L’EGLISE SAINTE-MARIE MAJEURE
J unon, ces colonnes soutiennent une frise en mosaïque représentant une longue guirlande de fleurs et un entablement d’un profil sévère. Au-dessus s’élève un second ordre de pilastres corinthiens, ornés de mosaïques du ve siècle. Le plafond, d’une rare magnificence, est comparti en caissons et en rosaces qui furent sculptés sur les dessins de Julien de San Gallo. On employa pour le dorer le premier or envoyé à Rome par le roi d'Espagne après la découverte de l’Amérique.
VUE l N T Ê R I E l U E I) E SAINTE - MARIE M A J E U R I
Dès l’entrée de la basilique, on aperçoit le maître autel entièrement isolé, sous un baldaquin soutenu par quatre colonnes de porphyre, entourées de palmes d’or en spirale , et sur lesquelles six anges de marbre tiennent avec grâce une couronne. Au fond de la tribune, c’est-à-dire de l’abside, partie ancienne et gothique du monument , on remarque des mosaïques de Gaddo Gaddi et de Mino da Tunita, artistes du xme siècle, qui ont représenté Jésus et Marie de proportion colossale. Mais ces mosaïques infiniment curieuses le sont peut-être moins encore que celles incrustées dans l’arc qui interrompt la nef du milieu. Celles-ci furent commandées, au ve siècle, par un pape d’une pauvreté évangélique, Sixte 111, l’ami de saint Augustin. Dans la croisée à droite , se trouve la chapelle de
ROME
Sixte-Quint, érigée par Dominique Fontana, qui est à elle seule une église, avec sa coupole, ses autels, sa confession, sa sacristie. La statue de T illustre pâtre de Montalte est entourée de quatre colonnes de vert antique et accompagnée de figures symboliques de marbre et de bas-reliefs. Vis-à-vis, sont les cendres de Pie V, renfermées dans une urne de vert antique. Au centre de la chapelle s’élève l’autel du Saint-Sacrement, dont le tabernacle est porté par quatre anges en bronze doré. Au-dessous se conserve une relique des plus vénérables : c’est une partie de la crèche qui fut le berceau de Jésus-Christ.
En rentrant dans la nef par le grand arc , que soutiennent deux superbes colonnes de granit oriental , on a devant soi la chapelle de Paul V, Borghèse , qui fait face à celle de Sixte-Quint, et n’a d’égale en magnificence que la chapelle Corsini à Saint-Jean de Latran. C’est là que l’on voit l’image que nous avons reproduite, de la Vierge tenant dans scs bras l’enfant Jésus , peinture que l’on attribue à saint Luc l’évangéliste, qui fut l’ami de l’apôtre saint Pierre. Ce curieux tableau est placé sur un fond de lapis-lazuli , entouré de pierres précieuses mêlées d’onyx et d’albâtre fleuri. Les colonnes sont en jaspe, les chapiteaux en bronze, et la frise est d’agate. On devine dans quel style sont les mausolées de Paul V et de Clément VIII, sculptés par le Bernin et son école; ils sont plus riches que beaux. En sortant par la porte qui est à côté de l’abside , on voit la seconde façade de l’église : elle est construite en travertin sur les dessins du chevalier Rainaldi, et forme une demi -tour ronde en saillie; tout l’édifice est couronné par une balustrade sur laquelle s’élèvent deux coupoles octogones. La place que domine cette façade est décorée d’un obélisque sans hiéroglyphes, tout pareil à celui du Quirinal. Apportées d’Egypte sous l’empereur Claude , ces deux aiguilles , qui gisaient à terre devant le mausolée d’Auguste , furent relevées par l’architecte Fontana sous le pontificat de Sixte-Quint.
'Italie est le seul pays, peut-être, où l’on trouve des artistes habiles dans tons les arts à Ja fois, et capables de s’illustrer par les œuvres les plus diverses. Rien de plus commun que de voir, à Rome, des monuments décorés de peintures ou de sculptures par l’architecte même qui les a construits. Aussi n’est-on pas étonné d’apprendre que l’élégant portique de Sainte-Marie de la Paix est l’ouvrage d’un peintre fameux par scs talents et par ses défauts, Pietre de Cortone.
Sixte IV, pour obtenir du ciel la paix de l’Italie, menacée par les armées '1 de Mahomet II, fit vœu d’élever une église à la Vierge, et c’est en
conséquence de ce vœu qu’il bâtit, en 1487, Sainte-Marie de la Paix, et lui donna ce’ beau nom. Baccio Pintelli en fut l’architecte; mais il ne put l’achever. Son plan était fort simple : il consistait en une seule nef terminée par une
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coupole octogone. Environ deux siècles plus tard, Alexandre VII, de la maison Chigi , dans des circonstances où il s’agissait également de ramener la paix entre les princes chrétiens, fit restaurer l’église fondée par Sixte IV, et confia la direction des travaux à Piètre de Cortone. Ee peintre, voulant donner à la façade un aspect pittoresque, y dessina deux ordres qui contrastent plutôt qu’ils ne s’harmonisent. Le premier est un portique demi-circulaire et en saillie , de colonnes doriques ; le second est un ordre composite assez tourmenté , dont les lignes contrarient celles de l’avant-corps, lequel a, du reste, un air tout à fait antique.
En ordonnant la restauration de Sainte-Marie de la Paix, le pape Alexandre VII se souvint sans doute que cette église avait été l’objet des prédilections de son aïeul Augustin Chigi; le visiteur sait aussi que c’est là, dans la première chapelle à droite, que se trouve une des plus belles peintures de Raphaël. En attendant que le custode vienne lever le rideau qui la recouvre, jetons un coup d’œil sur l’église dont la nef, un peu étroite, aboutit à un dôme du meilleur etfet. Au grand autel, entre quatre colonnes de vert antique, est enchâssée, sur un fond de jaspe noir, une des images de la Vierge qu’on attribue à saint Luc; aussi l’a-t-on ornée de pierres précieuses. A droite et à gauche, sous des arcades, s’ouvrent «les chapelles toutes décorées de tableaux relatifs à la vie de la Vierge : ici, par le Josépin et Carie Maratte; là, par Gentileschi et par le prince de l’école siennoise, Balthasar Peruzzi. Charles Maderne, qui, en qualité d’architecte, avait bâti le maître autel, l’a décoré, en qualité de sculpteur, de deux belles statues de marbre, la Justice et la Paix. L’Albane a peint la voûte et les pendentifs de la coupole.^ François Vannius, de Sienne, qui eut tant de sentiment et tant de grâce, fut aussi employé aux peintures placées sous la lumière du dôme : il a représenté la naissance de la Vierge dans la troisième chapelle, et le Florentin Morandi a peint, dans la quatrième, la mort de la Vierge dans ce ton rouge brique familier à son école.
Enfin , nous avons devant les yeux les Prophètes et les Sibylles. Nulle part le divin Sanzio n’a montré un génie plus grand, plus souple, plus facilement sublime. En dépit des difficultés que présentait l’espace ingrat et irrégulier qu’il avait à remplir, il a su développer sans effort des figures pleines de dignité dans leur geste et d’ampleur dans leur ajustement. Ici, du reste, nous n’avons à juger que la composition du maître, car non -seulement l’exécution des Prophètes fut confiée par lui à son élève Timoteo délia Vite , mais encore la peinture môme du collaborateur de Raphaël a été profondément altérée par les restaurations dont elle a été l’objet. Mais quelles nobles lignes, quel heureux jet de draperies, et surtout quelle justesse , quelle finesse de nuances dans le caractère donné à chaque prophète ! Quiconque a fait une étude approfondie des Ecritures reconnaîtrait sur-le-champ, rien qu’à sa physionomie morale, le jeune prophète Daniel. Le
L’ÉGLISE SAINTE-MARIE DE LA PAIX
peintre l’a représenté assis , tenant sur son genou une tablette et regardant celle que lui montre le roi David, debout à coté de lui, et revêtu de la robe pontificale. On lit sur la tablette de David : Je suis ressuscité et je suis encore /très de toi. Rien de plus beau que la figure de Daniel. Une inspiration divine éclaire son