L’ACADÉMIE DE SAINT-LUC
Le tableau a souffert; il est de l’époque où le peintre d’Urbin travaillait aux fresques des Chambres, dans le Vatican. Les figures, bien qu’un peu longues, sont dignes de Raphaël par leur simplicité noble et primitive, par leur sentiment, par leur douceur; on voit qu’il s’est transporté en esprit au commencement du christianisme , au temps où la foi faisait des miracles. Vis-à-vis du tableau de Saint Luc, était
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conservé, dans un petit coffre , le crâne de Raphaël, donné à l’Académie par Carie Maratte. Ayant obtenu du pape la permission d’ouvrir le cercueil de Raphaël, déposé au Panthéon , Maratte avait détaché le crâne et l’avait pieusement exposé à la vénération des artistes dans les salles mêmes de l’Académie où ce crâne était resté pendant plus d’uu siècle. Mais il faut croire que les recherches de Carie Maratte avaient été mal dirigées, et que la tête qu’il avait dérobée à la tombe n’était pas celle de Raphaël, puisqu’au mois de septembre 1833 on fit une nouvelle exhumation du cercueil de ce grand homme, et que l’opération entourée des
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formalités les plus solennelles, fit découvrir, à n’en pas clouter, le véritable cercueil qui renfermait sa dépouille.
On ne compte guère plus de cinquante tableaux dans la petite galerie de l’Académie de Saint- Luc, mais, en général, ils sont bien choisis, et l’on peut regarder comme excellents ceux que nous venons de citer, auxquels il faut ajouter une Annonciation aux bergers, de Léandre Bassan, deux morceaux d’architecture, par Jean-Paul Pannini , deux paysages de Salvator Posa, accidentés de roches sinistres et pleines de soldats, et la Vanité du Titien, représentée sous la figure d’une courtisane une, couchée sur un lit et s’enivrant de parfums qui brûlent à ses pieds, dans un vase d’or.
Ce n’est pas tout : l’Académie possède encore une fresque de Raphaël , attachée à la muraille et mise sous verre : c’est une figure d’enfant, elle est admirable et de la meilleure manière du maître. A ces richesses il faut ajouter une double rangée de portraits qui sont ceux des membres de la docte Académie, et dont le nombre s’élève à près de trois cents. Quelques-uns de ces portraits sont en marbre , et tous ont été donnés par les artistes eux-mêmes. Deux fameux sculpteurs, Thorwaldsen et Canova, furent membres de l’Académie de Saint-Luc, et Canova en fut le président perpétuel. Sa statue, qui décore la galerie, rappelle un trait qui honore ce grand artiste. Le statuaire espagnol Alvarès, privé de ressources pendant l’occupation de Madrid par les Français, avait offert de vendre des sculptures au vice-roi d’Italie. Consulté secrètement sur le mérite de l’artiste espagnol, Canova répondit : « Les ouvrages d’ Alvarès restent à vendre dans son atelier, parce qu’ils 11e sont pas dans le mien. » Informé plus tard de ce généreux procédé et digne de le sentir, dit M. Valéry, à qui nous devons cette anecdote , Alvarès obtint de l’Académie de Saint-Luc d’exécuter gratuitement la statue qu’elle avait décernée à Canova.
Vincent Camugcini était le plus renommé des artistes romains à la fin du siècle dernier et au commencement du xixe. Sa réputation comme peintre, en Italie du moins, égalait presque celle de Canova comme statuaire. Né d’une famille aisée , il avait pu se livrer exclusivement à l’étude de son art , et aussitôt il avait été entraîné par ce grand mouvement de réaction , en faveur de l’antique, dont Winckelmann avait donné le signal. A la lueur du flambeau qu’avait allumé ce célèbre antiquaire , toute l’Europe s’étant mise à la recherche des principes et des ouvrages de l’art grec , David venait d’opérer en France une révolution en peinture, et, chose étrange! cette révolution il l’avait imposée à l’Italie , de sorte que, pour la première fois, le pays d’où les grandes notions de l’art nous étaient venues, les recevait de nous à son tour. Camuccini
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ne fut à vrai «lire qu’un imitateur de David, et on aurait pu le croire un des élèves de ce maître , en voyant ses premiers ouvrages , le Meurtre de César et la Mort de Virginie, qu’il peignit dans de grandes dimensions pour le lord Bristol. «Tout ce qui constitue la correction, dans la rigueur du mot, dit Schlegel , doit lui être accordé au plus haut degré.» Camuccini , en effet, posséda toutes les qualités que peut donner l’application : dessin sévère, connaissance approfondie du costume, talent de grouper les figures et de les draper; mais les facultés natives du peintre lui manquèrent. Il fut théâtral, au lieu d’être expressif; sa correction eut quelque chose de pédantesque et de froid ; ses draperies sentaient le mannequin el ses figures témoignèrent plutôt d’une érudition académique que d’une véritable inspiration. Quoi qu’il en soit, il était considéré parmi les Romains comme le régénérateur de leur école, et, il faut le dire, ses dessins, ses cartons, sont d’un maître. Il dominait à l’Académie de Saint -Luc, et le pape l’avait nommé peintre de l’église de Saint-Pierre, inspecteur des tableaux de Rome et restaurateur des anciennes peintures. Lorsque les victoires de l’armée d’Italie enlevèrent la Mise au tombeau si énergique de Michel -Ange de Caravage , Camuccini en fit une admirable copie dans l’espace de vingt-sept jours.
Mais ce n’est pas la biographie de cet artiste que nous voulons écrire, c’est seulement de ses tableaux que nous devons parler. Réunie à grands frais, la galerie Camuccini ne compte pas moins de soixante-quatorze toiles; elle est la plus considérable et la plus précieuse des collections privées, car celles des princes romains peuvent s’appeler publiques. N’y eût-il que les deux Raphaël qui s’y trouvent, il serait impossible de la passer sous silence. Le plus beau de ces tableaux «lu peintre d’Urbin, le plus célèbre est la Vierge à l'œillet. Le grand maître était fort jeune lorsqu’il la peignit pour Madalena degli Oddi, religieuse dans un couvent de Pérouse, la même qui lui fit faire, en 1503, l’Assomption placée dans l’église des moines mineurs de cette ville. Délicate, naïve et charmante, la Vierge à l’œillet appartient au premier style de Raphaël et en a toute la grâce. Il est vraisemblable qu’elle fut peinte un peu antérieurement à la Belle Jardinière. La famille Oddi conserva pendant plus d’un siècle ce rare morceau. En 1636, un seigneur français l’acheta des héritiers de cette famille et le transporta en France, où il fut cédé au chevalier Vincent Camuccini «pii le restitua à l’Italie en le plaçant dans sa propre collection. 11 en existe d’anciennes copies , dont les deux plus connues et les meilleures sont également à Rome: l’une se trouve au palais Albani , l’autre dans la galerie Torlonia.
M. Quatremèrc de Quincy constate qu’il existe encore un autre tableau de la main de Raphaël chez M. Camuccini , et, en effet, nous y avons vu une Sainte Catherine qui nous a paru authentique, mais qui est un ouvrage de la toute