‹ Les galants de la couronneChapitre 17 sur 19 · I.ES CALANTS · texte numérisé non relu

I.ES CALANTS

tion do Laporte romme à l'annonce de Cliamaranle, si bien que le cardinal, après avoir attendu près d'uuj demi heure, s'ennuya et liescendil par le petit degré qui conduit au corridor. Gomme il s'en allait, les éperons et les épées des gens de sa suite firent tant do bruit que le roi se décida enfin à parler.

— .M. le cardinal, dit il, fait grande rumeur par où il passe; il faut qu'il ait bien cinq cents personnes à sa suite.

Quelques jours après, au même lieu et à la même heure, le roi rcveuaul de ce c.abinet pour aller se coucher, et ayant vu un gentilhomme du cardinal, nommé Bois-Fermé, dans ce passage :

— Allons, dit-il à M. de Nvert et à Laporte, M. le cardinal est encore chez maman, car j'ai vu Bois-Fermé dans le passage; l'atlend-il donc toujours ainsi?

— Oui, sire, répondit Nyert; mais, outre Bois-Fermé, il y a encore un gentilhomme dans le degré et deux dans le corridor.

— B y en a donc d’enjambée en enjambée? répondit Louis XIV.

Il est vrai que, quand même cette aversion n’eût pas été instinctive, comme celle qu'éprouvent d'ordinaire les enfants pour les amants de leur mère, elle n’eût pas manqué d'être inspirée à Louis XIV par l’insouciance coipable qu'affectait le ministre à le laisser dépourvu, non-seulement des choses qui pouvaient contribuer à son amusemer t , mais encore des objets nécessaires aux premiers besoins de la vie. C'est ainsi que l’on avait l’habitude de fournir an roi douze paires de draps par an et deux robes de chambre, une d’été et une d’hiver; Mazarin, regardant, sans doute, cette coutume comme trop dispendieuse, ne délivra à Louis XIV que six paires de draps pour trois années; aussi ces draps devinrent-ils si usés que les jambes de l'enfant royal passaient au travers et posaient à nu sur le matelas. Le cardinal avait apporté le même esprit de réforme dans la fourniture des robes de chambre : au lieu d’en donner deux par an, il se contenta d’en donner une pour deux ans, que le jeune roi portait été comme hiver ; c’était, dit Laporte, une roba de chambre de velours vert, doublé de petitgris, qui, la dernière année, ne lui venait qu’aux genoux. Quant

DE LA COimONNE

aux carrosses royaux, ils tombaieiil iittéralemeiiV en ruines. Un jour, le roi, qui avait désiré s’aller baigner à Conllans, dut renoncer à celte promenade en contemplant le piteux état de ses équipages.- dont les portières de cuir étaient alTreusemenl lézardées. Cette avarice de monseigneur Jules englobait tout ; par exemple, tandi.s que le prince qui créa Versailles manquait de draps, de robes de chambre et de carrosses, les dames attachées à la personne d’Anne d’Autriche, sa mère, n’avaient pas de table au palais, et fort souv'^nt restaient * sur leur faim. » Après le souper de la reine, elles s'en partageaient les débris sans ordre ni mesure, se servant, pour tout appareil, de sa serviette à laver et des restes de son pain. {Mémoires de 3/“*“ de Molteville.)

I Humiliée au dedans, la cour le fut encore au dehors, tant Mazarin étendait sans cesse et sur tout sa griffe de harpie. — En 1645, le jour de la signature du contrat de la princesse Marie de Gonzague, lorsque la reine traita à Fontainebleau les ambassadeurs de Pologne, elle leur offrit un grand souper, ou, du moins, son inlenüon fut de le leur offrir; mais une dispute s’étant élevée entre scs officiers de bouche, le premier service brilla sur la table par son absence. Encontre, Sa Majesté fut forcée de faire reconduire à travers des appartements non éclairés ces étrangers qui se plaignirent bien haut de cette pénurie.

C’était là, pour la hautaine petite-fille de Charles-Quint, une hohlc sanglante; elle la but avec résignation, mais non sans jeter un regard désolé vers ce passé féerique où Buckingham noyait dans un ruisseau de diamants chacune de ses fantaisies et semait au vent tout l’or des Trois-Iloyaumes pour acheter un de ses sourire...

Mais, hélas! Buckingham était mort depuis près de vingt ans, et Anne d’Autriche ne souriait plus !

LES G.iUNTS

Pendant cc temps, les anciens impôts allaient toujours grossissant, et, chaque matin, monseigneur Jules en inventait de nouveaux, tant il était avide de faire suer au pauvre peuple quelque monnaie rnuillée de larmes qu’il pût convertir en lingots et enfouir dans ses caves. Les choses en arrivèrent au point, en janvier 1648, que les misérables sujets de la reine n'avaient plus rieti ,à eux que leurs âmes, suivant l’expression de l’avocat général Talon , et encore parce que leurs âmes ne pouvaient pas être vendues à l’encan, comme leurs meubles, par les gens du roi. Dans cetUe extrémité, la foule commença à murmurer; le parlement soutint la foule; la reine soutint le favori. De là, brouille entre la cour et les chambres, représentations de celles-ci, colère et opiniâtreté d'Anne d'Autriche, arrestation du président Blaiicmesnil et des conseillers Broussel et Novion à l’issue du Te JJeum chanté, le 26 août, à Notre-Dame, en réjouissance de la victoire de Lens, enfin soulèvement de Paris. Ce jour-là, la rébellion, comme une traînée de poudre, courut du centre de la ville aux quartiers les plus éloignés; on vit tout le monde sortir en armes, même les femmes et les enfants ; en un instant, on eut élevé plus de douze cents barricades. Quelque temps auparavant, le cardinal avait dit que le parlement ressemblait à ces écoliers qui frondent dans les fossés de Paris et qui se dispersent dès qu'ils aperçoivent un sergent, pour se réunir de nouveau dès qu il s'est éloigné. Cette plaisanterie avait été rapportée au parlement qu’elle avait fort blessé. Le matin des barricades, le

conseiller Barillon, voyant la marche des événements, se mit àfre* donner le couplet suivant, qu’il improvisa sur un air à la mode :

Un vent de fronde A soufflé ce matin ;

Je crois qu’il gronde Contre le Mazarin ;

Un vent de fronde A sottfKé ce malin.

Le soir même, ce refrain était dans toutes les bouches, cl h mouvement avait son nom. Mazarin en rit beaucoup d’altord et prononça le fameux mot si souvent répété depuis : « Ils chantent, ils payeront. i Malheureusement, ce fut la cour qui dut payer les frais de cette journée ; il lui fallut rendre aux Parisiens le bonhomme Brousse!, quoique la reine se fût écriée « que plutôt que de le lâcher, elle aimerait mieux l'étrangler de ses propres mains! ■ Blancmesnil et Novion furent pareillement relaxés. Le lendemain de ce tumulte, un Italien au service de monseigneur Jules avoua à M“® de Mottevüle que, pour tout le royaume de France, il ne voudrait pas avoir une seconde nuit pareille à celle que liii et son maître venaient de passer.

Au reste, la cour avait cédé de si mauvaise grâce, que la querelle était loin d'étre apaisée. Dans une séance du parlement , le président Blancmesnil ne craignit pas de déclarer que tous les maux dont on se plaignait venaient d’un seul homme, étranger à la France, et ne finiraient que si l’on appliquait «à cet homme l’arrêt rendu en 1617 après la mort du maréchal d’ Ancre, et qui contenait défense à tout étranger tenir oflices, bénéfices, honneurs, dignités, ni gouvernement. C’était une attaque directe contre le favori et contre la régente. Ceux-ci y répondirent en quittant sournoisement la capitale, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, et en emmenant avec eux le roi et lu cour â Saint-Germain , d’où ils prétendaient affamer les Parisiens en empêchant le pain de Gonesso d'ai river aux barrières. Ce parti avait été proposé par le prince de

Ccndé et plaisait fort au caractère aventureux d'Anne d’Autriche. Le 6 janvier , vers cinq heures du matin, le bruit de cette fuite commença à se répandre dans la ville; à six heures, Paris n'était plus que mousquets et hallebardes.

Il n’entre pas dans le cadre de notre récit de suivre la fronde pas à pas à travers ses intrigues et ses escarmouches. Le rôle que jouèrent dans celte balrachomyotrmchk la régente, le ministre et le prince de Condé, côté cour, et, côté parlement, le coadjuteur Armand de Gondy, M”' de Longueville, M. le duc son époux, iM. de.Marcillac son amant, le duc de Beaufort, M.M. de Conti, de Bouillon, d Elbeuf, de Chevrcusc et de La Motte-Houdancourt. Le récit des amorces brûlées et des épigrammes tirées par les deux partis l’un contre l’autre ‘ ; le raccommodement louche et huileux du 13 mars 164'); le retour de la reine et de Son Éminence à Paris, le 18 août ; leur brouille avec M.M. de Condé, de Longueville et de Conti; l’arrestation de ces derniers, le 18 janvier 1650 ; le soulèvement du Midi et la campagne des troupes royales contre Bordeaux; le peuple défilant au Palais-Royal devant Louis XIV endormi, le 8 février 1651 ; la délivrance des princes, le 15 du même mois ; la retraite volontaire du ministre à Brühl ; les ordonnances du parlement qui le déclaraient « traître et inhabile; » sa jonction à Poitiers avec le roi et la reine ; la nouvelle rébellion du Languedoc ; Paris une seconde fois en rût coiilr» la cour, avec Condé et Monsieur pour chefs ; la bataille au faubourg Saint-Antoine, et Mademoiselle pointant contre l’armée de Sa Majesté les canons de la Bastille, le 2 juillet 1652; le nouveau départ de Mazarin, le 12 août; la rentrée de Louis XIV et de la régente dans la capitale, le 21 octobre; enfiu^ l'arrestation du coadjuteur, le l9 décembre , cl le rappel du favori, toute cette période de nos discordes intestines appartient à l’histoire et peut se résumer dans ce

* LC recueil de ces épigraiiitncs, donl les remmes surtout eurent fort itsoulTiir, a été fait per M. de Maurepau et ne comprend pas moins d quanmte-yuatt'e volumes.

brin de phrase du maiéclia! de Grammonl à Louis \IV : « Du temps que nous servions Votre Majesté contre le cardinal Mazarin. » En eiTtt, la royauté était encore le seul centre auquel se ralliât éternellement la nation ; noblesse, parlement, bourgeoisie, peuple, respectaient la veuve de Louis XllI et adoraient son fils; Mazaiin seul était exécré. Une concession faite par la reine au pays, — 1 Italien éloigné, par exemple, ou quelque peu de mystère jeté sur une liaison que l’âge commençait à rendre ridicule, — et les épées rentraient au fourreau, les mousquets se suspendaient au croc, les hallebardes dormaient sous la rouille, ou, mieux encore, se réunissaient en un faisceau commun contre l’Espagnol et contre l’Allemand. 11 n’en fut rien, et la guerre civile troubla, désola, ruina la France pendant près de quatre ans. Jugez si, durant ce laps, la grêle des pamphlets dut tomber dru sur Anne d’Autriche et son amant ! Ou en compta plus de neuf cents dans une année. Ci-tons-en un au hasard. Celui-là s’appelle : Requête des trois étuis du gouvernement de Vile de France au parlement de Paris.

» Mazarin, disait celte diatribe, était Sicilien, sujet du roi d’Espagne et de basse naissance ; il avait été valet à Rome, avait servi dans les plus abominables débauches ; il avait été poussé parles fourberies, les bouffonneries et les intrigues , il avait été reçu en France comme espion, avait, par son influence sur la reine, gouverné toutes choses depuis six ans, au grand scandale de la maison royale et à la grande dérision des nations étrangères. 11 avait disgracié, banui, emprisonné les prit^es, les officiers de la couronne, les gens du parlement, les grands seigneurs, enfin les plus fidèles serviteurs du roi. Il s’etait environné de traîtres, de concussionnaires, d’impies et d’athées ; il s'élait attribué la charge de gouverneur du roi pour l’élever à sa mode; il avait corrompu le peu qui restait de candeur et de bonne foi à la cour en y mettant à la mode les brelans et les jeux de hasard ; il avait violé et renversé

lajusiicc, pillr et ravi toutes les finances , consommé par avance trois années de revenu de l État. Il avait encombré les prisons de vingt-trois mille personnes, dont cinq mille étaient mortes dans une seule année. Quoiqu'il eût dévoré par an près de 120 millions, il n’av<Lit payé ni les gens de guerre , ni les pensions , ni l’entretien des places fortes; il avait enfin partagé les grandes sommes avec ses amis, en ayant transporté hors du royaume la plus grande partie, Uinten lettres de change et en espèces qu’en pierreries, etc., etc. •

Nous ne voyons p.is que ce portrait, si peu flatteur qu'il soit,, ait dégoûté Anne d’Autriche de l’original ; car ce serait à ce moment qu’il faudrait fiiire, selon toute probabilité, remonter la date fort incertaine d’un fait déclaré controuvé par certains historiens, mais affirmé par la princesse Palatine, seconde femme de Monsieur, frcie de Louis XIV et mère du régent; nous voulons parler du mariage secret de la reine avec le cardinal.

« La reine Anne d’Autriche, écrit la princesse, non contente, d’aimer le cardinal de Mazariii, avait fini par l'épouser : il n’était point préire et n’avait pas les ordres qui pussent l’empéclier de contracter mariage. Il se lassa terriblement de la bonne reine, et la traita durement, mais c’ébiit l’usage du temps de contracter des mariages cl indestins. •

La vieille Beauvais, première femme de chambre de la régente, possédait le secret de ce mariage ; aussi Anne d’Autriche en passaitelle pour tout ce que voulait celte confidente. Cette énorme influence delà Beauvais intriguait fort les courtisans. Écoutons plutôt ce qu’en dit Dangeau, l’Iiistoriographe officiel, le Moniteur vivant de cette époque ;

« C'était une femme avec laquelle les plus grands ont longtemps compté, et qui, toute vieille, hideuse et borgnesse qu’elle était devenue, a de temps eu temps continué de paraître à la cour en grand habit comme une dame, et d’y être traitée avec distinction jusqu’à sa mort. »

Quant à la nature dos rapports qui unissaient Anne d’Autriche à Mazarin, elle est maintenant hors de doute : le chemin secret par lequel le cardinal se rendait chaque nuit chez sa maîtresse se voit encore au Palais-Royal. Pour plus ample édification, lisez les Muztuiimiks^ du temps, celles, entre autres, intitulées : la Pure vérité cachée, Qu'as-lu vu « la cour, la Vieille amoureuse et le Custode du lit de la leine. Cette dernière renferme des détails tellement significatifs, qu'elle envoya à la potence Marlot, son imprimeur.

Nous ignorons si Anne d'Autriche avait eu beaucoup à se louer de l’amant; en revanche, l’histoire nous apprend qu’elle eut largement à se plaindre de l'époux.

Athée et matérialiste en amour comme en politique, Mazarin u’avait jamais ressenti une bien vive atfection pour la reine. L'étrange passion de celle-ci servit seulement de marchepied à l’ambition de l’adroit Italien ; mais, quand il vit le pouvoir passer insensiblement des mains de la régente dans celles de Louis XIV, devenu majeur, tous ses calculs se bornèrent à se mettre bien dans l’esprit de ce dernier, et on l’entendit dire tout haut de sa vieille maîtresse I Qu’elle n'avait pas d’esprit, que le roi, sou mari, avait eu de justes raisons de se défier d’elle; qu’elle n’était dévote que par nécessité; qu’enfin, elle n'avait de goût que pour la bonne chère, ne se mettant point en peine pour tout le reste. » Il y eut plus : l’homme qu'elle avait préféré à Buckingham, et qu’élle avait tellement défendu contre toute la France ameutée, tellement gorgé d'or et d’honneurs qu’il mourut premier ministre, tout-puissant dans l’État, aussi maître du monarque que du royaume, et laissant dans ses coffres plus de quarante millions ; cet homme laissa habiter l’orgueilleuse fille des Césars dans des chambres délabrées et la força de coucher dans des lits dont les draps de toile bise i lui donnaient un avant- goût des supplices de l'enfer !» Elle se plaignit, elle, l'Espagnole doublée d’Autrichienne, elle se plaignit à plusieurs reprises, et, quand l’ancien laquais du cardinal Benlivoglio, qui ne daignait plus descendre chez

tES GALANTS

elle, l’entendait gratter à sa porte, il grommelait : — Que me veut encore celle femme?

Celte femme semblait pourtant douée du plus rare privilège : celui de ne point vieillir. Ses bras étaient restés magnidques; son front demeurait pur de rides; ses yeux, toujours armés en guerre, n’avaient pu renoncer à ces habitudes de coquetterie qui les avaient rendus si dangereux jadis. Combien ne duUelle pas regretter alors d’avoir fait de toute cette beauté le régal d’un turlupin qui eût pu poser pour Harpagon devant Molière, et d’en avoir sevré des galants tels que le prodigua Georges Villiers et le grand cardinal ! — Un jour, s’arrêtant, au Palais^Royal, devant un portrait de Richelieu, elle le considéra longuement, puis, avec un soupir:

— Si cet homme eût vécu jusq’u’à présent, dit-elle, il eût été plus puissant que jamais, et peut-être ne serais-je pas aussi isolée!...

Un autre jour, à Rueil, se promenant dans une allée en téte-à-léle avec Voiture, son poète favori, et celui-ci paraissant rêveur, elle lui demanda à quoi il pensait. Voiture lui répondit par ces vers :

Je pensais qu* l.i destinée,

Après tant d’injustes niallicurs,

Vous' a justement couronnée ne gloire, d’écl.nt'ct d’honneurs;

Mais que vous étiez plus heureuse, t.orsque vous étiez autrefois,

Je ne dirai pas amoureuse...

La rime le veut toutefois.

Je pensais que ce pauvre Amour, tjui toujours vous prêta ses armes,

Est banni loin do votre cour

S.JI1S ses traits, son arc et ses eharmes.

Et ce que je puis profiter Eu passant prés de vous ma vie.

Si vous pouvez si mal traiter

Ceux qui vous ont si bien servie.

Je pensais, nous antres poêles .Nous pensons extravagamment,

Cô que, dans l'humeur où vous ?tcs

Vous feriez si dans ce moment

Vous avisiez en cette place '

Venir le duc de Buckingham,

Et lc(|uel serait on disgrâce Do lui cm du père Vincent.

Le père Vincent était le confesseur d’Anne d’Autriche.

Peu à peu, celle-ci se sentit mordue au sein par le mal effrayant qui devait la luer ; scs cheveti.'c s’argentèrent aux tempes, et l’on commença à comprendre, en voyant cette peau, qui avait défrayé tant de strophes, de madrigaux et de sonnets, passer de la matte blancheur de l’alhàtre à la teinte jaunètre de l'ivoire, que le jour ap prochait où 1 1 fière souveraine dépouillerait la vie avec moins de peine peut-être qu'elle n’avait dépouillé l’amour.

Elle avait soixante quatre ans lorsqu’elle mourut, et elle en paraiss.iit à peine quarante ; ce fut au point que, lorsqu’elle se souleva, les yeux rayonnants d’onction, les joues ardentes de fièvre, pour recevoir le saint viatique. Monseigneur s’écria ;

— Oh! voyez donc ma mère, elle n’a jamais été si belle!

Maintenant voulez-vous savoir pourquoi Mazarin fut certainement le plus bafoué, le plus mépri é, le plus exécré des galayil^ de la couronne? D’où vient que, de nos jours encore, son génie est méconnu, sa capacité contestée, ses intentions et ses résultats niés? Comment enGn, cédant à l’antipatbie générale, nous n’avons pu nous empêcher d’anathématiser de toute notre plume cette faiblesse d’Anne d’Autriche? Le secret est dans ce seul mot ; Mazarin était avare.

« Or, la main qui tient le sceptre, doit, comme celle qui tient le monde, être large et ouverte : Dieu est non-seulement libéral, il est prodigue. »

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