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LES MUSÉES DE ROME

La guerre y a passé avec ses horreurs, comme la barbarie avec ses ténèbres; rien u’a pu entamer la grandeur romaine. Du Forum au Panthéon, du Vatican au Capitole, du Temple de Vesta au Colisée, tout appartient ici au génie de l’art. L’histoire y est écrite ça et là, en bas-reliefs sublimes ; les héros de l’antiquité nous y apparaissent, non plus tels que les peignit la plume d’un Plutarque, mais sous les formes idéales que leur prêta la statuaire grecque ; et suivant l’expression d’un poète, ils sont là comme un peuple immobile au milieu d’un peuple agité. Parmi les décombres des thermes incendiés, des palais détruits, des cirques à demi disparus, se sont relevés les obélisques, les statues, les arcs de triomphe, tous les débris de l’art tombés dans le torrent des siècles; et cet ensemble est si étonnant pour les yeux, si accablant pour l’imagination, tous les grands noms, toutes les grandes figures du passé se pressent et se mêlent si confusément dans la mémoire, que tout d’abord on ne sait à quoi se prendre, et l’on se sent incapable de rien admirer. C’est à la longue seulement que l’ame s’ouvre à la perception de tant de beautés, et que l’admiration, d’abord impossible, devient à la fin une lassitude.

Aussi, quand l’émotion est apaisée, l’esprit a besoin de se reconnaître; on désire se composer des souvenirs précis que l’on puisse consulter plus tard , au retour du pèlerinage, aux jours du repos. C’est afin de venir en aide à ces souvenirs ou d’y suppléer, que nous avons dû soumettre nos propres impressions au salutaire empire de la méthode, et qu’ après avoir divisé les musées de Rome en six parties principales, nous décrirons successivement, non plus avec des paroles d’enthousiasme, mais sur un ton plus modeste :

Les Monuments antiques, les Catacombes, les Galeries privées, les Églises.

Auparavant , nous parlerons des chefs-d’œuvre que renferment les deux musées publics de Rome : le Vatican et le Capitole.

!■: cirque et les jardins de Néron occupaient autrefois remplacement sur lequel est situé aujourd’hui le Vatican, qui, par un glorieux contraste, s’élève à l’endroit meme où furent ensevelis les martyrs chrétiens dent les brûlantes pages de Tacite racontent le massacre. L’origine du Vatican remonte aux premiers temps de l’ Eglise. $ Pendant une période de quatorze siècles, il a presque toujours eX-w servi de résidence aux papes, qui successivement l’ont refait, restauré,

J ,':J> agrandi, embelli.

Ou’on se ligure, du reste, une réunion de palais sans façade, entourés de jardins, dont l'ensemble est immense. Bâti à plusieurs reprises, composé d’ailes, de traverses, ajoutées les unes aux autres, ce pêle-mêle architectural n’a ni grâce, ni régularité. On y remarque cependant divers morceaux des plus célèbres

ROME. VATICAN

architectes : les deux San Gallo, le Bramante, Michel-Ange, Raphaël, Dominique Fontana, Maderne, le Bernin. Les trois étages qui composent cet édifice renferment le nombre, à peine croyable, de onze mille chambres, salles, galeries, chapelles ou corridors. On n’y compte pas moins de vingt cours principales, de huit grands escaliers et de deux cents escaliers secondaires. A côté de la statue équestre de Constantin se trouve le grand escalier, ouvrage du Bernin , qui aboutit à la salle Royale, d’où l’on pénètre dans toutes celles que le public est admis à visiter.

Une garde suisse fait le service aux portes du Vatican. Cette troupe porte un costume pittoresque dont le modèle fut, dit-on, dessiné par Michel- Ange. Tous, officiers et soldats, fifres et tambours, ont la tête couverte d’un casque en cuivre, avec cimier en crin blanc; ils portent une collerette à double rang, blanche, empesée et à tuyaux, un justaucorps retroussé sur la hanche, bouffant sur les épaules, d’une étoffe à larges bandes bleues, jaunes et rouges, une culotte de même étoffe, et des bas également bariolés ; ils sont armés d’une hallebarde à pique et à double croissant, semblable à celle de nos suisses d’église. Le général qui les commande est, aux jours de cérémonie, cuirassé, casqué, empanaché et enrubanné ni pins ni moins qu’un guerrier du temps d’Henri IL

Quant aux musées, ils sont placés sous la surveillance de custodi sans uniforme ni livrée, fort insoucieux des admirables choses au milieu desquelles ils passent leur vie, mais en revanche fort jaloux des paoli des visiteurs.

Sans avoir à traverser aucune cour, mais en montant et en descendant un grand nombre d’escaliers raboteux, formés de briques rouges posées sur champ, on peut visiter toutes les richesses d’art que renferme le palais pontifical du Vatican. Voici dans quel ordre nous le ferons parcourir à nos lecteurs :

Galerie des Tableaux.

Galerie des Tapisseries.

Le Nouveau Bras.

Musée Chiaramonti.

Musée Pie-Clémentin.

Loges de Raphaël.

Arabesques de Raphaël.

Chambres de Raphaël.

Chapelle Sixtine.

Chapelle Pauline.

Chapelle Nicolas V.

Bibliothèque du Vatican

Semâmes;

\ galerie des tableaux du Vatican a été formée, en 1822, sous la direction du peintre Camuccini. Pie VI!, Barnabé Gliiaramonti , régnait encore; sur la fin de ses jours tourmentés, l’ancien prisonnier de Fontainebleau voyait se réaliser les vœux de sa jeunesse. Ami des arts, il avait ouvert au publie les musées du

Vatican et du Capitole.

C’est dans l’aile du palais pontifical bâtie par Alexandre VI que Pie VII fit placer les tableaux des grands maîtres qu’on retira de Saint-Pierre, où ils furent remplacés par des mosaïques, et auxquels on ajouta ceux dont le Louvre fut forcé de se dessaisir, et qui provenaient de diverses églises des États romains. Depuis, le pape Grégoire XVI les lit transporter dans l’appartement, de Pie V, <uï l’on conservait auparavant les tapisseries. C’est là qu’ils se trouvent

actuellement.

ROME. VATICAN

L’entrée principale de la galerie est du côté des Chambres de Raphaël , disposition heureuse qui permet de comparer les chefs-d’œuvre de la peinture1 à fresque avec ceux de la peinture à l’huile. Les tableaux, au nombre de trente-sept, sont disposés dans quatre salles, indignes, par leur pauvreté, de renfermer de telles richesses. Ces tableaux, en effet, sont presque tous de premier ordre, et la célébrité de quelques-uns est européenne. Le Louvre les a possédés pour la plupart, en vertu du traité de Tolentino, dont il n’est pas sans intérêt de rappeler ici le texte impératif 1 .

L’importance de cette galerie nous a déterminé à passer en revue tous les tableaux, sans exception, qui la composent.

La Transfiguration . La figure du Christ illumine le sommet du Tliabor, où l’ont suivi Pierre, Jacques et Jean. Elie est à sa droite, Moïse est à sa gauche; à terre sont prosternés les trois disciples, éblouis par la vision glorieuse au sein de laquelle apparaît et rayonne la divinité de Jésus-Christ. Raigné dans sa propre lumière, plus brillante encore pour l’esprit que pour les yeux, le Fils de l’homme est suspendu en l’air et comme porté sur une aile invisible. 11 entre dans les régions éthérées , où son corps , déjà radieux et impondérable, va disparaître et se fondre dans l’essence divine. Elie et Moïse, descendus des cieux, peuvent seuls regarder en face le transfiguré, et se soutenir comme lui dans les plaines de l’air. Leurs trois figures, par un balancement harmonieux, semblent exprimer l’union de l’ancienne loi avec la loi nouvelle, l’accomplissement dernier des prophéties, la trinité mystérieuse des révélations. Deux martyrs, saint Laurent et saint Julien, sont admis à contempler ce couronnement de tous les miracles; mais leur image inattendue est venue troubler l’auguste symétrie d’un groupe à jamais sublime. Au bas de la montagne sont restés les autres apôtres. Les habitants d’une petite bourgade voisine, dont on aperçoit quelques maisons , ont entendu parler de la présence de celui qui guérit les malades et chasse les dénions; ils accourent pour implorer la guérison d’un jeune possédé , soutenu par son père et par ses deux sœurs. Après avoir consulté le livre de la Sagesse, saint André reconnaît son impuissance; les apôtres placés au-dessus de lui témoignent par leurs gestes que là-haut est celui qui seul

1. Voici les termes du traité conclu entre Bonaparte et le pape :

Article vin. — « Le pape livrera à la République française cent tableaux, bustes, vases ou statues au choix des commissaires qui seront envoyés à Rome ; parmi lesquels objets seront notamment compris le buste en bronze de Junius Brutus, celui en marbre de Marcus Brutus , tous les deux placés au Capitole (habile flatterie à l’adresse des républicains d’alors) , et cinq cents manuscrits au choix des mêmes commissaires. » (23 juin 1796.)

Un mois auparavant, Bonaparte imposait une condition analogue au duc de Modène :

« Le duc de Modène sera tenu de livrer vingt tableaux à prendre dans sa galerie ou dans ses États, au choix des citoyens qui seront commis à cet effet. » (12 mai 1796.)

Acquis à la France par des traités réguliers, ces tableaux devaient lui rester. Cependant, en 1815, les alliés nous en prirent onze cent cinquante sans traiter avec nous.

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