LE REPOS EN ÉGYPTE
digne de son attention. Ici, c’est une ébauche du Corrége, la Vertu couronnée par la Gloire, ébauche curieuse, parce qu’on y voit la manière dont procédait ce grand homme et la marche de son travail. La toile en effet n’est qu’à moitié couverte, une des têtes n’est encore qu’au crayon, deux autres sont très-avancées; rien 11e saurait être plus intéressant pour un amateur, surtout pour un peintre; aussi a-t-on mis sous verre ce précieux morceau. Là, e’esl le Sacrifice d’ Abraham, du Titien, tableau admirable qui, à la vigueur des empâtements et à l’éclat du coloris, joint le mérite
ROME
de formes plus choisies et d’une composition plus heureuse qu’on ne les rencontre habituellement chez les Vénitiens, et même chez leur plus grand maitre. Plus loin, le custode nous montre deux portraits attribués à Raphaël , ceux de Rarthole et de Baldus, dans un même cadre. Mais comment se peut-il que les personnages représentés soient bien réellement les deux fameux jurisconsultes, puisque, d’une part, ils florissaient au xiv® siècle, plus de cent ans avant Raphaël, et que, d’autre part, les deux têtes portent le caractère de tout ce qui est peint d’après nature?
11 faut que le Teniers de la galerie Doria soit bien délicieux pour que nous le citions après tous ces maîtres illustres; mais vraiment cette Fête de village est si charmante, qu’il n’est personne qui ne voulut se mêler à ce joyeux repas plein de vie, plein de bruit, plein de monde. Nous ne sortirons pas, du reste, de ce magnifique palais sans parcourir lentement les belles salles dans lesquelles se continue la collection de tableaux; sans jeter un coup d’œil sur les bronzes trouvés dans les fouilles faites par l’ordre du prince Doria; sur le Centaure en rouge antique découvert, il y a quelques années, à Albano; et enfin, sans entrer dans le cabinet qui renferme le buste de donna Olimpia, par le Bernin, précieux marbre où respire encore cette lière et voluptueuse intrigante, qui pendant dix ans fut la véritable papesse de Rome.
Ce fameux édifice est d’un caractère imposant. Isolé de toutes parts et parfaitement carré, il s’annonce comme une forteresse par une façade austère et sans portique, mais ilim goût pur et d'une male simplicité. Commencé par San Callo, le palais Farnèse fut terminé par Michel-Ange. Pour s’en proc.urer les matériaux, les Farnèse eurent la barbarie d(‘ faire arracher les pieds-droits et les revêtements supérieurs du Colisée, du côté ipii regarde le mont Codius. C’est avec les travertins de cet amphithéâtre que Michel-Auge éleva la belle corniche qui couronne la façade principale. La grande porte, qui est à pierres saillantes, c’est-à-dire du style florentin, s’ouvre sur un vestibule orné de douze colonnes de granit égyptien, d’où l’on entre dans une cour carrée dont les quatre façades sont formées de trois ordres de colonnes superposés. Le portique d’en bas est dorique et d'une majesté
ROME
sombre; le second étage est ionique; le troisième est percé de fenêtres au lieu d’arcades, et décoré de pilastres corinthiens. Ces colonnades abritaient autrefois des antiques du plus grand prix, entre autres le Caracalla ou Hercule Farnèse, la Flore, si admirable par ses draperies, et le fameux groupe de Dircé, connu sous le nom de Taureau Farnèse. Ces marbres merveilleux et beaucoup d’autres, étant échus par héritage au roi de Naples, ont été transportés au musée rfegli Studi. Il ne reste au palais Farnèse que la grande urne de Cæcilia Metella, enlevée au tombeau de cette femme opulente, qui fut l’épouse de Crassus.
Au premier étage du palais se trouve la célèbre galerie peinte à fresque de la main d’Annibal Carrache, et si connue par les savantes gravures de Belli et d’Aquila. On l’appelle aussi quelquefois la galerie des Carrache. Cette galerie, éclairée par de spacieuses fenêtres, a vingt-deux mètres de long sur sept de large. Elle est divisée en sept espaces inégaux par des pilastres servant de soutiens à une corniche surmontée d'une frise qui a plus de trois mètres de hauteur et qui règne tout le long de la galerie. C’est sur la voûte (qui se termine par nu plafond, c’est-à-dire par une surface plane, qu’Annibal Carrache, aidé par son frère Augustin et par sou cousin Louis, peignit les immortelles fresques où sont écrits ses titres de grand peintre. Là se déroule, comme un magnifique poème , la mythologie tout entière. Au centre de la voûte est représenté le Triomphe de Bacchus et d’Ariane. Brillant de jeunesse, ivre de joie et d’amour, le dieu du vin est assis sur un char d’or traîné par des panthères, tandis que la fille de Minos s’avance sur un char d’argent attelé de boucs. Une troupe bruyante de Faunes, de Bacchantes et de Satyres leur font cortège, ainsi que le vieux Silène titubant sur son Ane et soutenu par des enfants. Au ciel volent des Amours qui portent les attributs de la vendange, et dont l’un dépose sur la tête d’Ariane une couronne constellée. Deux tableaux octogones accompagnent le Triomphe de Bacchus, et sont, encadrés dans des bordures peintes, riches d’ornements et rehaussées d’or. Puis, dans des compartiments à égale distance de la fresque principale, on voit Hyacinthe enlevé par Apollon, et Ganymède enlevé par Jupiter qui a pris la forme d’un aigle.
Le côté opposé aux fenêtres est décoré de peintures alternant avec des médaillons en camaïeu, couleur de bronze, et dont la plus remarquable est ( '/(datée. Portée sur un monstre marin qui la tient dans ses bras, entourée do Nymphes et d’ Amours, la blonde fille de Nérée, tout entière à sa passion pour le rival du Polyphénie, paraît s’abandonner aux pensées lascives et se laisse glisser tuolluiueuf sur l’onde, avec son gracieux cortège, livrant aux caresses de la brise sa beau lé nue et ses draperies inutiles. Ou’elle soit du pinceau d’Annibal Earrache, ou bien qu’elle ait été exécutée par son frère Augustin, comme h* dit Bellori , cette Iresque est de tout point admirable, à cela près que le style y manque peut-être