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LL VIOLONISTE

physionomie un léger développement des pommettes, sont autant de traits qui spécialisent ce nohle buste, d’ailleurs ajusté, coiffé avec tant d’élégance; Raphaël a. marqué ce portrait du sceau de son génie : la tète ne respire pas seulement, elle pense. On pourra, du reste, s’en faire une plus juste idée encore d’après la belle gravure au burin qu’en a exécutée de nos jours M. Pollet, ex-pensionnaire de Rome.

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Une partie des tableaux de la galerie Sciarra viennent des Barberini. Voilà pourquoi on retrouve ici des peintures qui, dans l’origine, furent faites pour cette puissante maison. De ce nombre est le portrait en pied du cardinal Barberini, par Carie Maratte. A cette époque, on savait encore construire un portrait historique. Du reste, les diverses écoles sont ici en présence. Nicolas Poussin y soutient dignement, avec Valentin et Claude, l’honneur de l’école française, 11e fût-ce que par la belle esquisse de son Martyre de saint Érasme, dont on voit la mosaïque à Saint-Pierre de Rome et le tableau terminé dans le musée du Vatican. Quant aux soleils de notre grand paysagiste, ils sont éblouissants et se font regarder même en Italie, où il semble que les peintres de la lumière devraient être éclipsés par l’éclat de la lumière elle-même. Le Lever et le Coucher du soleil sont des paysages si splendides et d’un style si héroïque, qu’on ne peut guère ensuite admirer les Locatelli, les Orizonti, qui sont ici en grand nombre, et même les Roth d’Italie. Seuls, Paul Bril et Jean Breughel se maintiennent encore, par la crudité piquante de leurs tons, à coté de ces Claude incomparables.

Garofalo, André ciel Sarte sont, l’un et l’autre, comme des seconds Raphaëls , et à défaut d’une Vierge du peintre d’Urbin , on est ravi de rencontrer, dans le palais Sciarra, une Madone accompagnée de plusieurs saints par André del Sarte, une Mort de la Vierge, une Adoration des mages de Garofalo. De même, à défaut du Corrége, on trouve du plaisir à étudier ici les ouvrages du tendre Schidone et du suave Baroche. Mais le visiteur, sollicité à la fois par tant de Icelles peintures, ne peut cependant s’empêcher d’arrêter longtemps ses regards sur l’Hérodiade du Giorgion et sur la Donna du Titien. Celle-ci est une belle et hère Vénitienne, au teint éblouissant, à la chevelure d’or, qui, suivant tonte apparence, est cette Violante qui fut l’amie du peintre et la Vénus de ses tableaux. Le tranquille Titien a peint la Violante avec cette éclatante sérénité que rien ne lui faisait perdre, ni la douleur, ni l’amour, ni les chagrins que lui suscitaient des rivaux impossibles. Aussi, tandis que Giorgion se mourait d’amour à trente-quatre ans, Titien continuait l’existence radieuse qui devait durer un siècle. A de tels hommes il fallait des beautés semblables à la Donna que l’on admire ici, des Vénus robustes, au col puissant, au sein de marbre , prêtresses d’un amour sans fougue et d’une volupté sans folie.

Après la maîtresse du Titien, il est curieux de regarder les deux Madeleines du Guide, particulièrement celle que l’on nomme aux racines. Le type de la beauté <lu Guide est bien différent de celui qu’affectionnait Titien. Le Guide aspirait a un certain idéal, le Titien recherchait la nature dans sa splendeur, dans son opulence; son type est sensuel, celui du Guide est plus noble. Les femmes du Vénitien sont purement païennes : les femmes du Bolonais ont une grâce qui tient moins à celle des formes qu’à l’expression du visage, aux émotions de lame,

GALERIE SGIARRA.

visibles dans leurs traits, dans leurs yeux. Il est des écrivains qui, en voyant les Madeleines du Guide qui sont à la galerie Sciarra , ont prononcé le mot sublime. C’est aller trop loin peut-être. Le Guide ne s’est pas élevé, ce nous semble, à de

LA DONNA Dli TITIEN

telles hauteurs. Ce mot sublime , il le faut réserver pour les hommes hors de ligne, les Michel- Ange , les Raphaël, les Léonard de Vinci.

Léonard est-il véritablement l’auteur du célèbre tableau qui se trouve dans la quatrième chambre du palais, et qu’on appelle la Vanité et la Modestie? Il est permis d’en douter. Quelle que soit la distinction de cette peinture, il nous semble

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que le caractère en est indécis , et qu’il serait plus sûr de l’attribuer à un des illustres Milanais qui ont vécu avec Léonard et travaillé dans son école, sous ses yeux. M. Yiardot est d’un avis contraire : l’admirable beauté de ce tableau ne lui permet pas d’élever des doutes sur son authenticité. Cependant, selon Fumagalli, il aurait été peint par Luini ; et M. de Rumohr croit qu’il a été exécuté par Salai, toutefois avec la participation du maître. On peut concevoir de semblables doutes au sujet de deux morceaux que l’on donne ici comme étant de la main d’Albert Durer : l’un représente une Madone avec plusieurs saints; l’autre, la Mort de la Vierge. Ce qui est plus certain , ce sont les ouvrages de quelques peintres bolonais , tels qu’un Christ de Spada, peintre original et vigoureux, qui mêla aux enseignements des Carrache quelque chose de la manière du Parmesan ; une Flagellation du même Spada, et un tableau de trois figures, saint Jérôme, saint Marc et saint Jean, où le Guerchin a mis sa fière griffe de peintre. Au milieu de tous ces maîtres, nous avons rencontré avec un plaisir imprévu un charmant petit tableau du Giotto, que le temps a heureusement conservé : nous avons cru y voir briller un rayon de la première aurore de la Renaissance.

Sous le rapport de la conservation des tableaux, la galerie Sciarra, comme du reste presque toutes les collections de Rome , laisse beaucoup à désirer : c’est là le mauvais côté des substitutions dont nous avons fait l’éloge. Si l’immobilisation des objets d’art entre les mains des familles princières est un bienfait pour les étrangers et pour la ville sainte elle-même , ce ne peut être qu’à la condition que les détenteurs de ces objets les entretiendront parfaitement. L’excellente mesure qui s’oppose à la dispersion des tableaux devrait être complétée par l’obligation d’en prendre un soin religieux.

La famille des Colonna est une des plus anciennes, des plus illustres et des plus opulentes de L Italie . Elle est an nombre de celles qui , pendant huit siècles, luttèrent contre les papes et balancèrent leur puissance. Plus de deux cents personnages historiques sont sortis de son sein, parmi lesquels on compte de grands magistrats, des capitaines renommés, des écrivains, des amiraux, des connétables, des cardinaux, un pape, et une femme célèbre par ses poésies ut ses vertus, Vittoria Colonna.

Situé au pied du Ouirinal, près de l’église des Saints- Apôtres , le palais Colonna fut bâti par le pape Martin V (Otlion Colonna), qui le laissa inachevé. Quatre ponts jetés sur la rue de la Cannella mettent ce palais en communication avec les jardins du Quirinal. L’architecture n’en est pas élégante, à l’extérieur du moins;

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elle ne s’annonce par aucun portique et ne présente point Je façade remarquable; mais la cour surpasse en grandeur toutes celles des palais de Rome , et la magnificence de l’intérieur rachète bien le peu d’apparence du dehors. Dès l’entrée, on reconnaît une maison princière , en voyant briller dans la vaste antichambre qui précède les pièces d’apparat, les armoiries des Colonna surmontées d’un dais et entourées d’une balustrade. La pièce honorable de ce blason est une colonne , emblème de force et de stabilité. Des tableaux estimables, mais d’un ordre secondaire, et quelques antiques, décorent les salles de réception et la galerie qui fait suite.

La première pièce est un beau salon richement meublé et tendu de damas de soie à ramages. Ce que nous y avons remarqué d’abord , c’est le portrait d’un enfant inconnu , par Giovanni di Santi , père de Raphaël. L’enfant paraît avoir dix ans; il est coiffé d’une petite toque rouge d’où s’échappent des cheveux blonds qui tombent sur ses épaules. 11 est peint à mi-corps el de profil , babillé de velours amarante, et il porte au cou une petite Ircsse en soie de même couleur. Plus coloré et plus fin que les peintures de Raphaël , ce portrait est infiniment curieux , comme étant celui d’un homme moins connu , il est vrai , par ses œuvres que son fils immortel, mais qui eut, comme les contemporains du Pérugin , un sentiment très-élevé de l’art. Viennent ensuite une belle esquisse de Rubens, le Départ de Jacob, et un portrait de Marie Mancini Colonna, par Gaspard Netscher, qui a modelé le visage avec beaucoup de souplesse, et traité le costume avec ce précieux fini, ces riches détails et cette exécution caressée, qui n’appartiennent qu’aux écoles du Nord. Deux tableaux de Van Eyck, la Vierge aux sept douleurs et la Vierge aux sept allégresses, nous font remonter jusqu’à l’origine de la peinture à l’huile, dont Van Eyck passe pour avoir été l’inventeur. Ainsi, dès la naissance de ce grand art, nous le voyons poussé à un degré de perfection matérielle que jamais, depuis, il n’a dépassé. Et ce n’est pas seulement l’intensité des couleurs, leur conservation, leur beauté, qu’il faut admirer dans ces deux tableaux, c’est encore le type des figures, la naïveté du sentiment, la grâce, l’expression. La tète «le la Vierge est entourée, dans l’une et l’autre composition, de sept médaillons, où sont représentés des traits de la vie du Christ.

Les Saintes Familles sont ici nombreuses, car ce fut pendant plus de trois siècles le sujet de prédilection des peintres italiens. Parmi ces pieuses peintures, nous en avons distingué trois : la première est de Simon Cantarini de Pesaro, dil le Pésarèsc, gracieux élève et rival du Guide; la seconde est d’Innocenzio «l’Imola., imitateur «le Raphaël; la troisième est d’un homme de génie, le Parmesan. Mais il est à Rome un peintre qu’on aime et qu’on recherche plus <pie tous les antres pour les représentations de la Vierge : il s’appelle Sasso Ferrato. Les prêtres,

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