‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 25 sur 167 · MUSÉE PIE-CL E M ENTIN · texte numérisé non relu

MUSÉE PIE-CL E M ENTIN

Su l* le forum de l’ ancienne Préneste, alors occupé par les jardins d’un ordre de religieux, on a retrouvé le Mercure agorcus , dieu protecteur des transactions, qui présidait aussi aux luttes de l’éloquence : il tient le caducée; sa clilamyde lui enveloppe le bras gauche et le pétase couvre sa tète. Eu face, une Minerve tient une lance, ouvrage moderne qui a sans doute remplacé la branche d’olivier, plus conforme à l’expression sereine du visage.

DAMONS L N E

Sallustia Orbiana était la femme d’Alexandre Sévère : deux de ses affranchies, dont, l’une portait son nom, lui consacrèrent un groupe de l’Amour et de Vénus, où l’impératrice est représentée sous les traits de la déesse. Peut-être n’est-il pas hors de propos de faire observer ici que les modernes ont souvent attaché à ce nom de Vénus une signification qu’il n’eut jamais pour les anciens. Les Grecs et les Romains 11e voyaient dans Vénus que le type idéal de la beauté qui se possède elle-même en conservant le prestige d’une céleste pudeur, alliée à la majesté dans l’abandon, et c’est pour cela que les épouses de leurs grands citoyens ou de leurs Gésars nous apparaissent avec ce caractère.

ROME. VATICAN

Dans la chambre voisine se présente la plus célèbre des antiques , X Apollon du Belvédère. Elle fut découverte vers la fin du xve siècle sur le rivage de la mer, dans les ruines d’Antium, où se trouvaient jadis les maisons de campagne des empereurs. Le cardinal délia Rovere, depuis Jules II, en lit l’acquisition et la plaça d’abord dans son palais; mais, devenu pape, il la lit transporter au Relvédère du Vatican. 1 X Apollon y demeura trois siècles, et fut du nombre des statues que nos armées enlevèrent à l’Italie par droit de conquête et qui furent envoyées au Louvre dans les fourgons du vainqueur. Sans aller aussi loin que l’ardent Winckelmann, qui en parlant de cette statue a poussé l’admiration jusqu’au délire, tous ceux qui ont vu V Apollon et qui étaient dignes de juger un tel morceau, en ont vanté l’élégance, la grâce, les formes idéales, la beauté divine. O11 ne peut, en effet, regarder cette belle statue si animée , si fière , si noble , sans se croire en présence d’un dieu. Les lois de l’anatomie humaine y sont observées sans doute sévèrement , mais l’art les a dissimulées comme sous l’enveloppe d’une nature supérieure; la proéminence des muscles, la saillie des os, les veines, les tendons, tous les accents de la vie réelle sont doucement effacés de manière que la forme s’idéalise et s’agrandit en se simplifiant. Les plans de la poitrine, contrastant avec ceux des hanches, prêtent à la figure un surcroît de grandeur apparente; les jambes paraissent plus hautes encore qu’elles 11e sont, par le prolongement de la courbe extérieure de la cuisse qui monte jusqu’au-dessus du fémur, et par celui de la courbe intérieure qui descend plus bas que la rotule; enfin, la petitesse et la légèreté du genou font paraître les parties principales de la jambe plus développées et plus longues. Que si l’on observe les parties secondaires de la statue, on verra qu’elles contribuent discrètement à la beauté de l’ensemble. L’ajustement des cheveux, dont les boucles flottantes et agitées par l’air semblent défier la pesanteur du marbre, la chlamyde négligemment retroussée sur le bras gauche , la richesse et l’élégance du cothurne, tous ces détails annoncent dans l’artiste un goût délicat; mais ce qui échappe à toute analyse, c’est le grand air de cette figure, son port, sa démarche : incessu patuit Deus. Au moment même où il vient de lancer une flèche inévitable au serpent Python, le fils de Latone conserve la sérénité d’un habitant de l’Olympe : il combat sans colère, il triomphe sans effort.

Et cependant il est des juges sévères, mais profonds, qui regardent X Apollon du Belvédère seulement comme la copie d’une belle figure grecque ajustée à la romaine. O11 a remarqué, en effet, qu’elle était en marbre de Carrare ou de Luni, marbres dont les carrières 11e furent découvertes ou du moins exploitées que du temps de Jules César, de sorte qu’elle a pu être sculptée, comme le pense Mengs, sous le règne de Néron et pour sa villa de Nettuno. Mais nous 11’irons pas jusqu’à conclure, avec cet écrivain, que l’auteur d’une statue destinée à un lieu de plaisance,

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