‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 80 sur 167 · LE COLISÉE, CÔTÉ DU NORD · texte numérisé non relu

LE COLISÉE, CÔTÉ DU NORD

les giroflées jaunes, y produisent des tons pittoresques qui se marient avec le brun luisant dont le soleil de tant de siècles a coloré les arcades et les frises. A quelque heure du jour qu’on visite ces immenses ruines, on est saisi d’une sorte d’enthousiasme mélancolique. Le soir, quand le soleil se couche et que les autres ruines du Forum paraissent des constructions de bronze, le Colisée présente un spectacle merveilleux, un fond de décoration d’une majesté sans égale. La nuit, au clair de lune, c’est encore un tableau magique, dont l’aspect vous plonge dans une rêverie solennelle. Quelquefois on y est troublé par les conversations bruyantes de quelques promeneurs

ROME

mondains cl frivoles, sortis des salons de Rome pour venir respirer la fraîcheur de l’air. Mais si l’on a le bonheur d’être seul et de pouvoir s’abandonner au courant des souvenirs et au charme des émotions poétiques , on éprouve un de ces ravissements dont l’aine conserve à jamais l’ ineffable impression. Tel est le Colisée. Après dix-huit siècles, il fût resté debout dans toute son intégrité, comme aux jours de Titus, s’il n’eût été ravagé par les invasions et par ces Romains barbares contre lesquels il n’a eu si longtemps d’autre protection (pie sa seule immensité.

Nous avons promis de décrire les plus beaux et les plus curieux édifices de Rome; nous parlerons donc ici du temple de Yesta.

fï| emple de Yesta. C’est un temple rond d’une exquise élégance, situé sur les bords du Tibre. 11 était ouvert de tous cotés et se composait seulement d’un petit dôme porté sur vingt colonnes cannelées, de marbre blanc et d’ordre corinthien. La circonférence de ce portique circulaire est de cinquante-deux mètres; la hauteur des colonnes, qui s’élèvent sur sept marches, est de onze mètres environ. L’entablement et le dôme ont été détruits et sont maintenant remplacés par un misérable toit de tuiles, formant une sorte de cône bas et cannelé. La cella, ou sanctuaire, a environ neuf mètres de diamètre. Les murs en sont formés de gros blocs de marbre blanc parfaitement joints ensemble. Le style des chapiteaux et la proportion, peut-être trop svelte, des colonnes, semblent indiquer que le temple de Vesta aurait été refait vers le temps de Septime Sévère. Les antiquaires ne sont pas d’accord sur le nom à donner à ce joli temple, qui n’a été dégagé qu’en 1810, par l’ administration française. Les uns croient qu’il était dédié à Yesta, et c’est le nom qui lui est resté parmi le peuple; les autres y veulent voir un temple dédié à Hercule Vainqueur, tempio cli Ercole T incitore. 11 porte encore un quatrième nom, celui de Saint-Étienne aux Carrosses. Une réparation de trois cents louis, dit avec raison Stendhal, en ferait une aussi jolie chose que le temple de Diane, à Nîmes. Quoi qu’il en soit, c’est de nos jours une église, la Madonna del Sole. On nous a expliqué l’origine prétendue de cette dénomination. Une dame qui demeurait près de ce temple , ayant vu un jour une boîte qui flottait sur le Tibre , ordonna à ses domestiques de l’aller recueillir; au moment où la dame en soulevait le couvercle, un vif rayon de lumière vint frapper ses regards. Elle regarda au fond de la boîte et y vit une image de la sainte Vierge. L’événement s’ébruita : l’image fut déposée en grande cérémonie dans le temple des vestales, et ce temple, changé en église, devint Santa Maria del Sole.

Auprès du temple de Vesta, il en est un autre peut-être plus intéressant encore, du moins par son antiquité , c’est le temple de la Fortune virile , dont l’origine

LES MONUMENTS ANTIQUES

remonte, dit-on, aux premiers temps de Rome. Il est d’ordre ionique et construit en tuf et en travertin ; les colonnes en sont revêtues de stuc et cannelées ; la frise est ornée de candélabres alternant avec des bucranes. La nature des matériaux employés témoigne que l’édifice appartient en effet aux époques primitives; mais la forme en est si élégante, les proportions en sont si heureuses, que rien n’y fait

Page 1