L E P R O I* II K T E DANIEL ET LE ROI DAVID
regard. Un geste élégant, la grâce, le naturel et l’abondance de ses draperies, lui prêtent quelque chose d’auguste et démontrent qu’on pouvait, après Michel -Ange, trouver une autre façon de s’élever jusqu’au sublime. Toujours guidé par un sentiment de pondération et de gracieuse symétrie , Raphaël a dessiné de l’autre coté de la croisée le prophète Jouas, debout , les yeux levés vers le ciel; tout près
ROME
de lui le prophète Osée est assis et montre ces mots gravés sur une tablette : Dieu le réveillera au bout de deux jours , le troisième jour. Dans l’une et l’autre composition, on voit un ange placé derrière les prophètes, qui symbolise l’esprit de Dieu , et dans lequel se retrouve cette variété de nuances propre au génie de Raphaël.
Mais si la peinture des Prophètes trahit la faiblesse de l’élève qui l’exécuta et celle des artistes qui l’ont restaurée, en revanche, la fresque des Sibylles, bien qu’elle ait été légèrement retouchée, révèle la main du maître lui -même; aussi n’est- elle pas attristée par ces ombres noires, par ces tons durs ordinaires à Jules Romain, et qui ont si souvent calomnié le coloris clair et blond de Raphaël. Il faut désespérer de rencontrer jamais, dans le domaine entier de la peinture, des figures de femmes et des figures d’anges aussi bien groupées, plus gracieusement vêtues, plus belles de forme et de mouvement , plus élevées de style et cependant plus vivantes. Ici encore , le grand peintre a caractérisé avec une rare souplesse les différences de race et de génie qui devaient distinguer les Sibylles. Celle de Tibur, vue de profil à l’un des angles de la composition, conserve, en dépit de sa vieillesse, un air de majestueuse dignité ; les trois autres sont toutes brillantes de jeunesse et de santé ; ce sont : la Samienne, la Delpliique et la Sibylle de Cumes. Les deux premières, mollement appuyées sur le cintre de la chapelle , sont d’inimitables modèles de grâce et d’abandon, de morbidesse et de beauté. Pour trouver des draperies plus charmantes que ces draperies sous lesquelles frémit le nu , et qui pourtant le cachent avec tant de pudeur, il faudrait peut-être remonter jusqu’aux chefs-d’œuvre de la statuaire antique. Des messagers célestes, s’appuyant sur des tablettes ou tenant des parchemins déroulés sur lesquels sont gravées des inscriptions grecques, semblent enseigner aux Sibylles les mystères de la volonté de Dieu et leur apporter les oracles qu’elles doivent traduire aux humains. Les traditions à l’égard des Sibylles et de leurs prophéties sont, à la vérité, fort problématiques; en grande partie même , ce sont de pures fictions appartenant aux premiers temps du christianisme, que l’Eglise n’a ni adoptées ni repoussées. Mais, comme les poëtes, les peintres se sont toujours figuré les Sibylles comme des femmes agitées par les convulsions qui possédaient les antiques prêtresses, furore divinationis convulsæ , selon le mot de Cicéron. Mais le peintre d’Urbin a donné à ses Sibylles un air calme, des attitudes pleines de sérénité, et tout à fait conformes à la nature de leurs oracles, puisqu’elles avaient mission de prophétiser la venue du Rédempteur de l’humanité. En revenant au merveilleux talent déployé dans cette peinture par Raphaël , on doit la regarder comme un des chefs-d’œuvre de sa seconde manière. « C’est une chose surprenante, dit Missirini , que dans un espace aussi restreint et aussi peu régulier, cet esprit ingénieux ait su placer onze figures, dont quatre de grandeur
L’EGLISE SAINTE-MARIE DE LA PAIX
colossale , tellement bien ordonnées et séparées par des vides si bien ménagés, que l’œil s’y repose facilement, et, embrassant du premier coup tout l’ensemble, s’y attache avec un indicible plaisir. »
\ asari , qui ne put jamais se défendre d’une grande partialité pour Michel-Ange, son maître, et pour les Florentins, ses compatriotes, n’a pas manqué de dire que les Prophètes et les Sibylles de Sainte-Marie de la Paix étaient l’œuvre la plus parfaite de Raphaël, mais en ajoutant que, dans la conception de ces peintures, il avait tiré un grand secours de la vue des fresques de Michel -Ange à la chapelle