‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 52 sur 167 · LE PROPHÈTE DANIEL · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE DANIEL

muscles et la sveltesse des jointures, en supprimant certains détails et en exagérant l’accentuation des autres, il est parvenu à en faire des êtres surhumains, dont le modèle 11e se rencontre nulle part. Il a imprimé à ces Prophètes un air de hauteur, un caractère de force imposante et de sombre majesté qui ferait paraître mesquin , timide et froid, tout ce que l’on voudrait leur comparer. Et toutefois chacun de ces hommes inspirés se présente à nous sous les traits que peut lui prêter notre imagination échauffée par la lecture de ses écrits. Jérémie est le prophète de la

désolation, aussi paraît— il affaissé sons le poids des pensées tristes. Accoudé sur son genou, il soutient d’une main sa tête qui penche, et ferme sa bouche prête à gémir, tandis qu’il laisse tomber son autre main avec une indicible expression de découragement, de mélancolie. Sa draperie grossière, mais d’un jet grandiose, donne le sentiment de la négligence qu’on a dans le malheur. Mais, chose étrange! ce poète des lamentations n’est pas représenté gémissant, il est au contraire abîmé dans le silence de la rêverie , et sa douleur produit une impression plus profonde par cela seul qu’elle est muette. La grande figure d’Isaïe est empreinte d’une sévérité formidable et sublime. Il est dans l’attitude d’un penseur qui a de la peine à se distraire de ses méditations. Un ange l’appelle au moment où ayant placé sa main dans le livre de la loi pour marquer l’endroit où s’arrêtait sa lecture, il se livrait à ses hautes pensées. Sans presque changer d’attitude, il tourne lentement la tète , comme si la voix même d’un ange ne pouvait pas lui faire abandonner

aisément les réflexions dans lesquelles il est plongé. Daniel est représenté comme

un homme que possède et qu’agite l’esprit de Dieu. Son génie est personnifié par un enfant qui sert de pupitre au livre sacré, et dans ce livre ouvert dont il a pénétré le sens mystérieux, le prophète vient de puiser l’intuition de l’avenir. On le voit qui écrit sur ses tablettes les pensées que lui suggère le texte du livre saint. La puissance de l’attention , qui est peut-être le trait le plus caractéristique de l’intelligence, est aussi le trait le plus frappant de ces figures de Michel- Ange. Elle est exprimée avec une force étonnante dans la posture et le regard de Zacharie et de Joël. De tous ces prophètes, un seul est peint dans l’action de parler : c’est Ézéchiel, celui qui annonçait aux Juifs la fin de leur captivité, le rétablissement du temple et la venue du Messie. Au-dessus de l’autel où le pape dit la messe, le peintre a placé Jonas, que la baleine a rejeté de ses entrailles, et qui paraît émerveillé lui-même du miracle qui l’a préservé de la mort.

Mais une difficulté de ce travail immense et nouveau, pour lequel Michel-Ange, n’ayant aucun exemple à suivre , devait tout prendre en lui-même , c’était la représentation des Sibylles. On peut dire que ces figures de femmes sont une

véritable création. Rien n’y rappelle la vie commune ni les visages connus; leur

physionomie , leur ajustement , leur attitude , tout indique en elles des êtres appartenant à un monde idéal, des personnages que Michel-Ange n’a pu voir que dans les rêves de son génie. Grandioses et terribles, ces Sibylles 11e sont pas moins étonnantes que les Prophètes. Erythrée est, belle comme une statue grecque , imposante comme une divinité égyptienne. La Sibylle persique lit de près dans un livre tout plein sans doute de mystères redoutables et qu’elle semble dévorer. La Sibylle de Delphes est la plus hère image de l’intelligence qui commande; celle de Eûmes paraît elle-même obsédée par des énigmes indéchiffrables; enfin la Sibylle de

LA CHAPELLE SIXTINE

Libye , tenant son livre haut et laissant tomber un regard dédaigneux au-dessous d’elle, exprime comme le mépris du vulgaire, auquel il est interdit de jeter les yeux sur les livres sibyllins.

Les sujets que Michel -Ange peignit dans les compartiments du plafond sont tirés de la Genèse. Le premier est rempli par l’image du Père éternel se balançant dans les airs. L’esprit de Dieu , dit la Genèse, se mouvait au-dessus des eaux. An

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