier contenait l’aveu entier du prisounicr ; il reconnaissait pour véritables ses propositions l’Espagne et l’acquiescement de cette puissance à ces propositions ; il accusait la reine, il accusait Monsieur.

A cette lecture, Louis XIII jeta les hauts cris et sauta au cou de

Richelieu, l'appelant son seul ami, son protecteur, le sauveur de son prince et de son pays !

Pour ne point laisser sa tête dans cette affaire, Gaston ht tout ce qu'il plut au cardinal :ildésavoua Chalais, épousa M»* de Montpensier et se retira à Chateaubriand. Quant à la reine, elle fut sommée par le roi de comparaître devant le conseil. Là, on la fit asseoir sur un tabouret et on lui montra la déposition de Louvigny et les aveux de Cbalais. Richelieu lui reprocha ensuite d’avoir conspiré la mort de son mari pour épouser Monsieur.

Jusque-là Anne d’Autriche s'éLait retranchée dans un silence hautain; mais, à cette dernière accusation, elle se leva et se contenta de répondre avec un dédaigneux sourire :

— Je n’aurais point assez gagné au change.

Chalais paya pour tout le monde : il fut condamné à mort et exécuté.

Lisez le récit de cette boucherie, où un soldat, qui servait de bourreau, déchiqueta, avec une doloire de tonnelier, le pauvre jeune homme, lequel, au vingtième coup, criait encore ; Jésus ! Maria! — Quand vous aurez lu, vous pardonnerez à la Révolution d’avoir inventé ta guillotine.

Pendant que Richelieu abreuvait ainsi sa haine des larmes et de l’humiliation d’Anne d’Autriche, Buckingham, à Londres, ne perdait pas l’espoir, ayant été amant aimé, de devenir amant heureux.

Il est permis de croire que la reine, avec laquelle il n'avait jamais cessé de correspondre, tantôt par l’intermédiaire de Laporte, tantôt par les soins de M'"' de Chevreuse, alors exilée en Lorraine, l’encourageait dans cette idée; aussi faisait-il solliciter instamment par Charles 1" l’autorisation de revenir à Paris comme ambassadeur, autorisation que Louis Xlil, ou plutôt le cardinal, refusait avec un acharnement égal àcelui qu’on mettait à la lui demander. Or, ne pouvant pas venir en ami, Buckingham résolut de venir en ennemi. La guerre allait donc donner raison à cette phrase par nous citée de M'°' de Motteville sur les yeux incendiaires de la belle princesse :

a Des nations ciilièros ont senti à leur dommage quel [ ouvoir ils ont sur les hommes, et sa bouch.^, quoique d'une manière fort iiino' cenle, a été complice de tous les maux qu’ils ont faits ! »

Le ministre anglais commença par exciter des tracasseriss entre Charles I®r et madame Henriette; les Mémoires tie Hkhelieu cmtiennent à ce sujet des détails fort curieux. Mais Louis XIII, sur la recommandation du cardinal, ht la sourde oreille aux plaintes de sa sœur. Quelque temps après, des armateurs anglais s’étant emparés de plusieurs vaisseaux marchands français, le duc fit valider cette prise par sentence de l’amirauté. 11 y avait certes là un violent prétexte de rupture; pourtant le gouvernement du roi ne parut pas s'apercevoir de cette grave infraction à la foi jurée. Alors Buckingham chercha dans toute l’Europe un endroit où il pût blesser son rival de telle façon qu’un cri de colère sortit de sa poitrine, et son épée, du füurie<u : cet endroit, il le trouva sur la côte de France même; il y était indiqué par une triple ligne de remparts et de canons et on l'appelait la Rochelle.

Ce dernier boulevard du protestantisme avait refusé d’ouvrir ses portes à Richelieu. Celd-ci, la cuirasse au dos, était venu l’assiéger, ce qui faisait dire à Bassompierre, lequel était de la religion et se trouvait parmi les assiégeants ; « Vous verrez que nous serons assez bêtes pour le prendre. » Buckingham décida Charles R'' à offrir son appui aux Rochellois, reçut à Londres le duc de Soubise et le comte de Brancas, leurs envoyés, et, prenant en personne le commandement d’une flotte de cent voiles, s'abattit, pour ravitailler la place, sur l’île de Ré qu’il occup;i, à l’exception de la citadelle. En même temps, il réunissait, dans une ligue formidable contre la France, l’Angleterre, l’Autriche, l’Espagne, la Bavière, la Lorraine et la Savoie. L’existence de cette ligue fut promptement dénoncée nu cardinal- Il en informa le roi et ne lui laissa pas ignorer que l’ninour de Buckingham pour la reine allait jeter tout ce trouble dans le royaume.

Aussi, Louis XIII étant tombé malade à Villeroi, au moment où il se rendait à la Rochelle, la reine accourut de Paris pour le visiter,

Di.j:

Page 1