GALERIE DO RI A
frontaux, enfin d’une tache de linge, pour donner à cette peinture, d’un ton si uniforme, le relief, la rondeur, l’accent, la vie. »
Quand nous avons visité la galerie Doria Panfili, elle venait de s’enrichir d’un
morceau de la plus grande rareté et du plus grand prix. Nous voulons parler d’un tableau de Hans Memling, acheté à Venise, par le prince Doria Panfili, moyennant la somme de cinquante mille francs. G/est une composition de cinq figures, toute remplie de ce sentiment religieux qui anime les œuvres des Van Eyck. La Vierge y
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est représentée tenant le Christ mort, an pied du Calvaire. Il n’est pas de peinture des grands maîtres italiens du xve siècle, c’est-à-dire de ceux qui précédèrent Raphaël, y compris le Pérugin, qui soit préférable à ce Memling; et pour les amateurs qui ont eu, comme nous, le loisir d’en admirer les beautés délicates, les pures couleurs, les expressions sublimes, il paraît acheté, même au prix de cinquante mille francs, bien au-dessous de sa valeur. Il est peint sur bois et conservé sous verre.
Du cabinet où l’on montre le tableau de Memling, formant un si étrange contraste avec celui de Vélasquez, nous allons dans l’aile droite de la galerie, ou, si l’on veut, du grand quadrato. Elle est également riche en belles peintures de l’école italienne, parmi lesquelles on remarque une Galatée de Pierino del Yaga, plus gracieuse peut-être, mais d’un style moins ample, moins élevé, moins puissant que la Galatée de Raphaël; une Descente de Croix d’Alexandre Varotari, dit le Padouan; deux Saintes Familles, que le catalogue et le custode attribuent l’une et l’autre à André del Sarte, et qui sont assez belles pour lui être attribuées sans déshonneur pour sa mémoire; enfin un superbe portrait d’homme, en habit rouge, par le Tintoret, et une Visitation vraiment admirable du Garofalo. Mais le croirait-on? c’est une Sainte Famille de Giovanni Battista Salvi, dit le Sasso Ferrato, qui, au milieu de tant de belles choses, a le plus longtemps fixé nos regards. Ce peintre, on le sait, 11e peignait ordinairement que la figure isolée de la Vierge; il est rare qu’il l’ait représentée avec l’enfant Jésus, et plus rare encore qu’il l’ait accompagnée d’une troisième figure. La Vierge et saint Joseph sont ici à mi-corps; l'enfant seul, porté par sa mère, est vu tout entier, et il dort du sommeil le plus tranquille et le plus gracieux. La touche de ce tableau est pleine et ferme, la couleur en est agréable, et l’ensemble 11e présente point cette fois les duretés dans les teintes locales, particulièrement dans les draperies bleues, que l’on a quelquefois reprochées au peintre, et avec raison. On suppose que Sasso Ferrato fut le disciple du Dominiquin, <d cela est fort probable, eu égard à l’expression qu’il sut donner à ses figures.
Les écoles du Nord figurent aussi dans l’aile droite de la galerie, et peut-être les peintres des Pays-Bas sont-ils plus curieux à observer ici en regard des Italiens. L’ingénuité flamande, la profondeur germanique se distinguent d’autant mieux à Home, que l’on y sent toujours dans la peinture indigène un fond païen. Jamais nu peintre d’Italie n’aurait vu la nature comme la voient Paul Bril, Breughel de \ (Jours, Lucas de Leyde , et Ouentin Metzis. Même lorsqu’ils étaient encore gothiques, les artistes vénitiens et lombards ne tombaient pas dans la même vulgarité que les Allemands; mais aussi entraient-ils moins avant dans le naïf des choses, dans l'intimité des sentiments humains. Huant au paysage, ils 11’y jetaient qu’un regard superficiel, le considérant comme inférieur, et croyant presque s’abaisser en le peignant .