‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 76 sur 167 · VUE DU FORUM · texte numérisé non relu

VUE DU FORUM

pour en décrire les beautés, pour remuer tous les souvenirs qui s’y rattachent, il faudrait des bibliothèques entières. Sous le rapport de l’art, tous 11e sont pas également intéressants , mais il en est peu dans le Forum qui 11e méritent une attention particulière; c’est là, dans un espace assez étroit, carie Forum romain, proprement dit, est compris dans un périmètre moins étendu que le Palais-Royal de Paris, que sont rassemblées, comme dans un vaste cabinet, les plus belles

ROME

antiquités romaines. Ce sont ces fameuses ruines que nous allons visiter, en commençant par les trois colonnes du temple de Jupiter Stator.

o i.o n n es du temple de Jupiter Stator. C’est le nom que les savants avaient donné jusqu’à présent à ces magnifiques débris. Maintenant ils croient y voir les restes de l’édifice qui servait de salle d’attente aux ambassadeurs étrangers, quand ils allaient être présentés au sénat, et comme les premiers furent des Grecs, on nomma le monument Græcostasis, station des Grecs. Il était tourné vers le temple d’Antonin et de Faustine, et s’annoncait par un portique extérieur composé de six colonnes de face et de onze colonnes de coté. A en juger par les trois qui sont debout, isolées au milieu du Forum, ce devait être le chef-d’œuvre de l’ architecture romaine au siècle d’Auguste. Les colonnes du temple de Jupiter Stator, dont le diamètre est d’un mètre et demi, ont quinze mètres de hauteur, y compris la hase et le chapiteau; elles sont d’ordre corinthien, cannelées et en marbre pentélique. Il ne faut pas confondre ces trois superbes colonnes avec celles qui forment l’unique fragment d’un autre temple, celui de Jupiter Tonnant, situé sur le penchant du Capitole, près de l’arc de Septime Sévère. Auguste le lit élever en mémoire de l’événement qui lui était arrivé en Espagne pendant la guerre des Cantabres. Comme il voyageait de nuit, un orage survint, et l’esclave qui éclairait l’empereur fut seul tué par la foudre.

Un phénomène qui étonne le voyageur, c’est de AToir que les ruines de Rome sont à moitié ensevelies dans la terre. Le croirait-on? Il a fallu fouiller le sol à une profondeur de plusieurs mètres pour retrouver la base des colonnes, le pied des édifices, le pavé des arcs de triomphe. D’où est venue cette couche de terre? Se peut-il que la seule poussière des siècles accumulés ait élevé à une pareille hauteur son niveau toujours grandissant? Et 11e dirait-on pas que le temps creuse lentement la, tombe de la villa éternelle, en amenant heure par heure les grains de sable qui devront un jour l’engloutir? C’est ainsi que la colonne de Phocas, qui est isolée dans le Forum, resta innommée jusqu’en 1813, époque où les Français, en déblayant la hase enfouie à dix pieds sous terre, découvrirent une inscription en l’honneur de Phocas. Smaragde, préfet du palais, éleva cette colonne au centurion Phocas, devenu empereur à force de crimes, c’est-à-dire après avoir assassiné l’empereur Maurice, sa femme, ses trois fdles et ses cinq fds, dont il fit jeter les corps à la mer. La colonne était surmontée de la statue en bronze doré de cet homme infâme, qui, durant son règne à Constantinople, prenait plaisir à voir immoler sous ses yeux des bandes d’hommes enchaînés, qu’on y amenait chaque semaine pour lui en fournir le spectacle. L’inscription porte' cependant : au

THÉS — EXCELLENT ET TRÈS -CLÉMENT PRINCE PHOCAS, TOUJOURS ADORÉ, TOUJOURS AUGUSTE !

LES MONUMENTS ANTIQUES

Les excavations commencées par les Français devant le temple de Jupiter Tonnant, autour de la colonne de Phocas et en plusieurs autres endroits, ont découvert l’ancien pavé de Rome composé de blocs de lave basaltique , et quelques-unes de

COL O N N E S I) U 1 L M P L E DE J l P 1 T E U S 1 A T O H

ces voies romaines partant du Forum pour rayonner vers toutes les parties du monde, et qui, ayant pour cailloux des quartiers de roclie, semblaient laites pour résister au passage du genre humain.

Les idées de grandeur et de durée étaient si familières au peuple romain, qu’il en marquait l’empreinte sur toutes choses. 11 bâtissait un monument pour

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écrire un fait en caractères ineffaçables. Voulant éterniser le souvenir des victoires remportées sur les Parthes par l’empereur Septime Sévère et par ses deux fds Caracalla et Geta, le sénat romain lit élever l’arc de triomphe qui est au pied du Capitole, à l’une des extrémités du Forum.

RC de Septime Sévère. Il est en marbre pentélique, décoré de huit colonnes \ cannelées d’ordre corinthien , et de bas-reliefs représentant les combats des Romains contre les Parthes , les Arabes et les autres nations barbares de l’Orient. L’arc de Septime Sévère a trois portes cintrées, mais il semble avoir été construit beaucoup moins pour s’ouvrir à la marche d’un triomphateur, que pour porter à la connaissance des siècles futurs la longue inscription en bronze qu’on y lit au-dessus de la porte. « L’on sent bien à l’aspect de ce monument, dit Stendhal, la profonde raison qui dirigeait l’esprit des anciens; on peut dire que chez eux le beau était toujours la saillie de l’utile. Ce qui frappe d’abord dans l’arc de Septime Sévère, c’est la longue inscription destinée à faire arriver l’histoire de ses exploits à la postérité la plus reculée. Et cette histoire y arrive en effet. »

Vers la tin de la troisième ligne de l’inscription et dans toute la quatrième, on aperçoit quelque altération dans le marbre. Cela tient à ce que l’empereur Caracalla, après avoir tué son frère Geta, fit effacer son nom sur l’arc de triomphe et sur tous les monuments , et fit remplacer les lettres supprimées par d’autres formules. Dans l’intérieur de l’un des piliers est pratiqué un petit escalier de marbre par lequel on monte sur la plate-forme , où l’on voyait autrefois un superbe quadrige en bronze ; sur le char étaient les statues de Septime Sévère et de ses deux fils; et des cavaliers, des soldats, des Victoires, rangés de chaque côté du char, figuraient l’escorte des triomphateurs. Rien qu’appartenant à une époque de décadence , l’arc de Septime Sévère est encore un modèle d’architecture , et quand Napoléon voulut en faire élever un à Paris, sur la place du Carrousel, MM. Percier et Fontaine copièrent le dessin et les proportions de cet arc, ainsi que le char qui le couronnait.

Par suite de cet exhaussement du sol que le temps opère à la longue et dont nous avons parlé, l’arc était au commencement de ce siècle, seize cents ans après sa construction, enfoncé dans la terre à une profondeur de quatre mètres. Ce fut le pape Pie Vil qui le fit dégager en 1803. En avant des deux portes latérales on a ménagé des marches servant à gagner le niveau du sol, dont la pente était fort rapide en cet endroit. Du haut de ces marches, autour desquelles règne une rampe de fer, on voit la base du monument. C’est sous le grand cintre du milieu que passait la voie Sacrée.

Si bis Romains ont laissé partout des traces de leur mâle et grand génie, ils

LES MONUMENTS ANTIQUES

ont laissé aussi quelques traces de leur cruauté. Tout auprès de l’arc de Septime Sévère, sur le penchant du Capitole, on montre la prison Mamertine toute hérissée de lugubres souvenirs. Ancus Martius ou Mamertius la, fit creuser dans le roc et la rendit horrible. Servius Tullius en ajouta au-dessous une seconde, plus horrible encore , dans laquelle on descendait les prisonniers par une ouverture ronde

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