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LE COLISÉE, CÛTÉ 1)1' MIDI

laquelle périrent cinq mille lions, tigres et autres bêtes féroces, et plusieurs milliers de créatures humaines. Le monde n’a jamais rien vu de pareil au Colisée. Ce monument a cinquante-deux mètres de hauteur, c’est-à-dire qu’il est plus haut que la colonne Vendôme à Paris. Sa circonférence est de cinq cent quarante— sept mètres ; sa forme est ovale; sa façade extérieure, dessinée en arcades superposées, que séparent des colonnes engagées dans le mur, est décorée de quatre ordres d’architecture : le rez-de-chaussée est d’ordre dorique, le second est d’ordre ionique ; les deux étages supérieurs sont corinthiens. La plus haute galerie était soutenue par quatre-vingts colonnes en marbre portant un plafond en bois doré.

ROME

Autour de la corniche étaient pratiquées des ouvertures par où passaient de longs mâts. A ces mâts on fixait des poulies dans lesquelles s’enroulaient les cordes qui servaient à tendre un ‘velarium immense sur la tète des spectateurs. L’arène où combattaient les gladiateurs a quatre-vingt-cinq mètres de long sur soixante de large. On pouvait la remplir d’eau à volonté pour y faire nager et combattre des hippopotames et des crocodiles. Au niveau du sol étaient les loges à portes de fer contenant cinq cents lions , quarante éléphants , des tigres , des panthères , des taureaux et des ours. Lorsque la foule était entrée dans l’amphithéâtre par les vomit oires , quatre-vingt-dix mille spectateurs environ trouvaient place sur les gradins revêtus de marbre. Une grille d’or défendait le banc des sénateurs contre l’attaque des bêtes féroces. Trois mille statues de bronze, une multitude infinie de tableaux , des colonnes de jaspe et de porphyre , des balustres de cristal , des cases d’un travail précieux décoraient la scène. Pour rafraîchir l’air, des machines ingénieuses faisaient monter des sources de vin et d’eau safranés qui retombaient en rosée odoriférante. Auprès des cavernes il y avait certaines voûtes secrètes, fornices, qui servaient de lieux de prostitution.

Le nom de Colisée est la corruption de colosseam , et ce nom fut donné au théâtre soit en raison de ses proportions gigantesques , soit à cause de la statue colossale de Néron , qui avait quarante mètres de haut et que l’empereur Adrien fit transporter devant l’amphithéâtre par un attelage de vingt-quatre éléphants. Du coté du nord, le Colisée est encore entier, du moins à l’extérieur; mais il est ruiné vers le midi. Après avoir été pendant plus de quatre cents ans le théâtre des jeux publics et du martyre des chrétiens livrés aux bêtes, l’édifice fut saccagé par les barbares de Totila, qui en détruisirent une partie et pratiquèrent des trous innombrables pour s’emparer, par un travail pénible et inconcevable, des crampons de bronze qui liaient les pierres. Depuis, le Colisée eut à subir l’injure des guerres civiles ; il devint une place forte dont les Frangipani et les Annibaldi se disputèrent longtemps la possession. Au xive siècle on y donna de nouveau des combats de taureaux et des tournois. Puis il fut changé en hôpital; ensuite on y établit une manufacture; mais de tout temps ce fut une sorte de carrière où les papes et les princes de l’Église , tels que Paul II , Clément NI , le cardinal Riario allaient prendre des pierres et du marbre pour en construire leurs maisons ou plutôt leurs forteresses. Les Rarberini, neveux d’Urbain VIII, firent extraire du Colisée tant de matériaux pour leur palais que l’on fit, sur eux ce jeu de mots si connu : Quod non fccerunt barbari , fecere Barberini : ce que n’avaient pas fait les barbares, les Rarberins l’ont fait.

Ce 11e fut que sous le pontificat de Pie VU que la dévastation cessa. Pour arrêter les éboulements, ce pape lit bâtir des contre-forts et commença des réparations

LES MONUMENTS ANTIQUES

que ses successeurs ont continuées et auxquelles travaillent des galériens. Aujourd’hui la croix s’élève au milieu de l’arène qui fut rougie autrefois du sang des martyrs. Et tout autour quatorze petits oratoires, formant un chemin de la croix, sont décorés de fresques représentant les épisodes de la passion. Quant aux ruines, la nature a pris soin de les décorer avec magnificence. Les ronces, les plantes, les arbustes, poussent et rampent de toutes parts : le lichen grisâtre, le lierre au vert lustré,

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