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LA COLLECTION CAMUCCINI

première jeunesse du peintre d’Urbin. Il est des juges éclairés et habiles qui pensent que Raphaël est supérieur à son maure quand il suit la manière purement

LA VI E P. t; E A L’ DE I L L E T

péruginesque , tandis qu’il lui est inférieur, au contraire, quand il s’en éloigne. Sans aller aussi loin , et sans nier que le génie de Raphaël se soit fortifié , agrandi , et majestueusement développé dans la seconde période de sa vie, nous sommes forcé de convenir que les œuvres de son adolescence exhalent un parfum exquis

ROME

d’ingénuité et de douceur, qu il s’y trouve une virginité de sentiment, une fleur d’élégance, une tendresse d’expression, qui ont pu justifier les préférences des âmes les plus sensibles à la poésie.

11 est remarquable que les copies des tableaux de Raphaël ont un très-grand prix , lorsqu’elles ont été faites sous ses yeux par ses élèves. Il y a tant de beautés dans ses ouvrages , et de beautés essentielles , qu’il en reste toujours assez pour charmer les yeux et le cœur, même dans une reproduction affaiblie. Le dur pinceau de Jules Romain et sa couleur mal broyée n’empêchent point qu’on n’attache beaucoup de valeur à la copie que nous voyons ici de la fameuse Vierge du musée de Naples , peinte par Raphaël pour Lionello Pio di Carpi , seigneur d’Amendola. Du reste , les tableaux d’un maître copiés par un autre maître présentent toujours quelque intérêt, surtout quand c’est un copiste illustre qui trahit la vigueur de son originalité par l’impuissance même de ses imitations. La famille Barberini, que le Poussin honora de son amitié, a longtemps possédé la copie qu’il lit de sa main, d’une des fresques les plus fameuses du Vatican, la Délivrance de saint Pierre. Nous 11e savons comment cette copie est passée dans la collection Camuccini, mais ce qui est certain, c’est qu’on y trouve cette touche d’un maître dont la personnalité n’a pu s’absorber entièrement en présence d’un autre , et (pii était plus capable d’interpréter un grand homme que de l’imiter.

Mais pourquoi s’arrêter à des répétitions ou à des copies, quand nous pouvons admirer ici, dans toute leur force, des originaux de premier ordre, tels que les Dieux sur lu terre ? Deux grands maîtres ont travaillé à cette peinture merveilleuse, Jean Bellin et Titien de Cadore. Il est peu de tableaux, même à Rome, qui fassent une impression plus vive. La grande scène qui en est l’objet se passe au milieu d’un pays dont les beaux arbres, la végétation abondante et primitive, rappellent la patrie des demi-dieux, la terre de Saturne et de Rhée, les délicieuses contrées de l’âge d’or. Dix-sept figures se meuvent dans ce paysage agreste et enchanté tout ensemble, sous de grands arbres dont le feuillage intercepte une lumière éblouissante. On y voit auprès de son âne le vieux Silène à moitié ivre , qui porte suspendue à son coté une gourde pleine encore des libations futures. Tous les dieux, descendus sur la terre pour en goûter les fruits, se livrent à une allégresse olympique. Jupiter boit à longs traits la divine liqueur que Bacchus enfant lui a fait couler dans un vase d’or; le dieu Pan fait entendre sa flûte à sept tuyaux; Vénus inspire l’amour aux dieux et leur promet la volupté ; Mercure , assis , se repose de ses fatigues ; Neptune oublie un moment l’empire des mers; tous les grands dieux s’enivrent «le joie et s’abandonnent à la folie des passions humaines. Mais un pareil tableau ne se peut décrire. Aucune plume, aucun burin 11e sauraient produire une coloration aussi généreuse , une aussi chaude lumière , une scène aussi pittoresque , aussi

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