‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 106 sur 167 · A SAINTE F A >1 I E L E · texte numérisé non relu

A SAINTE F A >1 I E L E

poissons, scarabées , insectes, arbres, Heurs et traits, toutes les parturitions tic la terre dans sa jeune fécondité, sont groupés en un seul tableau avec un éclat, une fraîcheur de coloris incomparables, avec ces localités de tons d’une crudité hardie, qui font ressembler le paysage à un écrin de rubis, d’émeraudes, de turquoises, de

ROME

saphirs et d’or. Peindre avec cet amour les races réputées inférieures et les infiniment petits de la nature, jamais, disons-nous, un peintre romain 11e l’eût osé. Nous voyons bien, dans la galerie Doria, de beaux paysages d’un artiste peu connu au delà des monts, Torregiani; mais ce sont des sites arrangés, de nobles campagnes imitées de Claude. 11 a fallu qu’un Français vînt en Italie ouvrir les yeux, pour ainsi dire, aux Italiens eux-mêmes, sur la beauté de la nature au sein de laquelle ils vivaient indifférents, sans paraître avertis de sa grandeur.

On ne songera pas sans doute à nous accuser de la moindre partialité poulies peintres <le notre pays, nous qui avons entrepris à grands frais un ouvrage de si longue haleine, uniquement pour célébrer les merveilles que renferme la ville de Rome, et vulgariser la connaissance des chefs-d’œuvre de l’art antique et de la Renaissance italienne. Qu’il nous soit donc permis d’énumérer maintenant les tableaux de l’école française. Nous allions citer le Guaspre: mais les Romains le regardent avec quelque raison comme un maître italien, et à ce titre ils affectent de l’estimer en tant que paysagiste, plus encore que Nicolas Poussin, fidèles en cela à l’esprit de nationalité qui, en fait d’art, ne les abandonne jamais. Du moins Nicolas Poussin est-il Français, non-seulement par sa naissance, mais par le tour de son génie, par le caractère dramatique et réfléchi de ses ouvrages, et nous pouvons franchement rapporter à notre école les honneurs que les Romains ont rendus de tout temps à la mémoire de ce grand peintre. Après avoir vu à la bibliothèque du Vatican la peinture antique si connue sous le nom de Noce Aldobrandinc , il est infiniment curieux de voir la copie qu’en a faite le Poussin, non qu’elle soit très-exacte pour les airs de tête, ni très-juste pour les tons, mais parce qu’elle est de la main d’un peintre qui, le premier, parmi nous, a compris la grandeur et la sublimité de l’antique. Oui, c’est encore un étonnant paysage de Glande Lorrain qui va nous retenir dans l’aile droite de la galerie. Le Repos en Egypte est le nom que l’on donne à ce Claude. Les figures y ont en effet une grande importance, et il semble que, loin d’être le principal du tableau, le paysage ne soit que P encadrement de la scène. Assise au bord d’un fleuve, la Vierge tient l’enfant Jésus qu’elle va confier pour un moment à un ange, divin compagnon de leur mystérieux voyage; sur le devant, le charpentier rajuste la selle de l’âne qui doit porter le jeune Dieu. Fidèle à son humeur, Claude Lorrain nous montre la sainte famille dans un paysage tranquille, riant et magnifique. D’autres peintres l’eussent représentée se reposant la nuit au plus épais d’un bois, à la lueur d’1111 flambeau ou au clair de la lune. Mais Claude n’a rien du génie sombre et fantastique de Rembrandt. Il met dans ses paysages la sérénité qui est dans son âme; il y verse des torrents de lumière et n’v fait voir que des images de paix et de bonheur. Chez lui, tout est calme; ses fleuves roulent doucement leurs ondes

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