LE NUL VEAU B H AS
bonnet a la forme de la moitié d’un œuf, par allusion à la naissance des fils de Léda; un autre Dioscure, d’un plus beau travail, qui a les cheveux séparés sur le front comme son père Jupiter; le buste de Claude.
Les mosaïques du Nouveau Bras ont été rapportées de Tor Marancio ; on en reconnaît facilement les signes allégoriques, consistant, le plus souvent, dans des branches de vigne, des oiseaux, des Tritons ou des Faunes. Il en est une où l’on
LA P Ü I) I C n L
LA MINEPA E M I I) I C A
voit Ulysse bravant du haut des mâts les Sirènes , après avoir bouché les oreilles de ses compagnons ; parmi des débris de navires , la rugissante Scylla a saisi trois imprudents, et la Sirène Partliénope, au corps de femme et d’oiseau, chante en s’accompagnant de la lyre ; un petit Génie bat de sa verge un monstre sur le dos duquel il est monté, tandis qu’une Nymphe navigue sur un autre monstre marin, au bec d’aigle et aux cornes de taureau.
La mosaïque placée au milieu de l’abside représente la Nature sous les traits de Diane d’Éphèse , fécondant les plantes et les animaux. Elle vient de Poggio Mirteto dans la Sabine, où elle fut découverte eu 1801, et elle a été gravée par les soins de Visconti.
ROME. VATICAN
Un très-beau vase en basalte noir, qui occupe le centre clu Nouveau Bras, est enrichi d’anses doubles qui se rejoignent, de quatre masques bachiques et de deux tragiques, séparés par des thyrses ; au-dessus des masques s’arrondit en couronne une branche d’acanthe. Ce magnifique vase, couvert de peintures, est posé sur un piédestal rond de granit rouge; il fut jugé digne d’être transporté au Louvre.
Comme partout, les souvenirs champêtres et les aimables tableaux de la paix se mêlent aux tumultueuses images de la guerre. Sur la porte d’entrée, dans un bas-relief, autour des murs de Troie, Achille traîne le cadavre d’Hector. Au-dessus de la seconde niche, de belles filles de la Grèce viennent sacrifier à Bacchus. Entouré de ses légions et précédé de joueurs de flûte , l’empereur Septime Sévère est couronné par la Victoire ; un Fleuve couché personnifie les peuples vaincus en Asie. Ici, Marc Aurèle, monté sur un char, franchit le Danube sur un pont de bateaux; auprès d’un arc de triomphe se tiennent les chœurs qui chantent en l'honneur de Jupiter Pluvius, pour le remercier de la pluie salutaire qu’il a envoyée aux soldats. Là, l’empereur Titus est suivi des Juifs prisonniers; Rome conduit son char attelé de quatre chevaux; les prêtres ont amené le taureau du sacrifice, et vont offrir aux dieux les dépouilles du temple de Jérusalem.
Il nous resterait encore à décrire bien des objets dignes d’attention : une des cariatides qui soutenaient le portique du temple de Pandrose à Athènes ; quatre grands masques d’un travail exquis trouvés près du temple de Vénus à Rome; sur la gauche une Amazone, type admirable de ces fières héroïnes qui se brûlaient la mamelle droite pour tirer de l’arc plus facilement; enfin, sur un tronc de colonne en granit rouge oriental, la terrible tc'te de Méduse.
Nous avons nommé les plus beaux marbres du Nouveau Bras; nous avons gravé les plus célèbres; reprenons maintenant, à travers le Vatican, ce merveilleux voyage dont l’itinéraire est marqué par des chefs-d’œuvre.
Au milieu du corridor dit de Bramante, une grille ferme rentrée du musée Cliiaramonti. Deux superbes colonnes en lumaclielle grise , retirées des fouilles d’Qstie , supportent une architrave de marbre blanc. De là le musée s’avance jusqu’à l’escalier du Torse du Belvédère, où il finit.
Cent trois statues antiques sont rangées à droite et à gauche; à ce nombre il faut en ajouter quelques autres moins importantes et formées de débris. Dix groupes principaux se détachent sur l’ensemble. Les bustes, dont nous mentionnerons les plus beaux, les bas-reliefs, les ornements, les frises, des torses, des pilastres, des urnes, des animaux, quelques vases, portent à sept cent trente-trois le chiffre total des objets contenus dans cette galerie. Ils sont posés sur des cippes intéressants, sur des autels on des sarcophages précieux, ou adossés à des termes, et décorés alentour, sur les murs, de fresques dues aux maîtres des temps modernes.
On connaît à peu près tous les sujets représentés par les marbres de la galerie. Un des plus remarquables est celui que nous reproduisons. 11 représente Silène donnant à boire à un tigre qu’il menace de son bâton. L’ivresse des sens et la fierté de l’âme ont été bien rendues par l’artiste, qui devait donner ces deux expressions au demi-dieu précepteur de Bacehus.
ROME. VATICAN
La statue de la Femme acéphale , rapportée de Tivoli, a subi différentes interprétations : les uns, examinant les lignes du cou, ont dit que la tète se détournait pour jeter un regard en arrière, et ils ont vu Niobé fuyant le courroux d’une déesse irritée; d’autres ont cru voir Ariane s’élançant sur les pas de Thésée; certains critiques affirment que le sculpteur a voulu représenter Diane, lorsqu’elle quitte son char pour aller écarter le feuillage qui protège le sommeil d’Endymion, et pour jeter sur le pasteur ses pâles rayons et ses amoureux regards. L’inscription est dédiée à Titus Sextius Ilonoratus. Cette sculpture, que distinguent le mouvement et la légèreté de la draperie, fut trouvée à Tivoli dans la villa Adriana.
Ce n’est pas dans les musées de Rome qu’on est tenté de trouver fastidieuse la fable antique, ou de nier la saveur des métamorphoses, et, chose bizarre, on ne se sent jamais plus païen qu’en parcourant les palais du christianisme. On aime y rencontrer ces faux dieux que la Grèce adorait, et dont l’image est restée encore adorable depuis deux mille ans qu’ils ne sont plus. On s’intéresse à ce jeune Hyacinthe qui fut aimé d’Apollon et changé en fleur, à ce beau Ganymède que Jupiter fit enlever par son aigle, ou plutôt qu’il enleva lui-même en prenant la forme de l’oiseau qui portait ses foudres.
L’histoire , du reste , a laissé presque autant de monuments que la mythologie dans l’art statuaire des Romains. Les mauvais empereurs ont eu leurs statues aussi bien que les grands hommes. Il faut remarquer ici la célèbre figure de Tibère assis, en marbre pentélique, trouvée à Piperno; elle coûta plus de douze mille piastres avant d’être mise en place. Cet empereur est à moitié nu, plus jeune que sur les médailles; sa toge est repliée sur ses genoux. Plus loin, nous le retrouverons vêtu de la chlamyde : une de ses mains élève le sceptre, et, au lieu du laurier, sa tète est ceinte de la couronne civique, formée de branches de chêne.
Lysias, de grandeur naturelle, est assis sur un piédestal fait en l’honneur de Flavius Pellegrinus Saturninus. Ce fameux orateur, le premier des beaux esprits de son temps, est drapé dans le manteau des philosophes. Quand il visitait sa ravissante amie , il déposait sans doute ce sévère costume , comme elle lui sacrifiait sa coquette pudeur.
Tuccia, la vestale, fut accusée d’avoir trahi ses vœux de chasteté : la mort était le châtiment d’un tel crime quand il était prouvé. Pour se laver de ce reproche, la jeune prêtresse consentit à subir une épreuve des plus difficiles, celle de porter dans un crible, sans en répandre, de l’eau du Tibre jusqu’au temple de Vesta. Elle y réussit, et il faut croire que ce fut par la protection de la déesse. On lit sur les bords du crible : S. K. Pello, interprétés ainsi : «J’échappe au sépulcre <d à la calomnie.»
En 1822, quand on démolissait les maisons de la place du Peuple, pour
M USEE CIIIA R A MO N T I .
donner passage à la promenade du l ‘incio, on découvrit une statue d’une vérité émouvante, une Pleureuse : l’antiquité appelait ainsi la femme dont la fonction était de verser des larmes dans les funérailles. Etrange métier vraiment, que de suivre, avec les signes de la douleur, le convoi d’un riche qu’on 11e vit jamais, et de gagner sa vie en feignant de pleurer la mort!
L’antiquité, en fait de sculpture, a résolu tous les problèmes, elle a dit le