‹ Les galeries publiques de l'EuropeChapitre 87 sur 167 · SAINTE AGNÈS · texte numérisé non relu

SAINTE AGNÈS

monuments furent élevés dans Rome à la gloire de sainte Agnès, et particulièrement l’église bâtie par Constantin sur le tombeau de la sublime jeune fille, à deux milles hors des murs. Autour de ce tombeau furent creusées des chambres sépulcrales pour 1rs chrétiens jaloux d’être inhumés auprès de la sainte et à coté des trois li I les de l’empereur Constantin, qui avaient choisi leur sépulcre dans ce lieu. C’est ainsi que se serait formé, vers le commencement du ive siècle, le vaste cimetière de Sainte-Agnès, dont l’entrée est située dans un vallon délicieux, au pied des coteaux

LES CATACOMBES

(|uo Pline et Martial ont chantés, au milieu d’un paysage aussi gracieux (pie l’héroïne qui l’a rempli de son souvenir.

La catacombe de Sainte -Agnès renferme des peintures d’une grande beauté, les plus belles peut-être qui soient dans Rome souterraine. De ce nombre est la fresque de Moïse frappant le rocher , que Raphaël semble avoir vue avant de travailler au Vatican. Une majesté simple, une grandeur qui fait penser au style de la Bible, un caractère judaïque, sombre et fier, distinguent cette admirable

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figure. La foi qui anime b; prophète est visible dans la tranquillité de son attitude, dans l’assurance de son geste et de son regard. Cette fois, le peintre chrétien a traduit un sentiment nouveau dans l’art, et pour l’exprimer, il a trouvé des formes qui ont la beauté de l’antique sans lui ressembler. Les draperies surtout, qui dessinent avec une mâle élégance le corps qu’elles recouvrent , sont d’un style qui étonne au milieu de tant de peintures naïves; la bordure pourpre de la tunique blanche de Moïse en rehausse encore la beauté par un ornement d’un goût austère.

La sainte qui a donné son nom à ce cimetière s’y trouve représentée deux fois : la première dans un bas-relief, ouvrage de l’Algarde, qui orne la chapelle

ROME

placée à rentrée, et la seconde dans une mosaïque qui décore l’abside de la basilique. Il y a quelques années, en pratiquant des fouilles au-dessus du cimetière de Sainte-Agnès, on trouva la tête en terre cuite que nous faisons graver ici. D’après le dessin qu’en a donné M. Perret, le type de la figure du Christ y a été reconnu par tout le monde, et ce beau type a surpris nos plus grands peintres, les a ravis, les a profondément émus; en le voyant pour la première fois, M. Ingres versa des larmes d’admiration. Il lui semblait qu’un merveilleux mariage du génie grec et de l’inspiration chrétienne avait pu seul produire cette figure si douce et si

TÈTE I» li CH Kl ST

grande, si majestueuse, si fine, si mélancolique. Longtemps l’Église a été divisée sur la question de savoir si le Christ avait été beau, et quelques Pères ont pensé que Jésus, voulant racheter les natures les plus déchues, avait dû cacher son âme sous une enveloppe grossière et se rendre semblable à ceux qu’ont enlaidis la pauvreté et la douleur. Mais voici une tête qui prouve assez qu’on pouvait imaginer un beau type de Christ, sans retomber dans le sentiment des têtes païennes.

C’est encore au cimetière de Sainte-Agnès que se trouvent les belles peintures, déjà publiées par lîosio, qui décorent la voûte de la chapelle dite de Jésus-Christ. Au contre, dans un cadre rond, se voit l’image du bon Pasteur. Les compartiments latéraux représentent Adam et Eve, Moïse frappant le rocher, Jouas sous l’arbrisseau.

LES CATACOMBES

et une Orante. Aux quatre angles, sont peintes des colombes aux ailes déployées suides rameaux fleuris. Autour de l’image du bon Pasteur voltigent des colombes; des vases de fruits, symétriquement placés entre les divers compartiments, complètent la décoration de la voûte. Ainsi le caractère de ces peintures sépulcrales n’a rien de

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