‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 126 sur 167 · GALERIE BAR BER INI · texte numérisé non relu

GALERIE BAR BER INI

pas désavouée; un rare tableau d’Albert Durer représentant Jésus au milieu des docteurs, peinture du fini le plus précieux et du sentiment le plus profond; enfin deux Bacchanales de l’Albane, qui sont peut-être ce qu’il a jamais fait de plus gracieux. Dans l’une, on voit des Bacchantes se jouant avec des Amours qui cueillent des fruits, et Silène sur son Ane, précédé de Nymphes et suivi de Faunes; dans l’autre,

lesquels nous avons particulièrement remarqué la Musique de Lanfranc , ligure inspirée, jouant de la harpe et accompagnée de deux enfants; une admirable petite Marine de Claude, ornée d’un temple antique runc Vierge du Sodoma et une Sainte Famille d’André del Sarto, si belle, si suave, si harmonieuse, que Raphaël ne l’eût

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une troupe d’enfants qui s’ébattent dans un bois délicieux, montent sur des chèvres et les lutinent. Mais un morceau vraiment exquis, c’est une Madone, avec saint Jérôme et saint Jean, par Francia. Le grand peintre de Bologne a mis là tout son savoir, toute la délicatesse de son pinceau, toute son âme.

Les visiteurs ne pénètrent qu’avec les plus hautes recommandations dans les fastueux salons du palais Barberini. Là sont rangés avec ordre cent quarante tableaux bien conservés et dont la plupart sont du plus grand mérite. Nous signalerons, comme nous ayant le plus frappé, un Francia composé de trois figures, tableau d’une beauté, d’une fraîcheur et d’une finesse inimaginables : c’est le dernier mot de l’art; un Crucifiement de Breugliel orné de mille figures bien dessinées et bien peintes; une Annonciation éblouissante de lumière, qui passe pour être de Rembrandt; et le portrait d’Henriette de France, par Van Dyck, le plus délicieux et le plus élégant qui soit sorti de son facile pinceau. C’est là aussi que se trouve le fameux plafond de Pietre de Cortone. Si on le considère au point de vue purement décoratif, il n’est pas de peinture plus étonnante. Le plafond est supposé percé à jour en cinq endroits, dont chacun forme le champ d’un tableau. Celui du milieu a pour sujet principal Je triomphe de la gloire des Barberini , dont les armes sont portées au ciel par les Vertus et diverses figures allégoriques. Intelligence merveilleuse du clair-obscur, vigueur et vaguesse d’une couleur qui enchante les yeux, dessin plein de faconde, et dont l’incorrection n’a rien de choquant, telles sont les qualités de cette grande machine, digne en effet- de son immense célébrité, et qui est certainement le plus prodigieux, le plus brillant et le dernier effort de la décadence italienne.

En descendant la rue du Quirinal, on trouve Le palais des ducs Rospigliosi; avant de leur appartenir, il fut successivement la propriété des Borghèse, des Bentivoglio et du cardinal Mazarin. Scipion Borghèse le fit bâtir par l’architecte Flaminio Ponzio , sur les ruines des thermes de Constantin. N’y eût-il dans ce palais que V Aurore du Guide , il vaudrait certainement la peine qu’on le visitât. Mais d’autres objets d’art ont encore le droit d’y appeler notre admiration, et d’abord, dans l’appartement du rez-de-chaussée, quatorze petites fresques antiques tirées des thermes de Constantin, et curieuses par leur antiquité meme, bien qu elles témoignent de la décadence de l’art païen ; ensuite un grand bassin rond de vert antique posé sur un pied de porphyre, morceau unique dans son espèce, un buste de Scipion l’Africain, en basalte, et une belle statue de Diane, trouvée dans l’emplacement même du palais.

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C’est dans un jardin planté d’orangers que s’élève le bâtiment où sont renfermées les plus précieuses peintures, bâtiment qui se compose d’un portique orné de pilastres corinthiens et de bas-reliefs antiques, et accompagné de deux pavillons en saillie. Les Anglais ont fait donner à ce jardin un nom singulier à entendre dans une ville italienne, le nom de Coffee-Iiouse (pavillon du Café), en mémoire du pape Lambertini, Benoît XIV, qui avait l’habitude d’y venir prendre son café, à l’ombre des orangers. La première pièce dans laquelle on entre est précisément celle dont le plafond est peint par le Guide. Ce peintre charmant, j’allais dire ce grand peintre, y a représenté l’Aurore. Aucun sujet ne pouvait être plus heureusement adapté à son génie gracieux; aussi peut-on regarderie plafond du palais Rospigliosi comme son chef-d’œuvre.

La composition devant avoir la forme d’une frise, l’artiste en a profité pour peindre en un seul tableau les trois parties de son lumineux poème : l’Auhe , l’Aurore et le Matin. L’Aube est figurée par un Cupidon ailé qui occupe le point le plus élevé du plafond et qui tient un flambeau brillant comme l’étoile du matin au point du jour; l’Aurore, par une femme élégamment drapée, mais dont le voile est écarté par le zéphyr, et qui sort du sein des nuages, en répandant des fleurs; le dieu du jour, enfin, par un Apollon qui, penché doucement sur les coursiers fougueux qui traînent son char, les guide, les contient et semble modérer leur ardeur, comme si la terre, qu’on aperçoit au loin, devait recevoir par degrés seulement les rayons éblouissants du soleil. Autour du char, marchent, en se donnant la main, les Heures, filles de Jupiter, caractérisées par des femmes qui ont toutes un air de famille, comme il convient à des sœurs, ainsi que l’a dit le poète.

Rien de mieux inventé, de plus gracieux, de plus légèrement peint que cette fresque, où l’observation de la nature est ennoblie par le sentiment de l’antique et relevée par une aimable intention de poésie. Les airs de tête ont de la beauté, sans avoir, il est vrai, beaucoup d’élévation; le Guide voulut toujours se distinguer par le soin de reproduire la beauté, surtout pour les têtes jeunes, dans lesquelles, au jugement de Mengs, il surpassa tous les autres maîtres; les nus sont fort bien exprimés, dessinés avec art, modelés avec tendresse; les draperies sont d’un beau style, et rappellent, d’assez loin, il est vrai, les admirables Danseuses de la vigne Borghèse. Doucement agitées par les premières haleines du jour, ces draperies recouvrent le nu sans le cacher, suivent la direction des parties en mouvement, ou la contrarient de manière à en fortifier encore l’indication. On a remarqué que l’Aurore aurait pu être plus svelte, plus jeune et moins chargée de vêtements. Cette Aurore, en effet, au lieu d’être naïve, délicate et légère, est une femme aux formes puissantes, plus avancée dans la vie que ne doit l’être une figure qui symbolise la naissance du jour; mais l’abondance des draperies qui l’enveloppent et dont elle va

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