A FEU DANTE
Lasciate ogni speranza
Voi ch’ entrate... in farmacia ...! —
A toi, Dante, qui débutas Jadis dans le métier vulgaire D’apothicaire 1 ,
Et qui, promptement, permutas Pour un autre plus noble et pourtant plus [précaire,
— Celui de maître ès jeux de doulce poésie — Pour cette sage apostasie,
Honneur à toi ! Que dans l’Eden délicieux Où ton âme ravie a revu Béatrice,
— Grâce à la mort parfois libératrice, —* Mes vœux vers toi montent dévotieux !!....
Tu fis preuve, en effet, en lâchant le pilon, D’une intelligence évidente,
Supérieure et transcendante,
1. Suivant une légende assez répandue, le plus grand poète de 1’Italie, Durante Alighieri , dit Dante (i265-i32i) aurait été pendant quelque temps élève chez un apothicaire. On a retrouvé en effet son nom inscrit sur le Registre des Médecins et Apothicaires de Florence.
El si je pouvais, Maître Dante,
Le lâcher à mon tour, ça ne serait pas long !
A Mercure oxydé, je préfère Apollon Et je fais fi du Diachylon !
Pour soulager mon cœur, je viens te faire part — En vers sincèrement mauvais pour la plupart —
Des modernes destins de la gent potardière :
Les temps l’ont transformée en vaste pétaudière Où la Minérale Chimie Atomiquement endormie,
Laisse à sa jeune sœur, la brillante. Organique, L’irrespectueux soin de lui faire la nique !...
Elle accapare tout, cette jeune sans-gêne,
Avec le groupe hétérogène De ses carbures d’Hydrogène !
Il faut la voir se trémousser,
Se glisser partout, se pousser,
Chasser le Plomb, l’Étain, l’Arsenic et le Cuivre,
Et passer son temps à poursuivre Tous ces vieux minéraux à la mine chagrine,
Pour mieux nous engluer avec sa glycérine !
... Prétendant même que du vin,
Du vin, boisson des dieux ! — du vin, nectar divin, Elle pourrait, tout à son aise,
Confectionner la synthèse :
(Crois-tu donc que l’on croie à semblable Hypothèse ?) Jamais on n’a vu tant d’audace,
Il lui faudrait toute la place !
Comme si l’Eternel n’avait pas, avec art,
A chacun, ici-bas, laissé sa juste part?...
LES GA LÉNIENNES
Hors-texte N° 2
DÉDICACE INVOCATOIRE
Pour soulager mon cœur, je viens te faire part...
(Page 4)
Composition originale de A. BON AM Y.
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DÉDICACE INVOCATOIRE
Apprends encore, ami, que, depuis ton départ, Un latin plus mauvais que celui de ton règne
Brille sur nos bocaux !... Notre nom sur l’enseigne N’est plus, comme de ton temps.
Joliment entouré par un tas de serpents Qui prenaient des airs importants Et se moquaient du monde, en mettant le nez dans Une symbolique coupe...
Et semblaient grignoter quelque chose dedans Pour qu’on crût qu’ils avaient des dents !
(Avec ça que l’on y coupe !)
... Notre nom brille seul sur de vagues enduits
Suivi de ces mots : « Prix réduits!...»
« Prix réduits sur)tous les -produits!... »
DÉDICACE INVOCATOIRE
Et les serpents narquois tristement éconduits Sont partis en rampant, seuls, et sans sauf-conduits Vers les Pezonnesques réduits !
Oui, ces temps-là sont bien passés!
Ils sont engloutis, effacés !
Le symbole est détruit : et disparu le charme.
Allons, mon œil, rentre ta larme !
Car je vais maintenant te présenter ici,
Feu Dante, honorable confrère,
L’actuel occupant, le nouveau locataire De ton ex-habitat
Et te narrer ses goûts, ses mœurs, son caractère Et les horreurs de son état.
— Entends ma voix, noble apostat!...
Mais comme il est utile, en somme,
Que je commence par un point, Terminant mon prélude, ici je mets un point ... Et je commence par l’Homme.