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GALERIE C ORSINI

portail conduit a un corti/e , c est— à— dire a une cour entourée de portiques ouverts, et qui est comme le centre du palais. La, par une étrange mésalliance, sont mêlées

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les splendeurs de L orgueil et les images de la bassesse. Il n’est que trop commun d’y voir les plus précieux marbres souillés par des saletés immondes. Le pins souvent , quand le visiteur monte les gigantesques degrés de ces palais immenses, il ne

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rencontre aucune figure humaine, il n’entend aucun bruit, il croit parcourir les demeures désertes d’une ville éteinte. Dans l’antichambre, c’est-à-dire dans un vaste vestibule dont le pavé ressemble parfois à celui d’un corps de garde, et dont les murailles sont décorées de tapisseries fanées et en lambeaux, l’étranger est tout surpris de voir s’élever un trône surmonté d’un dais de velours cramoisi et brodé d’or, aux armes de la famille, et il est encore plus étonné de voir à l’ombre de ce trône un palefrenier qui cire les souliers d’un cardinal ou brosse les habits du prince. Nulle part on ne verrait de plus singulières disparates. A côté d’une statue antique du plus grand prix sur le piédestal d’un bronze merveilleux, vous verriez parfois un chandelier de cuivre, une lampe à nettoyer, un vaste parapluie dans sa gaine, une perruque! Et cependant, il faut le dire, ces familiarités, si choquantes qu’elles soient, n’enlèvent pas aux palais romains leur inaltérable grandeur, leur air d’indélébile majesté. Après la salle du Trône, s’ouvrent en enfilade des appartements d’une telle dimension , que c’est à peine si deux hommes, parlant très-haut, pourraient s’entendre d’un bout à l’autre de la pièce. Ces appartements somptueux, dans lesquels toutefois reparaissent de temps à autre les indices d’une incroyable misère, sont destinés à l’exposition des tableaux, statues, bas-reliefs, mosaïques et autres objets d’art. Quand on a terminé la longue visite de ces interminables galeries, le cicerone du palais, ou, comme on dit à Rome, le custode, reçoit sans la moindre vergogne la pièce d’argent que lui donnent les étrangers, i foresticri. Ensuite, il faut sortir, à moins qu’on n’ait la curiosité et la permission de visiter les étages supérieurs du palais, et d’entrer dans les chambres misérables où vivent souvent des princes ruinés, qui, pauvres possesseurs d’une fortune inaliénable, cachent, dans l’obscurité d’une misère aux dehors pompeux, les plus grandes illustrations de Rome moderne, les noms les plus retentissants de l’Église.

La noblesse de la famille Barberini date de

I exaltation du cardinal MafFeo Barberini , qui fut pape sous le nom d’Urbain \ 111 , et c’est au commencement du xvn® siècle, sous son pontilicat, que fut construit le palais que nous allons visiter.

II est situé rue des Ouatre -Fontaines , sur 1 emplacement du cirque de Flora, fameux par les fêtes qu’on célébrait la nuit aux flambeaux en l’honneur de cette courtisane. Charles Moderne avait commencé ce palais, Borromini , son élève, le continua, et le Bernin en lit la façade, composée

de deux pavillons en saillie et d’un arrière-corps. Les pavillons, décorés de colonnes doriques et ioniques, et de pilastres corinthiens, sont ornés toutefois avec discrétion, de manière à laisser triompher le corps du milieu qui présente trois ordres superposés : au rez-de-chaussée un portique à colonnes doriques régnant dans

ROME

toute la longueur ; au premier étage , de vastes fenêtres en arcades dont les espacements sont à colonnes ioniques engagées; aux second et troisième étages, des pilastres corinthiens accouplés et une corniche élégante. Dans les alètes, au bord des trumeaux, sont sculptées des abeilles, emblèmes de la maison Barberini. Le portique d’en bas offre une singularité d’architecture dont il y a d’autres exemples dans les édifices construits par Borromini et le Bernin : les arcades vont en se rétrécissant, et forment une perspective factice qui vient s’ajouter à l’effet de la perspective naturelle.

Deux escaliers conduisent à la galerie publique des tableaux, composée de deux chambres, et aux appartements privés de la famille, où il est extrêmement difficile d’être admis. L’un des escaliers est à limaçon, à colonnes jumelles , semblable à celui tpic Bramante éleva dans le Vatican, et il est célèbre par la coupe savante et ingénieuse de ses pierres. Les degrés en sont si larges qu’on est souvent obligé de faire deux pas sur la même marche, et ils sont si bas et si doux qu’on les pourrait monter à cheval. Le prince Barberini a fait deux parts des richesses qu’il possède en tableaux et objets d’art, et il faut dire qu’il s’est réservé la meilleure. Celle qu’on laisse voir au public, placée au rez-de-chaussée, contient cependant des morceaux du plus grand prix, et pour citer tout de suite le plus fameux, la Fornarina de Raphaël. Il existe deux portraits, peints par Raphaël, de cette femme qui , pour avoir été l’objet de son amour, partage l’immortalité du plus grand des peintres. Le premier est dans la tribune de la galerie de Florence, le second est ici. La maîtresse de Raphaël est représentée à mi-corps, assise dans un bosquet de myrtes et de lauriers, la gorge et les bras nus, comme si elle sortait du bain. Un turban à raies jaunes encadre gracieusement sa tète et prête de la distinction et du charme à sa physionomie, qui n’est d’ailleurs ni très-fine ni très-animée. Sa main droite est posée sur son sein et y retient un voile transparent; une draperie pourpre couvre ses genoux , sur lesquels est posé son liras gauche. Ce bras est orné d’un bracelet d’or sur lequel on lit : Raphaël Vrbinas. La Fornarina, à en juger par ce portrait, était une Romaine aux belles épaules, aux formes robustes, à l’air majestueux et lier, comme on en voit encore dans les rues de Rome. Ses yeux noirs brillaient d’un vif éclat. Fille du peuple , il faut croire qu’elle était capable de s’élever à de nobles pensées et que l’amour d’un grand homme avait développé en elle des grâces latentes et des facultés naturelles — Mais quelle était cette Fornarina dont le nom est à jamais inséparable de celui de Raphaël? C’est ce que l’histoire n’a point encore éclairci. S’il faut eu croire Missirini, la Fornarina était la fdle d’un fabricant de soda, qui demeurait près de Sainte-Cécile dans le Transtevère. On montre aujourd’hui dans la rue Dorothée, n° 20, une maison aux fenêtres de briques qui passe pour avoir été celle de la Fornarina. A cette maison

GALERIE BARBERIjNI.

tenait un jardin où la jeune lille se promenait souvent, et dont les murs étaient si peu élevés, que du dehors on pouvait la voir. Attirés par sa réputation de beauté, les jeunes gens du voisinage, les artistes surtout, venaient épier les promenades de la Fornarina, et, se hissant sur la pointe des pieds, la suivaient des yeux par-dessus le mur. Raphaël, se trouvant un jour parmi eux, fut frappé de sa beauté et de sa grâce, d’autant plus qu’il la surprit au moment où elle baignait ses pieds dans une

fontaine jaillissante. Il se serait alors épris d’amour pour elle, et d’un amour si violent qu’il parvint à le lui faire partager. Puis découvrant en elle des qualités morales et une élévation d’âme qu’il ne s’attendait pas à trouver sans doute dans l’humble condition où elle était née, il s’y serait attaché de manière à ne pouvoir plus vivre sans elle. C’est ainsi qu’on raconte l’histoire de leur intimité.

A côté du portrait de la Fornarina, brille de tout l’éclat du coloris de Venise ce qu’on appelle l’Esclave du Titien. C’est une belle femme aux cheveux dorés, au

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costume riche, et qui porte une chaîne au bras; sa main droite est gantée; l’autre, potelée, blanche et ferme, est posée sur un appui de marbre. Il faut en convenir, le voisinage d’une telle peinture est redoutable pour tout le monde, même pour Raphaël. Viennent ensuite deux portraits connus par la célébrité des personnages qu’ils représentent, celui de Lucrezia Cenci, par Scipion Gaetano, et celui de Beatrix Cenci, parle Guide. Une sorte de dévotion s’attache, parmi les Romains, à l’image de Béatrix. On la trouve placée dans presque toutes les maisons, car on compte par milliers les copies qu’on a faites depuis deux siècles, de la peinture du Guide'. En comptant ce portrait, celui de la Fornarina et l’Esclave du Titien, les deux chambres où l’on admet le public ne renferment que vingt-deux tableaux, parmi

1. C'est une histoire bien tragique et bien mystérieuse que celle de Béatrix Cenci. Ravissante de jeunesse et de beauté, spirituelle autant que fière, elle eut le malheur de plaire à François Cenci, son père, homme lubrique, infâme et cruel, qui était la terreur de Rome et l’exécration de sa famille. Pour abuser de sa propre fdle, en présence même de Lucrèce , sa femme et belle-mère de Béatrix, ce père dénaturé employa les prières, les caresses, les menaces, les coups, la prison, et commit tant d’abominations que Béatrix et Lucrèce conçurent le projet de le tuer, et firent entrer dans leur conspiration F un des (ils de François, Giacomo Cenci, qui lui aussi avait son père en horreur, et un grand personnage nommé Guerra, qui, amoureux de Béatrix, voulait l’épouser. Un soir, les deux femmes firent boire de l’opium au vieillard, et, tandis qu’il dormait, elles le firent assassiner par deux de ses vassaux, Marzio et Olimpio; puis elles traînèrent le cadavre à travers une longue suite de chambres jusqu’à un jardin abandonné où elles le jetèrent. Peu de temps après, la justice ayant eu quelques soupçons, commença à informer. Guerra mit alors des bravi en campagne pour faire disparaître les témoins, c’est-à-dire les auteurs du meurtre. Un seul, Marzio, échappa aux bravi, fut arrêté à Naples et avoua tout. Mais lorsque, amené à Rome, il fut confronté avec Béatrix qu’on avait arrêtée, saisi tout à coup d’enthousiasme pour cette fille, il ne voulut plus rien avouer et mourut dans les tourments. Tout semblait fini, lorsque la justice de Naples mit la main sur le brigand qui avait, assassiné Olimpio, et en tira l’aveu de son crime. A cette nouvelle, Guerra prit la fuite, et Lucrèce, mise à la torture, confessa l’assassinat de Cenci; mais Béatrix subit courageusement . et sans dire un mot, les tourments de la corde, c’est-à-dire qu’on lui donna la question en la suspendant par les cheveux. Cependant, mise en présence de Giacomo et de Lucrèce qui la pressaient d’avouer, elle promit de dire la vérité , et la dit en effet. Le pape, ayant vu Pacte des aveux , ordonna que les coupables seraient attachés à la queue de chevaux indomptés et, ainsi mis à mort, Rome entière en frémit. Les cardinaux, les princes, les grands jurisconsultes, allèrent se jeter aux pieds du saint-père; toute la population romaine élevait la voix pour demander la grâce de Béatrix. qui eût été pardonnée, disait-on, si elle eût poignardé son père la première fois qu’il avait tenté ce crime. Clément VIII passa la nuit à lire les pièces du procès, et peut-être allait - il se laisser fléchir, lorsqu’on apprit que la marquise de Santa Croce venait d’être assassinée par son fils. A la nouvelle de cet autre parricide, le pape ordonna l’exécution. Lucrèce et Béatrix dormaient tranquillement lorsqu’on vint leur lire leur sentence de mort. La jeune fille poussa d’aboi d des cris de désespoir, puis se calma, lit son testament, légua son bien aux pauvres, et revêtit une robe de taffetas bleu, sans doute par allusion à sa pureté. Quand on la vit marcher à l’échafaud, voilée et garrottée, mais résignée, pudique et gracieuse, les larmes vinrent à tous les yeux. Lucrèce ayant été exécutée la première , Béatrix s’avançait pour recevoir la mort , lorsqu’un échafaud chargé de curieux s’écroula, et beaucoup de gens furent tués. S’adressant au bourreau , Béatrix lui dit, : Lie ce corps qui doit être châtié, et délie cette âme qui est immortelle. Puis elle passa rapidement la jambe sur la planche, évita que l’on vît ses épaules au moment où le voile lui fut ôté , posa le cou sous la hache et s’arrangea elle-même pour nôtre pas touchée par le bout rcau. Le coup fut longtemps à être porté , et personne ne pouvait s’expliquer cet affreux retard. En voici la cause. Le pape avait ordonné qu'il serait tiré un coup de canon au moment où Béatrix placerait sa tête sur la planche du supplice, et il s’était mis en prière à Monte Cavallo , en attendant ce signal. Dès qu’il entendit le coup de canon, il donna à la jeune tille l’absolution papale majeure, in articule mortis , et ce fut pour lui laisser le leinps de la prononcer, que le bourreau suspendit quelques instants l’exécution de Béatrix. Giacomo Cenci mourut d’une mort atroce; il fut assommé sur l’échafaud. Le soir, le corps de la jeune fille (elle avait seize ans) fut recouvert de ses habits, couronné de Heurs et porté à Saint-Pierre in Monlorio, où on l’enterra devant la Transfiguration de Raphaël.

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