‹ Les galants de la couronneChapitre 3 sur 19 · I.ES GALANTS · texte numérisé non relu

I.ES GALANTS

lui assura un train do maison digne de son rang et la lit ('■lever avec ses propres enfants.

Sous l’influence d’une éducation que partageaient les filles de Ca therine de Médicis et que dirigeait la savante Marguerite de France, sœur de Henri II, les heureuses dispositions de la jeune Gancée du dauphin se développèrent de la façon la plus brillante. A neuf ans, elle étonnait par sa maturité et écrivait à la reine douairière, sur les affaires d'Écosse, avec un sens délicat et précoce; à dix, elle pronon(:ait en plein Louvre, devant le roi et toute sa cour, un discours latin de sa composition, dans lequel elle soutenait qu’il sied bien aux femmes de cultiver les lettres, et que c’est une injustice et une tyrannie (jue d’ôter aux fleurs leurs parfums, en reléguant ainsi les jeunes Allés dans les soins de leur intérieur. On comprend combien une pareille thèse, arborée par une future reine, dut enthousiasmer une cour qu’éclairaient à la fois de ses derniers rayons la littérature de Rabelais et de .Marot, et, de son aurore, celle do Ronsard et de yonlaigne. « Elle (Marie Stuart) se naturalisa si bien Françoise, qu’on pouvoit dire qu’elle n'estoit pas seulement la plus belle, mais la plus polie de tout son sexe dans la langue et dans la belle galanterie. î (Mémoires de Caslelnau de Mauvissière, in-folio, Bruxelles, 1731). BranWme dit encore : « Elle aymoit la poésie et les poètes; elle se mesloit mesme de composer des vers, dont j’ay vu aulcuns de très-beaux et de très-bien faicts. Elle chantait trèsbien, s’accordant avec le luth, qu’elle touchoit bien joliment de ceste belle main blanche et de ces beaux doigts bien façonnez. •

En même temps que son esprit, la beauté de notre héroïne se corsait en charmes et en séductions.

« Venant sur les quinze ans, sa beauté commença à paroistre comme la lumière en beau plein midy. » Ainsi s’exprime, dans sa naïve admiration, le bon seigneur de Bourdeilles.

Et, de fait, c’était un rayonnant a midy » que cette cour de France, la plus magnifique, l.i plus joyeuse, mais aussi la plus relâchée de l’Europe. Formée par François qui l’avait admise dans la pelile bande de ses dames favorites, avec lesquelles il allait

souvent courre le cerf et s’ébattre seul dans ses maisons de plaisance, la flexible Italienne Catherine deMédicis en ordonnait les fêtes avec l’activité enjouée dont elle masquait ses eff'royables appétits d'intrigue et de puissance. La poésie, le plaisir, l’amour étaient alors les seules affaires de tous ces fringants cavaliers échappés aux bouclieries de Marignan et de Pavie, et de tout cet « escadron volant s de beaulés faciles, qui avaient transformé les appartements de la reine-mère en succursale des villas aphrodisiaques dont Boccacc et r.\ré!in encadrent leurs élégantes priapées. « Dans ces appartements, écrit liranlôme, il y avoit une foule de déesses humaines les unes plus belles que les autres; chaque seigneur et gentilhomme y entretenoit celle qu’il aymoit le mieux, tandis que le roy entretenoil la reyne, madame sa sœur ou la rcyne dauphine. » Klevée dans celle atmosphère de dépravation, Marie s’en inocula promptement les principes d'indépendance, le sensualisme, le besoin de luxe, d’hommages et d’adorations qu’elle transporta plus lard dans l’Êcosse puritaine et pre,shylérienne, et qui, non moins que ses fautes politiques, contribuèrent à assurer sa chute. Ce fut au milieu de cet 'enragé tourbillon de bals, de chasses, de musiqui;s et de carrousels, (|uc se célébra, le 24 avril 4558, sou mariage avec le daupldir. (Juiiize mois après, le 10 juillet 4550, le coup de lance de Montgomery changeait toutes ces joies en deuil '.

La mort de Henri 11 fut pour Marie Stuart comtne le imemier grain d’un chapelet de malheurs.

Le 5 décembre de l’année suivante, François 11 expirait à son tour.

■ Marie ressentit cette seconde perte en femme et en poète ; son ctcur se répandit en larmes amères et en plaintes liariiioiiicuscs. Voici les vers qu’elle fit alors :

* On sait que Hoiiri II fut toé d’un coup do lance par Montgomery, gentilhomme normand, à la passe d'armes des Tourncllcs. Celle passe d’armes était donnée en l’honneur des mariages d’Élisabeth de Krancc et de l•llilippc II, toi d'Espagne, et de .Marguerite, soeur du roi de l'nnrc, avec le duo de Savoie.

En mon triste et doux chant, D'un ton fort lamentable,

Je jette un deuil tranchant De perle incomparable,

Et en soupirs cuisans Passe mes meilleurs ans.

Fut-il un tel malheur De dure destinée.

Ni si triste douleur De dame fortunée Qui mon coeur et mon oeil Vois en bière et cercueil?

Qui dans mon doux printemps Et (leur de ma jeunesse.

Toutes les peines sens D'une extrême tristesse.

Et en rien n’ai plaisir Qu’en regret et désir.

Ce qui m'était plaisant Me devient peine dure.

Le jour le plus luisant Est pour moi nuit obscure, Et n'est rien si exquis Qui de moi soit requis.

J'ai an creur et à l'oeil Un portrait, une image, Qui ligure mon deuil Sur mon pâle visage De violettes teint.

Qui est l'amoureux teint.

Pour mon mal esiranger,

Je ne m'arrête en place; Mais j'en ai beau changer, Si ma douleur n’efface :

Car mon pis et mon mieux Sont les plus déserts lieux.

DE LA CrjnONNH

Si en quelque séjour,

Soit en bois, soit en prée, Soit sur l’aube du jour,

Ou soit sur la vcspréc.

Sans cesse mon cœur sent Le regret d'un absent.

Si par fois .vers les deux Viens adresser ma vue,

Le doux trait de ses yeux Je vois en une nue;

Si les baisse vers l'eau, Vois comme en un tombeau.

Si je suis en repos.

Sommeillant sur ma courbe, J'oy qu'il me tient propes,

Je le sens qu'il me toufhe; En labeur, en rccoy.

Toujours est près de moy.

Je ne vois autre cbje'.

Si beau qu’il se présente,

A qui que soit subjet Onrques mon cœur consente :

Exempt de perfection A cette affection.

Mets, dianson, icy lin A si triste complainte Dont sera le refrain ; Amour vraie et non feinte.

Oui, pour séparation.

N’aura diminution.

a C'étoit alors, dit Brantdme, qu’il faiscit très-beau la voir, car la blancheur de son visage luttoit avec la blancheur de son voile à qui l’emporteroit ; mais enfin l’artifice de son voile perduit la partie, et la neige de son blanc visage effaçoit l'autre. Car ce fut ainsi.

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