‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 138 sur 167 · SAINT-PIERRE. VIE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE. VIE EXTÉRIEURE

épaisse forêt de colonnes, mais une forêt régulière, majestueusement rangée en deux vastes courbes qui paraissent demi-circulaires, quoiqu’elles forment un ovale de deux cents mètres de long dans son plus grand diamètre. Au milieu de l’ellipse s’élève un obélisque égyptien , d’un seul morceau de granit oriental , sans hiéroglyphes ; c’est celui que Caligula avait fait transporter à Rome , et que Sixte-Quint fit placer ici, comme à P avant-scène de Saint-Pierre, par les soins de

ROME

Dominique Fontana, au moyen d’appareils inventés pour la circonstance, et célèbres dans l’histoire de la mécanique. A droite et à gauche de l’ obélisque, jaillissent deux nobles fontaines dont les eaux abondantes et limpides brillent, au soleil, de toutes les couleurs du prisme et retombent dans un double bassin de granit. Les deux portiques qui dessinent l’ovale de la place se composent chacun de quatre rangées de colonnes doriques, formant trois routes; celle du milieu, la plus spacieuse, est assez large pour laisser passer les carrosses des cardinaux. Sur l’entablement ionique , porté par ces colonnades, et orné de balustres, s’élèvent cent quatre-vingt-douze statues colossales, qui paraissent de dimension ordinaire à côté de l’immense monument dont elles décorent les avenues. A la suite de la place ovale s’ouvre une autre place en trapèze , qui précède la façade , au milieu de laquelle on remarque la loge pontificale destinée au couronnement public des papes. C’est du haut du balcon de cette loge que le saint-père donne, trois fois l’an, sa bénédiction Urbi et. orbi. On monte enfin, par un grand escalier de marbre, au vestibule de Saint-Pierre, portique de proportions gigantesques, reluisant d’or à la voûte, coloré de marbres précieux, orné de bas-reliefs, de mosaïques, et des deux statues équestres de Constantin et de Charlemagne , ouvrages assez mal réussis de Comachini et du cavalier Bernin. L’église a cinq portes d’entrée; l’une d’elles est murée et ne s’ouvre que tous les vingt-cinq ans, pour la cérémonie du jubilé; celle du milieu est toute en bronze, elle fut sculptée au xve siècle par Antoine Philarète et Simon Donatello.

Lorsqu’on entre dans Saint-Pierre, on n’en saisit pas, au premier aspect, l’étendue. Rien n’y paraît grand, parce que tout y est immense. La correspondance des parties est si parfaite , les proportions ont tant de justesse et d’harmonie que f’œil, manquant d’objet de comparaison, n’est pas averti tout d’abord de ta grandeur démesurée de l’édifice, de sorte qu’on éprouve, dès l’entrée, le singulier étonnement de n’ôtre pas étonné. Mais à mesure qu’on s’avance, les choses grandissent comme par enchantement, le monument s’élève, la nef s’allonge, les nains deviennent des colosses , les petits enfants qui soutiennent le bénitier et qu’on aurait crus de dimensions naturelles , prennent , quand on s’en approche , les proportions de véritables géants ; on reconnaît alors que les chapelles sont aussi vastes que certaines cathédrales et pourraient servir de métropoles à bien des villes. Ainsi l’idée de l’immensité de Saint-Pierre ne pénètre que lentement dans l’esprit; mais une fois l’impression reçue, on aime à connaître les dimensions de ce temple auguste, et l’on se plaît à les comparer avec celles des plus célèbres monuments de l’Europe. La longueur de Saint-Pierre , y compris les murs , est de deux cent vingt mètres ; sa largeur, de cent cinquante -cinq , c’est-à-dire que Notre-Dame de Paris a quatre-vingts mètres de moins en longueur et cent mètres de moins en largeur. Saint-Paul de Londres n’est pas plus long que Saint-Pierre de Rome n’est large; il

L’ÉGLISE S A I N T- P I E I U î E .

y a donc , sur la longueur, plus de soixante mètres de différence ; quant aux cathédrales de Strasbourg et de Milan, comptées parmi les plus vastes, elles ne sont pas même aussi grandes de moitié. La. hauteur du dôme, depuis le pavé jusqu’au sommet de la croix, est de cent quarante mètres. Elle écrase celui qui, d’en bas, lève les yeux pour la mesurer; elle fait frémir celui qui, d’en liant, plonge un regard dans cet abîme. On demeure confondu quand on songe que les tours de

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