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GALERIE COLONNA

les dévots, les est, pour ainsi Florence Carlo

communautés religieuses lui ont fait une réputation immense, et il dire, en odeur de sainteté. Sasso Ferrato est à Rome ce qu’est à Dolci. Ses Madones sont toujours les mêmes : elles ont les yeux

LA VI Eli LL

baissés, les mains jointes, un air de modestie grave et une expression de pureté que sans doute les Romains ue retrouvent pas ailleurs au même degré. Aussi, malgré leur monotonie, les Madones de Ferrato sont fort estimées et se vendent un prix très-élevé; il semble même qu’on lui sache gré de n’avoir point varié son type,

ROME

comme s’il avait réalisé en peinture un dogme religieux. La L ierge de la galerie Colonne est, comme toujours, en buste et isolée, c’est-à-dire qu’elle ne tient point dans ses bras l’enfant Jésus. Du reste, l’exécution en est ferme, la couleur agréable, quoique un peu tannée, et les mains sont dessinées avec une correction élégante, qui est apprise par cœur. C’est dans la seconde chambre que se trouve la Madone de Sasso Ferrato que nous venons de reproduire. Comme la première, cette chambre est ornée de magnifiques tapisseries, façon de Flandre : les unes, représentant l’histoire de Moïse, ont été faites à Bruxelles sur les dessins de Rubens; les autres, exécutées à Paris, d’après un peintre inconnu, sont relatives à des sujets de l’histoire romaine. Un Christ mort du Bassan, quelques superbes portraits de l’école vénitienne, celui du P. Panviui, par Titien, celui d’un vieillard qui touche du clavecin, par Tintoret, celui de Laurent Colonna, frère de Martin V, une Sainte Famille de Bonifazio, une Madone entourée de saints de Paris Bordone, complètent la liste des tableaux les plus remarquables de la seconde chambre. Mais ceux qui attribuent à Holbein le portrait de Laurent Colonna oublient que le peintre de Bâle n’était pas encore né alors que Martin Y et son frère n’existaient déjà plus.

Nous entrons maintenant dans la troisième chambre , qui est le vestibule de la grande galerie. Elle est ornée de tables en bois sculpté d’une richesse inimaginable, et surtout d’un cabinet ou écrin en ébène dans lequel sont incrustés vingt-huit bas-reliefs en ivoire, exécutés avec une patience, une délicatesse, un art infinis, par les frères Steinhart, Allemands. Le bas-relief du milieu est une copie du Jugement dernier de Michel-Ange ; les vingt-sept autres reproduisent les plus célèbres compositions de Raphaël. 11 n’a pas fallu moins de trente ans pour achever ce meuble prodigieux. Aussi le visiteur en est-il émerveillé au point qu’il oublierait de regarder un noble et charmant Départ pour la chasse, de Berghem , de fiers paysages du Guaspre, les Ruines du palais de César, tableau lumineux pris à l’effet du soir et animé de figures rustiques, telles que villageois et baigneurs, et enfin un superbe plafond, plein d’allégories relatives à la bataille de Lépante, exécuté parles peintres luequois, Jean Coli et Philippe Gherardi, qui, mêlant la manière lombarde à la pratique vénitienne, ont balancé en Italie la gloire de Pietre de Cortone.

Difficilement, on se ferait une idée de la magnificence de la grande galerie. Il n’existe rien de pareil à Rome et peut-être en Europe. Éclairée par vingt croisées, pavée en marbres de couleur, décorée, à la voûte, de fresques peintes par ces mêmes Luequois, et représentant la Bataille de Lépante, gagnée par Marc-Antoine Colonna et don Juan d’Autriche, cette galerie mesure soixante-dix mètres de long, douze de large, et dix de hauteur. Vingt, statues antiques, quatre immenses glaces de Venise, sur lesquelles Carie Maratte et Mario di Fiori ont peint des enfants et des (leurs, vingt-quatre autres glaces et autant de girandoles, vingt lustres de

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