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LA GALERIE ROSPIGLIOSI

se dégager, nous paraît au contraire exprimer avec bonheur l’épaisseur des ténèbres que percent les premières lueurs du matin, en même temps que leurs [dis majestueux remplissent à propos le vide de la composition en cet endroit. Quant aux chevaux pies qui emportent le char du Soleil, l’idée de les choisir ainsi est une idée purement pittoresque qui a pu séduire un praticien habile et jaloux de varier ses tons, mais il nous semble qu’un goût sévère eût condamné ces bigarrures, et eût recherché plutôt ici les beautés de la forme que les jeux agréables de la couleur. Maintenant faut-il reprocher au Guide d’avoir emprunté à un bas-relief antique, bien

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connu , celui des Danseuses , le mouvement de certaines figures et les motifs de leurs draperies? 11 faut, suivant nous, l’en féliciter. Ainsi, parmi les Heures, celle que l’on voit de face et qui est drapée de vert, est copiée de l’antique avec cet unique changement que la jambe droite est à découvert. 11 en est de même de la figure qui est vêtue de bleu , et qui tourne le dos au spectateur. Malheureusement les modifications imaginées par l’artiste moderne ne font que montrer f immense supériorité de l’art antique.

Dans la pièce où brille V Aurore du Guide, se développe une frise peinte d’un style male par Antoine Tempesta, le célèbre graveur, et représentant, d’un coté le Triomphe de l’Amour dans un char traîné par quatre chevaux blancs, de l’autre une Pompe triomphale , précédant un char attelé de deux éléphants et monté par

ROME

la Renommée et la Victoire , entre lesquelles il reste une place vide pour le triomphateur. Quatre paysages de Paul Br il , les Saisons, peintes au-dessus des croisées, complètent la décoration du salon de l’Aurore, avec deux statues antiques et un buste en bronze de Clément IX par le Rernin. Sur une table placée au milieu de la pièce, on a eu l’idée fort simple, mais fort ingénieuse, d’adapter une glace qui réfléchit la peinture du plafond, de sorte que le visiteur peut l’admirer tout à son aise, sans avoir à se tordre le cou et à maudire une coutume qui semble inventée pour le supplice des artistes et pour le tourment des spectateurs.

Les deux chambres qui sont à droite et à gauche du salon de l’Aurore , contiennent quelques morceaux de prix. Dans la première se trouvent une esquisse de Rubens : c’est le projet en petit de la Descente de croix qu’il peignit pour la confrérie des arquebusiers, et qui est aujourd’hui dans la cathédrale d’Anvers; un Samson, par Louis Carrache, et un excellent tableau du Dominiquin, Adam et Ève dans le paradis terrestre. Le premier homme s’appuie d’une main à l’arbre défendu , et présente les fruits à la première femme. Un riche paysage encadre ces deux figures. L’Eden est peuplé de toutes les espèces d’animaux : le chien, le cheval, le chameau, le singe, le lynx, la licorne, le porc-épic, le paon, le pigeon, le canard. Rien qu’elle soit de la jeunesse du Dominiquin, cette immense composition est remplie d’intérêt, et le grand paysagiste s’y fait déjà pressentir aussi bien que le peintre d’histoire. C’est ici que l’on voit le buste de Scipion l’Africain dont nous avons parlé plus haut. La tête, sans barbe et sans cheveux, est en basalte verdâtre, et le reste en bronze doré. Nous osons dire qu’il n’y a pas de plus beau buste antique dans Rome, même au Capitole. Winckelmann, qui admirait ce morceau, a élevé des doutes sur la question de savoir lequel des deux Scipion représente le buste du palais Rospigliosi ; mais il est maintenant certain que c’est Scipion l’aîné, parce qu’il a la même physionomie dans une peinture inédite d’Herculanum , où on le voit également sans cheveux et sans barbe , et aussi parce que le buste fut découvert à Liternum , près de Cumes, dans le lieu même où Scipion l’aîné avait sa maison de campagne.

La seconde chambre ne renferme que douze tableaux, si l’on considère comme un seul ouvrage la suite des douze apôtres avec Jésus-Christ, qui fut peinte en treize panneaux séparés, pour la famille Rospigliosi, par Rubens, durant son séjour à Rome. Une autre peinture du Dominiquin , le Triomphe de David , captive ici l’attention du visiteur, par la beauté des femmes juives qui accompagnent le triomphateur, les unes en dansant, les autres en jouant du triangle ou du tambour de basque. Mais quel est ce délicieux tableau, plein de grâce et d’amour, où se baignent des femmes dignes d’être aimées par un dieu? C’est la Léda du Corrége, Heureux celui qui put se métamorphoser en cygne pour jouer sur les bords de

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