‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 137 sur 167 · SAINTE-MARIE SUR MINERVE · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE SUR MINERVE

’est une des merveilles du monde que Saint-Pierre de Piomc , et peut-être la plus étonnante. Nulle part il n’existe rien de pareil, non-seulement dans la réalité , mais dans les fictions des conteurs de l’Orient, dans les descriptions imaginaires des poètes. Immensité , magnificence, richesse, proportions exquises, aspect imposant et majestueux, tout s’y trouve réuni. Les arts ont épuisé là leurs inventions et leurs ressources; les plus grands hommes y ont épuisé quarante papes y ont épuisé leurs trésors.

Jfè L’église de Saint-Pierre est située dans le quartier du Transtevère ,

y < c’est-à-dire au delà du Tibre, auprès du mont Vatican, sur l’emplacement même du cirque de Néron, à l’endroit où des milliers de chrétiens reçurent la mort. Constantin le Grand passe pour avoir fondé , au commencement du ive siècle ,

F leur génie

ROME

la première basilique de Saint-Pierre. Elle était à cinq nefs et à cinq portes, et précédée par une petite place carrée , autour de laquelle régnait un portique de quarante colonnes enlevées aux temples païens. Vers le milieu du xve siècle, ce vaste édifice , qui était de moitié moins grand que l’église actuelle , ayant paru menacer ruine, le pape Nicolas V, homme de génie, digne précurseur de Léon X, conçut le projet de reconstruire Saint-Pierre. Sans toucher encore à l’ancienne basilique , i! lit démolir le temple de Probus qui était derrière le chevet , et commencer une nouvelle tribune, plus spacieuse et plus noble. Les travaux furent conduits par Bernard Rosellini et par ce Léon-Baptiste Alberti , le plus célèbre architecte de son temps, et qu’on appelait le Vitruve moderne; mais à la mort de Nicolas, survenue en 1433, ses plans furent abandonnés, et à l’exception de Paul 11, qui dépensa cinq cent mille écris à poursuivre les constructions de ces deux architectes , aucun pape ne s’en occupa jusqu’à l’avénement de Jules IL

11 appartenait à un si grand homme de jeter les fondements du plus bel édifice qui fut jamais. Habile à découvrir le génie, il préféra le Bramante à tous les autres architectes italiens, et il le chargea de bâtir un nouveau Saint-Pierre, en attendant le moment d’appeler à Rome les plus illustres artistes de la Renaissance, Michel-Ange et Raphaël. Le Bramante se hâta de démolir l’ancienne basilique, et pour répondre à l’impatience du pape, il poussa les travaux avec une précipitation qui en compromit la solidité , au point que ses successeurs durent fortifier les fondements de l’église et les piliers destinés à soutenir la coupole. Son plan , que Raphaël a fait connaître à la postérité , consistait en une croix latine divisée en trois nefs, avec coupole dans le milieu. Or, à travers d’innombrables variations, c’est encore celui (pii a prévalu. Julien de San G allô , le peintre Raphël , Fra Giocondo, Balthasar Peruzzi , Antoine de San Gallo, Michel-Ange , Vignole , Jacques de La Porte , Fontana , Charles Maderne et le Bernin furent successivement les architectes de Saint-Pierre , et Paul V, Borghèse , élu au commencement du xviie siècle, eut la gloire de terminer cet incomparable monument, qu’on mit plus d’un siècle à élever, et qui a dévoré, le croirait-on? sept cent trente millions de notre monnaie.

Lorsqu’on arrive à Saint-Pierre, après avoir traversé des rues misérables, dégradées et tristes , on est saisi par le plus éclatant des contrastes. La superbe colonnade du Bernin se déploie aux yeux étonnés et fait une impression qui laisse une longue trace dans les souvenirs. Sans doute la façade, bien que les proportions en soient colossales, ne produit pas tout l’effet auquel on devait s’attendre, parce qu’elle est coupée par des ressauts, chargée de détails et morcelée en petites parties. Michel-Ange, en donnant a l’église la forme d’une croix grecque, avait prévu que

L’EGLISE SAINT-PIERRE

la façade, moins éloignée de la coupole, en laisserait mieux dominer la grandeur. Charles Maderne , en préférant la croix latine, a diminué ce qu’il y aurait eu d’imposant dans le premier aspect de Saint-Pierre; mais les regards ne se reportent qu’avec plus d’avidité sur la place, une des plus belles de l’univers. On dirait une

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