LA FARNÉSINE
qui célèbrent les noces de Psyché, c’est-à-dire le symbole de l’Ame s’ouvrant aux délices de l’amour. Il eût été facile à Raphaël de faire plafonner les ligures de la voûte , mais il faut croire qu’il ne voulut point troubler, par des raccourcis bizarres, la beauté calme, la beauté expressive des dieux de l’Olympe. 11 supposa les deux grandes compositions du plafond peintes sur des tapisseries, connue si la position du tableau était verticale, et il figura ces tapisseries entourées «b* bordures et fixées à la voûte par des clous à tète de patère.
I MS NOCES DE PSYCHÉ ET DE E’AMOlK
Différentes scènes du roman d’Apulée occupent les voussures ou, si l’on veut, les pendentifs qui présentaient des espaces triangulaires. Là , sur un fond de ciel bleu , se déroule l’intrigue d’une des fables les plus ingénieuses et les plus charmantes de l’antiquité. On y voit d’abord Vénus qui ordonne à son fils de lancer un trait à Psyché, dont la déesse veut tirer vengeance. Le peintre a supposé Psyché en dehors du tableau. La figure de Vénus reparaît plusieurs fois dans b* cours de ce poëme à fresque, gracieuse, d’une morbidesse agréable, et belle de formes à la fois naturelles et choisies; l’Amour prend un de ses dards el va obéir à sa mère; mais, en apercevant Psyché, il en devient épris, et sa main s’arrête avant de frapper. Viennent ensuite les trois Grâces auxquelles l’Amour fait remarquer la beauté divine de Psyché ; les trois nuances du tempérament de la
ROME
femme sont caractérisées, chez les filles de Vénus, par des cheveux noirs, châtains et blonds. L’une d’elles, vue de dos, est peinte entièrement, dit-on, de la main de Raphaël. Modelé suave, contours élégants! Dans le cadre suivant, Vénus paraît se plaindre à Junon et à Gérés qui avaient pris intérêt à Psyché , et plaidaient en souriant la cause de Cupidon. La mère jalouse leur montre un visage irrité, et retenant d’une main son voile flottant, qu’elle fixe de l’autre à sa ceinture, elle forme, par son expression et la beauté de sa colère, un contraste piquant avec les déesses (h1 la terre et du ciel. La voici qui monte sur son char tiré par deux colombes, et qui va demander à Jupiter la faveur de découvrir l’asile de Psyché et la permission de la punir. Légère et debout, séduisante sous le voile rose qui encadre ses épaules, la Vénus de cette fresque est une des plus belles figures de toute la galerie. Mais, arrivée devant le père des dieux, la mère de l’Amour prend une attitude suppliante; elle emploie ses plus doux regards, son sourire le plus caressant, et parvient à toucher le vieux Jupiter, père vénérable dont les cheveux ont blanchi dans le long gouvernement de l’Olympe. Vénus a vaincu : un édit du maître des dieux promet les dons de Vénus à qui retrouvera Psyché et révélera le secret de sa retraite; aussi voyons-nous paraître le messager du ciel, Mercure, qui, une trompette à la main et les ailes aux talons, fend les airs et va publier dans le monde entier la volonté suprême. G’est le sujet du sixième tableau, composé, il est vrai, d’une seule figure, mais d’une figure qui remplit tout l’espace triangulaire du cadre par son mouvement, sa draperie volante, ses bras étendus et ses membres puissants, plus légers néanmoins que les nuages. Cependant Psyché, portée par deux Amours, tient la boîte de vermillon que Proserpine lui a donnée au fond des Enfers, et, les yeux baissés, adorable de naïveté et de jeunesse, elle se dispose à remplir les derniers ordres de sa cruelle persécutrice. Le huitième tableau représente Psyché offrant à Vénus la boîte où est renfermé le fard qui renouvelle la beauté. Humblement inclinée devant la déesse, qui s’étonne qu’une mortelle ait pu descendre aux Enfers et en revenir, l’amante de Cupidon subit en tremblant sa dernière épreuve, et ne paraît que jolie en présence de la radieuse beauté de Vénus. Mais il faut s’arrêter à la neuvième fresque, la (dus vantée, la plus digne de l’être, celle où l’Amour implore Jupiter et lui demande sa protection. La puissance et l’ingénuité, la majesté cl la grâce se marient à merveille dans ce groupe fameux. En donnant un paternel baiser à l’Amour, le vieux roi de l’Olympe semble lui dire : «Mon fils, quoique tu m’aies souvenl blessé, moi qui règle les éléments et le cours des astres, quoique lu m’aies inspiré [tour bien des mortelles des passions qui m’ont fait diffamer parmi les hommes et m’ont forcé de prendre les formes de tant d’animaux, je ne puis oublier que tu as été élevé dans mes bras, et je n’écouterai que ma bonté ordinaire.» Enfin dans la dixième fresque, Raphaël a peint Mercure conduisant
LA F ARN LSI N L.
Psyché dans les cieux. La jeune lille, légèrement velue , les bras croisés, conserve un air de candeur; mais sa physionomie est celle d’une créature aimable, et ua pas encore le grand caractère d’une beauté divine.
Tels sont les dix tableaux de la fable de Psyché, auxquels servent de ■couronnement les tapisseries? peintes du plafond, c’est-à-dire le Conseil des dieux, et le Festin des noces. Tout ici respire l’amour, et l’on ne sera pas étonné d’apprendre que le grand peintre était amoureux lui-mème lorsqu’il peignit les divers épisodes de ce poème ingénieux et délicat. Vasari nous raconte que Raphaël, dans le temps