LES PENDUS
sombre et poétique Rembrandt, le suave Murillo, l’élégant Van Dyck, le profond Albert Durer, le naïf et pénétrant Ilolbein. Ces portraits sont tous d’une conservation parfaite et la plupart sont originaux et admirables. Dans le nombre, il nous souvient d’avoir longtemps regardé les deux Enfants de Charles-Quint par Titien, enfants pleins de vie et de fraîcheur, dont l’un tient une épée aussi haute que sa personne, ensuite un portrait de Rembrandt par lui-même ; le cardinal Albert de brandebourg, peint par Albert Durer, et enfin les portraits de Martin Luther et de sa femme par Ilolbein, portraits où transpire la vie de l’âme. La septième chambre renferme aussi de beaux ouvrages : trois peintures exquises et vraiment angéliques du bienheureux Angelico da Fiesole , un chef-d’œuvre de Luca Giordano , Jésus dans le temple, un tableau coloré d’une façon magique, le Saint Sébastien de Rubens, et
ROME
par-dessus tout une J ierge de Murillo. Cette Vierge n’est pas divine sans doute; elle n’a pas la beauté pure , la noblesse idéale des Madones de Raphaël , mais elle est douce, tendre et touchante comme une mère. Le peintre chrétien a pris pour modèle une lille pauvre, un enfant du peuple, et les regardant avec les yeux de la dévotion, de l’amour, de la foi, il en a fait la Vierge Marie et l’enfant Dieu. Inspirés par le naturalisme, l’école espagnole et son plus grand maître, Rarthélemy Murillo, n’ont jamais pu s’élever au-dessus d’une certaine trivialité de formes et de types; mais, en revanche, ils ont relevé, par la grandeur apparente de l’âme, ce qu’aurait eu de choquant la vulgarité du corps. Fidèles au génie du christianisme, ils n’ont pas cru nécessaire de rechercher la beauté des visages, et ils ont pensé les ennoblir suffisamment en y faisant rayonner la flamme intérieure, l’esprit de Dieu.
C’est un artiste français, Valentin, celui que les Italiens appellent encore aujourd’hui Mousu 1 a! cuti no , qui a peint le Reniement de saint Pierre, qu’on admire dans la huitième chambre du palais Corsini. Expressif, vigoureux, mais clair et blond, ce tableau peut passer pour le meilleur morceau du maître; il ne s’y trouve, en effet, aucun des défauts qu’il avait contractés dans l’imitation du Caravage, ni dureté dans les ombres, ni dureté dans les contours. La neuvième chambre est ornée d’une statue à mi-corps de Clément XII, ouvrage du Bernin. On n’en peut sortir sans avoir vu de près deux batailles de Salvator, d’une exécution finie, contrastant avec deux autres dont la peinture est fougueuse et strapassée; et deux tableaux faits pour surprendre les amateurs, une Adoration des mages et une Adoration des bergers, par Pierre de Laër. Cet excellent peintre, si connu par ses coups de pistolet, ses tableaux de voleurs, ses bambochades, a traité ses deux Adorations avec un talent rare, dans lequel il semble avoir fondu les réminiscences de plusieurs maîtres. Les anges y sont peints, qui le croirait? dans le goût du Dominiquin, les soldats sont touchés comme ceux de Salvator, les animaux rappellent la finesse de Karel Dujardin, et le tout ensemble est coloré comme un Rembrandt.
Telles sont , parmi les cinq cent trente peintures de la galerie Corsini , celles qui nous ont paru les plus belles, les plus dignes des honneurs de la description et de la gravure. Il y faut ajouter encore un tableau qui représente deux personnages mystérieux et se tenant embrassés; on raconte que ce tableau faillit coûter la vie à son auteur, l’illustre Giorgiou, le plus passionné des peintres amoureux.
Le palais Corsini méritait , on le voit , d’être rangé au nombre des plus magnifiques et des plus riches de Rome. On peut, du reste, en le visitant, se faire une juste idée de ce que sont en général les palais des princes romains. Si quelques-uns seulement sont admirables par la beauté de leur architecture, tons sont imposants par leur masse, leurs dimensions énormes, leurs chambres, qu’on dirait faites pour le logement d’une armée. Ordinairement la façade donne sur la rue, et un pesant