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LE JUGEMENT DERNIER

e premier aspect de cette peinture immense , qui a quarante pieds de large sur cinquante de hauteur , produit une impression d’étonnement et de malaise de laquelle on ne revient pas facilement. L’esprit 11e s’habitue pas tout de suite à l’idée que les morts , réveillés par la trompette du jugement universel, ne sauraient sortir de la tombe autrement que nus ou avec des lambeaux de leur linceul. Ensuite le spectateur a quelque peine à comprendre la pensée du peintre ; il demande à voir clair dans ce chaos de nudités qui montent et qui descendent. C’est donc pour lui que nous essayerons de débrouiller la composition de Michel-Ange.

Le J u gement dernier se divise en onze groupes , ou si l’on veut en onze scènes principales, qui ne présentent pas, comme on pourrait le croire, le contraste de la désolation et de la joie, mais qui toutes portent l’empreinte uniforme d’un sentiment d’inexprimable terreur. Dans la partie tout à fait supérieure de la fresque, paraissent, à droite et à gauche, deux groupes d’anges sans ailes qui portent, les uns la colonne à laquelle fut attaché le Christ, le roseau surmonté de l’éponge, l’échelle du Calvaire , et les autres les instruments de la passion , les verges , la couronne d’épines et la croix.

Au-dessous se dessinent trois groupes placés à une égale hauteur. Celui du milieu représente Jésus-Christ la main levée en signe de menace et prononçant la malédiction des réprouvés; sa colère est si terrible que la Vierge, saisie elle-même d’effroi, se serre contre son hls. Chacun, dans ce moment formidable, ne songe qu’à soi : le timide saint Pierre, qui renia son maître, s’empresse de montrer les clefs du paradis qui lui furent jadis conliées; les martyrs se hâtent d’exposer aux yeux du souverain juge les instruments de leurs supplices : saint Laurent se couvre du gril sur lequel il brûla; saint Barthélemy présente sa peau d’une main, et de l’autre le couteau avec lequel il fut écorché ; saint Biaise tient les râteaux qui mirent son

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