LES LOGES DE RAPIIAEL
Tels sont les cinquante-deux morceaux dont la suite forme ce qu’on appelle la Bible de Raphaël. Les estampes, estimables à divers titres, de Jean Ottaviani d’Aqnila, de Chaperon, de Meulemeister, nous ont conservé tous ces sujets dans leur intégrité; et l’on peut dire que ces nobles inventions n’ont presque rien perdu
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à être reproduites par la. gravure, à cela près des imperfections que renferme toujours la traduction du graveur, lorsqu’il est aux prises avec un Raphaël. Dégradées, méconnaissables et menacées d’une ruine complète, ces fresques dureront ainsi, sur des feuilles volantes, plus longtemps peut-etre que les murailles memes du Vatican, et si le temps en efface les couleurs austères, il n en effacera pas du moins la poésie; il ne détruira point ces images idéales des premiers hommes et des
ROME. VATICAN
mœurs bibliques, par lesquelles le peintre des Loges nous reporte aux époques qui précédèrent ce que nous appelons l’antiquité. Quant à la personnalité du grand maître, elle est tout entière dans cette imposante suite de peintures, bien qu’il en ait abandonné l’exécution à scs élèves, et se soit borné à peindre de sa main la première et la dernière de ces compositions sublimes, il lui a suffi d’ouvrir et de fermer la porte d’une histoire qui commence par la Création du monde et finit par la Cène, c’est-à-dire qui nous conduit du moment où l’Éternel débrouille le chaos, à celui où le Fils de Dieu pressent la mort qui doit être, la rançon de l’humanité.
DIEU DÉBROUILLANT LE C II A O s
jmÈt rabesques de Raphaël. Les Arabesques peuvent défier aussi les âges, ÉÈL puisque Volpato les a gravées. Les précieuses planches laissées par cet habile graveur peuvent servir à résoudre la question de savoir si Raphaël a copié ou non les Grotesques des thermes de Titus, découverts sous Léon X, près de Saint-Pierre aux Liens, et ainsi nommés, non pas à cause du caractère singulier des figures, mais bien plutôt parce que les chambres où étaient ces ornements se trouvaient pour ainsi dire sous terre, depuis l’exhaussement successif d’un terrain couvert de débris, et formaient des espèces de grottes. Joseph Carletti ayant décrit et gravé l’ensemble de ces Grotesques, on peut, eu les comparant à la collection de Volpato , se convaincre que Raphaël a imité comme un grand homme sait le faire, en s’appropriant les pensées d’autrui et en leur donnant le tour original de son propre génie.
Du reste, inventeurs ou non de ce genre gracieux, Raphaël et son principal collaborateur, Jean d’Udine, qui excellait à peindre les fruits, les fleurs et les
les créations possibles d’une imagination déréglée, il a modéré et pour ainsi dire discipliné l’emploi des moyens, assagi les figures, et humanisé les monstres de manière à former, avec des éléments sans lien , un ensemble doux et gracieux , secrètement méthodique, harmonieusement varié. Des figurations animées peuplent ces pilastres inertes; sur cette pierre circule la vie; à ce bois, de fantastiques personnages donnent la parole. Voici un dieu marin, aux joues gonflées, qui sonne de la conque pour redemander aux dieux sa trop volage amie; des Nymphes, au corps de Sirènes, montrent leur jolie tête au-dessus des roseaux, tandis que dans