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LA DISPUTE DU SAINT SACREMENT

sur-le-champ de détruire à coups de marteau les fresques exécutées dans ces salles par Bramantino , Signorelli et les autres , voulant que toutes les peintures fussent de la main de Raphaël. Un ne conserva que quelques ornements du Sodoma et une voûte du Pérugin , que son disciple fit respecter.

En regard de la Dispute du saint sacrement , Raphaël peignit l'École d Athènes , et cette fois, sans autre transition, sans effort, il s’éleva au plus haut degré de perfection qu’il ait jamais atteint. Par la seule force de son esprit , il devina ce qu’il ne connaissait point de l’antiquité, et, dans un temps où n’étaient

pas encore exhumés les monuments iconographiques, il devança l’érudition par les conjectures de son génie.

Le peintre nous transporte au milieu d’une assemblée idéale de tous les philosophes de l’Asie et de la Grèce. Nous sommes à Athènes, dans le palais d’Académus, et nous y trouvons réunis ces illustres sages de l’antiquité qui eurent les prémisses de notre jeune admiration. Usant d’un privilège qui fut toujours accordé aux poètes, Raphaël supprime les intervalles de temps et d’espace qui ont séparé tant de grands hommes et il les suppose un instant contemporains pour nous les montrer tous ensemble, comme nous les verrions dans l’Elysée où se promènent leurs ombres. Sous l’arcade d’un superbe édifice exhaussé de quatre marches, on distingue d’abord les deux philosophes qui personnifient le sentiment et la raison, Platon et Aristote, placés au centre du tableau et environnés de leurs disciples, parmi lesquels se trouve un jeune héros, tête nue, qui est Alexandre le Grand. Auprès d’eux, sur la même plate-forme, Socrate s’entretient avec Alcibiade; et plus proche de nous , du même côté , Pythagore , écrivant ses tables immortelles , forme le centre d’un groupe nombreux de figures attentives, parmi lesquelles le spectateur reconnaît Empédocle, Épicharme, Archytas; mais il se demande quel est cet élégant jeune homme qui s’éloigne de Pythagore pour se rapprocher de Platon, et on lui répond que le peintre a voulu représenter François-Marie délia Rovere , duc d’Urbin , neveu de Jules 11. Derrière Pythagore, parait Épicure qui, couronné de pampres, écrit ses préceptes tant calomniés peut-être, et que Raphaël a représenté comme un apôtre du pur sensualisme. Le philosophe qu’on voit assis, tristement accoudé sur une pierre, la plume à la main, c’est un sceptique découragé, Arcésilas. Sur les marches, vous remarquez un homme assis, presque nu et tout à fait en évidence; il ne parle à personne : c’est Diogène. Un jeune homme qui monte les degrés semble avoir voulu aborder le philosophe cynique ; mais il en est détourné par un vieillard qui lui montre du doigt Aristote et Platon. Sur le premier plan, à l’opposé du groupe de Pythagore, est le groupe des géomètres. On y voit, sous les traits de Drainante , Archimède traçant une figure de géométrie avec son compas , et couché vers la terre dans la posture où il fut surpris par le soldat qui lui donna la mort. Derrière lui sont debout Zoroastre, roi des Bactriens, qui tient le globe céleste à la main, et Euclide, l’inventeur de la géométrie, qui tient le globe terrestre. Enfin, dans un coin de cette vaste composition, à la place la plus modeste, à côté de Zoroastre, le peintre a dessiné sa propre tète et celle du Pérugin.

Jamais, certainement, on ne vit refleurir avec plus de grâce, avec plus d’éclat, le goût de l’antiquité. On dirait d’un tableau qu’Apelles aurait dessiné, que Protogène aurait peint. Jamais aussi le caractère des philosophes de la Grèce ne fut mieux compris ni plus dignement exprimé. Le divin Platon montre le ciel, comme on

LES CHAMBRES DE RAPHAËL

devait s’y attendre. Aristote enseigne, Socrate raisonne, et, ainsi qu’on l’a remarqué, en tenant le premier doigt de sa main gauche avec le pouce et l’index de sa main droite, il semble dire : Vous ni accordez ceci, et cela , suivant sa manière constante de raisonner. Les disciples qui entourent Pythagore paraissent plongés dans la Méditation par la doctrine mystérieuse du maître sur les harmonies secrètes des nombres et la transmigration des âmes. Diogène étale son cynisme, Epicure écrit

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